MONACO PRINTEMPS DES ARTS

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Le Printemps des Arts 2010 de Monaco nous a été présenté le 16 Octobre 2009 au beau milieu des voitures de collection de la famille princière. Une Austin noire 1920, le cabriolet préféré de Grace Kelly, une Lotus blanche 1921, intérieur cuir crème, silhouette allongée, presque sensuelle, une Bugatti 1920, rouge et noir et une bonne quarantaine d'autres merveilles mécaniques, dont une Cadillac rouge et noir (again !) dans laquelle posent les officiels.

Tout cela ferait le bonheur de tous ces collectionneurs enthousiastes qui se pressent au Rallye de Monaco de voitures anciennes. Le public s'accorde parfaitement a cette élégance mécanique : beaucoup d'officiels en costumes cravates sur mesure, pantalons au plis impeccables avec boutons de manchettes, nous ramènent « rétro » aux années 80 ou peut-être a la mode 2010 ? Il y a, bien sur, des légions d'honneur discrètement posées aux boutonnières mais il faut une acuité 20/20 pour remarquer ces détails essentiels que les gens avec cataractes « need not apply » Marc Monnet, Directeur du festival, a présenté pendant une heure et demie un programme complexe, riche, innovant et plein de défi. Il n'a pas eu un bâillement ni une chute de paupières ; la salle était fascinée par ce spectacle aussi envoutant que les programmes qu'il annonçait pour le prochain Printemps. Il faut d'abord rappeler qu'a l'heure actuelle aucun festival « classique » n'est aussi riche en musique et en compositeurs d'avant-garde, sans négliger les « pères fondateurs » de la musique classique, jouant de tous les instruments et allant se produire depuis les grandes salles de concert et l’opéra de la Principauté jusque dans des maisons privées. Sans oublier les jeunes ; en leur portant la musique classique a l'école et en les menant au concert et en leur enseignant les instruments classiques.

Quelques exemples :

Voyage dans les Printemps d'antan, rappelant les grands noms qui ont collaboré aux succès passés ; Boulez, Eschenbach (Encore) Promenades dans les lieux divers ou le festival s'est installé : marché forains, fromagerie, grand restaurant...

Pour 2010 : Aimez vous Brahms ? Eh bien venez a Monaco, vous aurez le droit a une introduction savante au grand maitre et pourrez entendre ses quatuors à cordes, son quintette pour cordes et clarinette, ses sonates pour piano et violon. Préférez-vous Ravel ? Quelques soirées étaleront devant vous toute l'œuvre pour le piano, dans un Marathon fascinant.


Vous préférez la musique contemporaine ? Qu'a cela ne tienne ! Voici Lachemann, un grand compositeur contemporain allemand. Il a l'air d'un grand voyageur avec une barbe poussant un peu partout, des pommettes carrées, des doigts robustes qui ont tenu la pioche, ainsi bien que le stylo a encre. Il nous montre comment manipuler des instruments en bois pour extraire des tonalités naturelles, je suppose. Un orchestre d'instruments végétal ; des carottes tournes flutes, des aubergines en hautbois, enfin c'est pour les végétariens...


Recherchez-vous de la musique ancienne ? Eh bien la Cathédrale de Monaco vous offre trois soirées de l'ensemble Organum qui vous promène tout au long du XIV° et du XV° siècle « Harmonie parfaite apportée par dieu sur terre », nous assure Marc Monnet et, à les entendre, on dirait bien que c'est vrai !


La présentation est ponctuée par des vidéos fascinantes ; Voici les Ballets Russes. C'est bien ici que Diaghilev a commencé sa carrière fulgurante, a l’opéra de Monaco dans les années 1920 et qu'il fit présenter Nijinsky aux passionnés d'opéra et de ballet, dans le Sacre du Printemps, La chatte, le Train bleu, avec la collaboration de Folkin et George Balanchine.


On écoutera Daphnis et Chloé et encore une fois, le Sacre, avec l'orchestre Philharmonique de Monte Carlo.

Marc Monnet a aussi réussi à s'assurer la collaboration des villes voisines ; Beaulieu, Cap d'Ail, Beausoleil, Cannes, Nice sont désormais partenaires et le festival s'y produit avec divers ensembles.
C'est extraordinaire que Monaco, plutôt connu du grand public pour ses courses de voitures et ses casinos, ait fait naître et fleurir un des plus audacieux et innovant festival d'avant garde ou classique, ancien et contemporain vivent en si bon ménage, ou bijoux Cartier et blue jeans se côtoient et sont aussi passionnés les uns que les autres de musique savante.
Bravo Marc Monnet.


par Peter Hermes