MONACO : L’ETE DANSE !

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Qu’est-ce qu’un spectacle de danse réussi ? Qu’est-ce qui fait basculer le spectateur de la satisfaction d’avoir passé une bonne soirée au sentiment qu’il a vécu quelque chose de rare et qu’il garde l’impression d’une véritable rencontre entre les chorégraphes et lui ?

 

Sidi Larbi Cherkaoui et Jeeroen Verbruggen sont deux chorégraphes connus pour leur talent. On attendait donc de leur part des créations fortes et elles l’ont été, même si la proposition du second a semblé surtout vouloir séduire le public. Pour l’un, Sidi Larbi Cherkaoui, tout est rond, avec des cercles pour les éclairages, avec des mouvements tout en rondeur, avec des courses circulaires de couples qui dansent en tournant comme dans une valse. Pour l’autre, Jeeroen Verbruggen, tout est carré avec l’idée que les carrés et les rectangles suggèrent la rectitude, l’honnêteté, et parlent souvent de concepts matérialistes, de choses établies, précise-t-il.

Danse

Dans « Massâcre », l’inoubliable danseur de la Cie des Ballets de Monte-Carlo où il a débuté en 2004, Jeeroen Verbruggen se confronte, comme tous les chorégraphes, au mythique « Sacre du Printemps » de Stravinsky. Il semble épris d’une danse-théâtre qui raconte sans pour autant illustrer et ajoute à l’originalité de son projet en propulsant les interprètes en une envolée de gestes et d’états physiques contrastés. Tous font des pointes qu’ils soient hommes ou femmes, ce qui est loin des codes de la danse. Cette oeuvre monumentale est dans une version jazzy (proposée par « Bad plus »), ce qui offre une vision onirique et un contrepoint puissant à la partition en donnant un ton insolite à la chorégraphie où le rituel du sacrifice n’apparaît plus.

Dans un décor tout en géométrie basée sur le carré, les étranges costumes sont splendides et ajoutent à l’ambiguïté sexuelle de la danse. Hommes ou femmes sont vêtus de robes couleur chair légèrement transparentes, complétées de chapeaux galette laissant les visages masqués derrière des voiles

L’émerveillement nous gagne d’emblée pour ne plus nous lâcher dans « Memento Mori », (« Souviens-toi que tu vas mourir ») devant l’ingénieux dispositif scénique imaginé par Sidi Larbi Cherkaoui. Avec une fluidité permanente, il lie les mouvements dans un enchaînement circulaire comme s’il s’agissait d’une danse liquide.

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Après avoir travaillé sur la violence, le chorégraphe a voulu parler de la mort, craignant que, par banalisation de la réalité, on finisse par l’oublier. Il clôt ainsi une trilogie commencée avec « In Memoriam » (2004), puis « Mea Culpa » (2006).

D’abord une seule danseuse, avant que d’autres, habillés tout en noir – sauf deux recouverts d’un manteau gris -, la rejoignent et tournent en rond comme des toupies. La musique est alors si discrète qu’elle laisse entendre les bruits des pas. L’intensité électrise la beauté d’une chanson et le désir d’exploser ses limites, en cherchant des nouvelles formes artistiques.

Le plaisir déborde, les corps se choisissent pendant quarante minutes non-stop sans fléchir, ni faiblir, faisant tournoyer des cercles de danseurs qui jamais ne s’arrêtent. Sur un plateau obscur irradié par l’énergie des interprètes et éclairé par un cercle lumineux en pointillés qui se double, puis se triple.

La fusion des univers des deux chorégraphes se fait par la beauté des lumières travaillées par Fabiana Piccioli, connue dans la profession pour ses admirables créations. Elle a imaginé un univers très blanc pour Jeeroen Verbruggen et très noir pour Sidi Larbi Cherkaoui, participant ainsi à la magie de ce superbe spectacle.

Caroline Boudet-Lefort