SCENE 55 - PLAYLIST #1 Ballet Preljocaj

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Pour inaugurer la saison 2017-2018, la Scène 55, à Mougins, a choisi de présenter un magnifique pot-pourri de pièces emblématiques du chorégraphe Angelin Preljocaj.

 

D’extrait en extrait, des années 90 à nos jours, le Ballet Preljocaj retrace ainsi plus de vingt ans de créations - particulièrement des duos - de son talentueux chorégraphe, qui, depuis ses débuts, est partagé entre l’abstraction et la narration, entre le minimalisme et l’excès, entre le cérébral et le charnel.

Cette sélection de duos évite une production habituellement lourde. Dans ce condensé de la vie d’Angelin Preljocaj et de son expression artistique, on reste dans l’économie de la danse. Cependant le public, aussi exigeant soit-il, trouve une totale satisfaction avec cette danse pure où les corps des artistes deviennent des outils en révélant la maîtrise du pas de deux. Entre la technique et des arabesques complices, ils dessinent l’espace de gestes harmonieux.

Traditionnellement, le pas de deux est ce moment du ballet où l’amour s’exprime avec le plus d’intensité. Il dit toujours la même chose : l’expérience faite par deux personnes dont les esprits sont à l’unisson et qui confient à leur corps le soin de l’exprimer. Un pas de deux ne touchera le public que si les interprètes atteignent ensemble un point de fusion. Ce soir-là, l’émotion était à son comble ! La salle a été maintenue en haleine pendant toutes ces chorégraphies qui semblaient irréelles dans la précision de chaque geste et dans la force poétique qui se dégageait de chacune des pièces choisies.

Danse

Angelin Preljocaj a son style propre, avec des mouvements dynamiques, précis et vigoureux associés à un choix de pas complexes, parfois acrobatiques, en insistant sur le duel qui fonde la relation amoureuse et sexuelle. « Playlist # 1 » offre une bonne synthèse de son style et de son goût pour le flux des corps se coulant dans l’espace, avec une danse souple et élastique qui donne à voir le sentiment amoureux exprimé par le geste. Et toujours, cette invention dans les duos curieusement stressés qui glissent au sol et se redressent, s’éloignent et se rapprochent dans un même mouvement. Le spectacle progresse à coups de circulations bien cadrées ou d’explosions gestuelles.

Ils sont six dans « Paysage après la bataille » à jouer avec des chaises qu’ils rattrapent allégrement sur une musique alerte, tandis qu’exubérance et sensualité s’enchaînent avec une énergie sans faille. L’humour et la danse font ici bon ménage, sans renoncer à la beauté.

Le spectacle se termine avec des duos de deux oeuvres incontournables devenues des classiques, « Blanche Neige » (2008) et « Roméo et Juliette » (1996) qui sont toujours régulièrement programmés dans leur intégralité. Les extraits choisis donnent envie de les revoir encore et encore !

Spectacle

Le premier présente la séquence où l’infâme marâtre déguisée en humble vieille femme offre la pomme empoisonnée à Blanche Neige. Avec cet instant très suggestif, la totalité du ballet nous revient en mémoire dans l’amplitude des tableaux successifs.

La plus grande émotion de la soirée est donnée par la fin de « Roméo et Juliette », lorsque Roméo suppose la mort de Juliette endormie. Ses gestes expriment toute sa souffrance en enlaçant celle qu’il aime, tandis que le corps de Juliette endormie se plie tout en souplesse comme une poupée de son. La virtuosité des danseurs dans leurs mouvements fluides et intimes exprime la douleur de leur amour brisé dans son élan. Le coeur de tout spectateur se serre, l’émotion est à son comble.

L’intensité sans cesse renouvelée de ce spectacle profondément séduisant et la perfection formelle des gestes des danseurs resteront à jamais dans la mémoire de chaque spectateur.

Caroline Boudet-Lefort