Sur l’écriture

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Vous connaissez tous Charles Bukowski. Certains l’ont même lu. Beaucoup en anglais (États-Unis), et quelques-uns en français, traduit. Traduit de l’anglais (États-Unis) : c’est le cas pour ce recueil de lettres, textes inédits choisis et fractionnés en fonction d’un thème, l’écriture, thème qui paraît évident puisqu’il s’agit d’un écrivain.

D’un écrivain américain, ce qui explique les premières lettres des années quarante à soixante adressées à des éditeurs ou responsables de revues dont, venant d’un inconnu, on n’imagine guère en France des identiques envoyées par un postulant auteur. Quand Céline engueulait par courrier Gallimard, le vieux grincheux se sentait par ses ventes en position de force. Sans doute Bukowski écrivain a-t-il déjà une stratégie pour imposer l’image du personnage qu’il dessine – et dessine serait ici à prendre au pied de la lettre s’il n’était parfois justement vraiment dessins gribouillés avec humour comme pour illustrer ses propos. Quelques reproductions de ses pages manuscrites en témoignent.

Livre

Il dresse des bios, sans oublier quelques traits un peu gentil-mauvais-garçon, qu’on a l’impression d’avoir déjà lues pour des romanciers américains ses contemporains sauf que, moins conformiste, il ne mentionne pas avoir été liftier, ni boxeur. « J’ai travaillé dans un abattoir, une fabrique de biscuits pour chiens. J’ai vendu des sandwichs à Miami Beach, j’ai été coursier pour Item, un journal de la nouvelle-Orléans, ai travaillé dans une banque de sang de Frisco, j’ai collé des affiches dans le métro aérien de New York, douze mètre au-dessus du sol, bourré, sautant par-dessus des rails conducteurs dorés, j’ai ramassé du coton à Berdo, des tomates ; j’ai écimé les champs de course, j’ai été pilier de bar, j’ai été entretenu par des putains ; contremaître pour l’entreprise Newsco, à New York, magasinier dans la grande distribution, pompiste facteur… »

Quand il mentionne en 1960 que Targets a pris 6 poèmes, il indique « ça me permettra de vivre 3 ou 4 semaines de plus », qu’un poète à peu près encore inconnu soit rémunéré fait rêver les poètes français d’alors et d’aujourd’hui. Bukowski plante donc avec soin décor et personnage, mais chemin faisant décrit son apprentissage d’écriture « sur le tas ». Avec humour, assez pour faire admettre ses points de vus justes ou moins justes, chacun évaluera selon ses repères et ses compétences. Pas le temps de s’ennuyer. Peut-être parce qu’on devine que lui, même dans ses pages les plus sérieuses, n’oublie pas de s’amuser un peu. Ecrire est si dur qu’on lui pardonnera de jouer un peu de sa plume – puisqu’il avait vendu sa machine à écrire pour boire. « Prête-moi ta plume, mon ami… » Pas sûr qu’il vous l’aurait rendue. Vous ne lui avez pas prêté vos lunettes ? Alors vous pouvez le lire.

Marcel Alocco


Sur l’écriture

Charles Bukowski, Ed. Au diable vauvert 2017

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Romain Monnery