FESTIVAL DE DANSE DE CANNES

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Avec le désir d’articuler le romantisme à la modernité la plus audacieuse, le Festival de Danse de Cannes a permis à tous les publics de découvrir, durant deux week-ends élargis (du jeudi au dimanche), des choix chorégraphiques totalement diversifiés.

 

Pour sa programmation 2017, Brigitte Lefèvre, directrice artistique, avait annoncé, comme événement majeur de la Biennale, Carmina Burana, de Carl Orff, dans l’ensorcelante chorégraphie de Claude Brumachon. Sur la scène du grand Auditorium du palais des Festivals de Cannes, 250 artistes étaient réunis, afin de donner une ampleur majeure à cette oeuvre exceptionnelle. Au Ballet du Grand Théâtre de Genève, s’ajoutaient l’orchestre de Cannes sous la direction de Benjamin Lévy, le Choeur Philharmonique de Nice, l’Ensemble vocal Syrinx et le Choeur d’enfants du Conservatoire de Cannes.

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Carmina Buranna est le titre donné à un manuscrit anonyme, écrit entre 1225 et 1250 et découvert en 1803 dans une Abbaye du Tyrol. Ce sont des chants profanes et religieux composés par des ecclésiastiques défroqués et des étudiants vagabonds. Ce mystérieux manuscrit comporte des chansons d’amour et des invitations à boire, à danser, à profiter de la vie, associées à des pièces religieuses. L’argument licencieux de l’oeuvre littéraire insiste sur la dégradation des moeurs et sur l’attirance pour l’or. Carl Orff a réalisé son aspiration à l’universel en réunissant chants et danses dans une homogénéité quasi parfaite. L’oeuvre dépasse le cadre habituel de la cantate scénique, avec son chant gorgé de passion, rythmé par de fières syncopes.

Pour sa présentation à Cannes, les chanteurs solistes avaient des voix magnifiques montant vers des hauteurs vertigineuses, avec un naturel dans l’émotion qui servait de diapason à cette production où la beauté des chants est certainement ce qui a le plus enthousiasmés. Car, il semblait que les danses, certes époustouflantes, n’étaient pas totalement en accord avec la musique, comme si cet univers spectaculaire ne cherchait pas à souligner les envolées lyriques des chanteurs, choeurs ou solistes, particulièrement la soprano Marion Tassou, fort bien accompagnée par le ténor Christophe Berri et le baryton Jean-Christophe Lanièce. Malgré leur place essentielle dans cette oeuvre, les musiciens et les choeurs, alignés au fond, étaient fort peu éclairés.

Accordant très bien entre eux leurs sauts et gestes, les danseurs ne semblaient guère faire cas de la somptuosité de la musique haletante avec son rythme saccadé donné par l’orchestration. Dans des costumes couleur chair, les hommes paraissaient nus avec juste des lanières enserrant leurs corps, tandis que les femmes, séductrices, portaient de magnifiques costumes rutilants comme dans une revue de goût américain, made in Las Vegas. Choix esthétique ou choix intentionnel ? Quelles seraient alors les intentions pour ce rituel magique ? Si la conception de ce spectacle est une réussite visuelle, elle n’étoffe cependant pas le propos musical de Carl Orff, tout en étant attractif pour un public qui adore les événements spectaculaires.

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Dans un large panorama, les projets plus intimistes nous ont davantage séduits, ayant particulièrement apprécié « Trio Concert Dance » qui réunissait Alessandra Ferri et Herman Cornejo, accompagnés au piano par le virtuose Bruce Levingston. Le couple a magiquement dansé des duos très subtils, tout en souplesse, sur des musiques délicates composées par Ligeti (pour une scène de « Eyes Wide Shut » de Stanley Kubrick), Philip Glass, Scarlatti, Erik Satie, Bach et Chopin. Les deux étoiles de la danse interprétaient avec une perfection totale des pas de deux et des solos de danse contemporaine dans une alternance entre notes musicales et mouvements en harmonie !

Sur la Scène 55 de Mougins, l’Ecole Supérieure du CNDC d’Angers a présenté deux superbes pièces. Dans la première « Bal des kaléidoscopes », le baroque et le contemporain se mêlent harmonieusement, tandis qu’une ribambelle de jeunes, en tenues sportives de couleurs éclatantes, marche et court sur des musiques d’Haendel et de Marin Marais. Les corps s’enroulent et se déroulent sur un rythme parfait. Dans la deuxième pièce « Traffffic », le chorégraphe Dominique Boivin fait référence au film de Tati « Trafic ». Mécaniquement, les corps glissent en de subtiles symétries et asymétries, tandis que les corps s’entrechoquent, se cognent, se culbutent dans une intense circulation. De grands talents, déjà !

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Enfin le spectacle le plus intrigant et le plus contemporain était certainement « Professor », chorégraphié par Maud Le Pladec sur une musique de Fausto Romitelli. Dans un noir total, surgissent les interprètes et une musique en live, très originale. On ne sait si on aime ou pas, mais ce spectacle laisse en nous une trace indélébile qui se poursuit dans nos pensées.

Dans une très large et très alléchante programmation de 21 spectacles présentés, nous avons vu avec joie ces quatre superbes spectacles, mais tout était attirant !

Caroline Boudet-Lefort