SOLSTICE de BLANCA LI

PDFImprimerEnvoyer

Blanca Li est venue présenter son nouveau spectacle, Solstice, dans le Grand Auditorium du Palais des Festivals de Cannes. D’origine espagnole, cette singulière chorégraphe de la scène française a ainsi été bercée par le flamenco qu’elle a dansé dès l’enfance et en imprime de quelques traces chacune de ses oeuvres.

 

En s’inquiétant, comme nous tous, sur l’avenir de notre planète, Blanca Li a travaillé durant près de deux ans à l’élaboration de Solstice, glanant quelques idées ici ou là qu’elle a proposées à ses collaborateurs habituels : Pierre Attrait pour la scénographie, Charles Carcopino pour la vidéo et Tao Gutierrez pour la musique. Ensemble, ils ont enrichi le projet avec les suggestions de chacun, selon son talent.

Depuis qu’aux Etats-unis elle a approché la danse contemporaine en suivant l’enseignement de Martha Graham, Blanca Li laisse toute liberté à son imagination sans limites et c’est tant mieux ! C’est avant tout l’inventivité inspirée de la chorégraphe qu’on admire ! Cette fois, elle s’est attaché à danser la pluie, la récolte, le soleil, en illustrant les déviances actuelles des quatre éléments, avec la pollution des villes, les ouragans et les tempêtes à répétition, les excès du vent, les secousses telluriques ou les inondations incontrôlables. Elle réussit à mettre sa pensée en danse, exprimant ce qui la préoccupe, et retrouve ici la verve de ses précédentes créations.

Solstice © Nico Bustos

Après s’être intéressée à notre monde mécanisé à travers Robot, Blanca Li s’est donc emparé du thème des relations entre l’homme et la nature, sans qu’il s’agisse d’une démonstration ou d’un acte militant sur le dérèglement climatique. Pourtant, voilà qu’à l’heure actuelle il lui semble urgent de lancer son propre signal d’alarme afin de prendre en compte le sort de la planète et de s’exprimer à sa manière. Solstice – d’hiver et d’été – fait défiler en accéléré la beauté de la nature et travaille sur les quatre éléments, en donnant forme à l’air, l’eau, le feu et la terre, dans ce spectacle virtuose pour quatorze danseurs.

Solstice © Nico Bustos

Tout commence par une danse sans musique, un duo puis quatre duos, dans un simple et beau décor géométrique au sol blanc, avec un fond de scène en pente pour servir parfois de toboggan aux danseurs afin de s’élancer sur un rythme rapide. Si les pieds s’enracinent, dans la terre c’est avant tout le vent qui a inspiré la chorégraphe, avec de beaux mouvements de tissus s’envolant en tous sens, poussés par son souffle. Puis, soutenue par une musique répétitive, s’impose une suite décalée en de subtiles symétries et asymétries, des voiles rouges couvrant la scène tandis que des danseurs en voiles blancs s’envolent en magnifiques arabesques. Ensuite vient l’ambiance d’une plage avec ses jeux et son farniente.

Les danseurs se dépensent sans compter, parcourant le plateau d’un bout à l’autre, en poussant des cris, parfois seuls sons exprimés, si s’arrête l’accompagnement musical où domine le tambour en live sur scène. Cris de peur, cris d’appel, cris d’alarme, cris d’urgence, cris qui rythment leurs pas. Parfois uniquement des claquements de mains sur lesquels les interprètes dansent. Des sons fascinants sont réalisés grâce à des calebasses sur lesquelles ils tapent en rythme. La chorégraphe a choisi de mélanger les interprètes de générations et d’appartenances géographiques différentes pour indiquer que c’est tout le globe qui est en danger.

Solstice © Nico Bustos

Véritable onde de choc, son inventivité, à son niveau de chorégraphe, illustre le rythme rapide de la dégradation de la planète et l’urgence de réagir en tentant d’y remédier. Que dire pour sensibiliser les autres à une situation qui progresse à vive allure ? Les mouvements de danse montrent bien cette accélération. C’est aujourd’hui que nous préparons demain.

Cette époustouflante singularité chorégraphique qui est propre à Blanca Li nous laisse KO, mais réjouis !

Caroline Boudet-Lefort