Collection. Remonter le temps au Frac Bretagne

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Suite à l'exposition Collection. Un rêve d'éternité, présentée en 2014, le Frac expose à nouveau, du 13 mai au 27 août 2017, un ensemble d'oeuvres issues de sa collection. Collection. Remonter le temps est, une fois de plus, l'occasion de mettre en valeur un fonds riche de plus de 5000 œuvres de 621 artistes.

 

La Galerie Nord aborde une thématique centrale dans l'histoire de l'art, celle de la construction de la figure de l'artiste et de son œuvre. La portée biographique et autobiographique des travaux y est développée. Quatre oeuvres de David Diao sont ainsi présentées. Hommage au travail de Barnett Newman, représentant majeur de l'expressionnisme abstrait américain, elles questionnent le regard d'un artiste sur le travail d'un autre artiste. Diao reprend les caractéristiques formelles de la peinture de Newman dans ses propres peintures. Ces tableaux aux formats monumentaux, pratiquement monochromes, sont rythmés par des zips et des formes géométriques. C'est dans le traitement sur le mode de l'inventaire que Diao se montre plus critique, en témoigne le tableau Chronology of Work I (1992) où le nombre d'oeuvres réalisées par année est répertorié par catégorie. Diao invite ainsi à s'interroger sur les modes de classification et de construction de l'histoire de l'art.

Exposition

Ce classement, nous le retrouvons dans l'installation de Gilles Mahé, Capital d'Essais (1989), faisant intervenir cette fois la participation du public, devenant par-là complice de l'entreprise artistique. 110 boîtes d'archives sont exposées, rangées sur des étagères. Un protocole accompagne l'oeuvre. Le public est invité à produire sa propre archive et ainsi laisser une trace de son passage. L'oeuvre se présente comme une filiation, une transmission d'archives survivant à la mort de l'artiste. Cette collecte de documents -articles de journaux, publicités, photographies- forme des strates de vie sur lesquelles nous sommes amenés à projeter nos propres scenarii.

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Le thème de la mémoire est également traité par Christian Boltanski dont l'installation Archives (1988) interpelle par sa charge émotionnelle. Les photographies en noir et blanc de visages d'enfants occupent un des murs de la Galerie Nord. Les lampes qui éclairent ces photographies floues renforcent, paradoxalement, l'anonymat et la difficulté à percevoir les visages. Elles créent cependant une sorte de halo lumineux donnant à l'installation l'apparence d'un mémorial. Christian Boltanski, marqué par l'héritage juif, évoque ici la déportation d'enfants juifs durant la guerre. La dimension affective dépasse le traumatisme personnel en vue d'un élargissement vers une histoire collective.

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La Galerie Est est quant-à elle entièrement consacrée à l'oeuvre de l'artiste ukrainien, Ilya Kabakov. Comme chez Boltanski, les 52 entretiens dans la cuisine communautaire (1991) semblent répondre à la problématique de la matérialisation du souvenir. La conversation avec son ami Yuri Kuper, ayant fait l'objet d'un livre, constitue un précédent à l'installation. L'évocation de ses œuvres réalisées à partir des années 1970 semble jouer un rôle de médiation vers le passé ayant permis de (ré)animer le souvenir. Dans une salle plongée dans l'obscurité, sont disposés sur des pupitres-vitrines les 52 entretiens. La scénographie corrobore le discours de l'artiste. La partie inférieure des murs, recouverte de marron, est là pour rappeler le décor des administrations soviétiques. Chaque vitrine contient une photographie éclairée par une ampoule, sorte de passé déjà muséifié alors qu'encore très présent dans les esprits. À ces photographies des œuvres, sont associés dans un jeu de complémentarité, leurs symétriques littéraires. Nous sommes invités à tourner les pages de son histoire ou plutôt de l'Histoire : les deux étant intrinsèquement liées, contredisant par-là même un certain mythe de l'artiste marginalisé.

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La Galerie Sud propose deux axes principaux, ouvrant également les perspectives sur la production actuelle. Il s'agit tout d'abord d'interroger la place et le rôle de l'artiste dans la société. Les photographies de Bernd et Hilla Becher soulignent l'impact des activités de l'homme sur les paysages à travers la présence d'architectures industrielles. Jacob Holdt dresse un panorama social des Etats-Unis entre 1970-1975. Transcendant la vision stéréotypée de l'American way of life, les 16 photos exposent les différentes facettes de la société américaine sous Nixon, de la violence des gangs, les ghettos, la précarité aux dîners de la haute société.

Le deuxième axe, qui est par ailleurs un fil conducteur dans le parcours, concerne la critique des dispositifs de monstration des objets, des images. La Boîte du Musée clandestin de Gérard Collin-Thiébaut en est l'illustration. Dans une vitrine compartimentée sont exposés, non sans ironie, des petits soldats, timbres, cartes postales mais aussi correcteur anti-ride... De même, Louise Lawler questionne le contexte de réception des œuvres et la normalisation qu'il peut y avoir dans leur perception. Sa photographie de La petite danseuse de quatorze ans de Degas, prise au Museum of Fine Arts de Boston, reprend les dispositifs traditionnels d'exposition : la vitrine, le cartel, le socle... Par le titre de l'oeuvre, Louise Lawler nous interpelle : Is She Ours ? (Nous appartient-elle?). Après tout, les œuvres d'art n'échappent-elles pas au spectateur ?

Exposition


Rémi Baert


Collection. Remonter le temps

Exposition du 13 mai au 27 août 2017

Fonds régional d'art contemporain

Bretagne

19 avenue André Mussat

35000 Rennes

www.fracbretagne.fr

Commissaire : Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne