Festival de Cannes 2017, soixante dixième anniversaire, l'âge de la sagesse ?

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Le soixante dixième Festival de Cannes affirme sa position dominante en affichant en compétition la quintessence du cinéma mondial alors que les autres sélections continuent leur travail de découverte et d'ouverture vers tous les cinémas.

 

La compétition :(1)

Cette année, dix neuf longs métrages sont en lice pour la palme d'or auxquels il faut ajouter le film d'ouverture, hors concours. Seize d'entre eux ont été réalisés par des cinéastes ayant précédemment participé à cette compétition. La moitié des longs métrages viennent de France et des États – Unis.

La sélection française est composée de quatre auteurs chevronnés ainsi que d'un nouveau venu.

Arnaud Déplechin ouvrira la manifestation avec « Les fantômes d’Ismaël ». Le héros de ce film est un cinéaste qui voit réapparaître un amour de jeunesse, déclarée officiellement morte, depuis vingt ans.

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Jacques Doillon dans « Rodin », quitte le registre contemporain et intimiste pour décrire la vie et l’œuvre du célèbre sculpteur. Le rôle principal est tenu par Vincent Lindon.

Quant à Michel Hazanavicius, après « The Artist » en 2011 et « The Search » en 2014, il est sélectionné à Cannes pour la troisième fois avec « Le redoutable ». Il s'agit de la chronique de la vie conjugale de Jean Luc Godard et Anne Wiazemsky à la fin des années soixante. Louis Garrel interprétera le personnage de Godard.

François Ozon défendra « L'Amant double » thriller annoncé comme « hitchcockien ». Il décrit la manipulation mentale subie par une jeune femme fragile à qui Marine Vacth prête ses traits. Cette actrice était l'héroïne du précédent film de François Ozon, « Jeune et jolie »en compétition à Cannes en 2013.

Robin Campillo est le cinquième et dernier représentant du cinéma français. Proche de Cantet, il a réalisé à ce jour trois films : « Les revenants » (2004), « Eastern Boys » (2013) et « 120 battements par minute » sélectionné cette année.

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A ces cinq auteurs, nous ajouterons un sixième, Michael Haneke qui est autrichien. Son film « Happy End » a été produit et tourné en France avec la fine fleur des acteurs français : Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant et Mathieu Kassovitz.

Le plein retour d'Hollywood en compétition est désormais acté. Comme en 2016, quatre films made in USA seront en lice pour la palme d'or.

Parmi eux, nous nous réjouissons de pouvoir découvrir le dernier long métrage de Noah Baumach,« The Meyerowitz Stories ». Ce dernier qui a réalisé « Frances Ha » (2012) avait, jusqu'à ce jour échappé aux différentes sélections cannoises.

Il est dommage que ce film soit produit par Netflix qui ne respecte pas les règles de diffusion (un film est d'abord diffusé en salle puis à la télévision) alors que les autres diffuseurs du numérique le font.

La jeune génération américaine est également représentée par Josh et Benny Safdie avec « Good Time », thriller qui se déroule à New-York. Son acteur principal est Robert Pattinson.

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Les autres membres de la sélection d'outre Atlantique sont bien connus des festivaliers. Il s'agit de Sofia Coppola et Todd Haynes. La première, quatre ans après « The Bling Ring »(Un Certain Regard), viendra défendre « Les Proies », avec Colin Farrell et Nicole Kidman, un remake du film de Don Siegel (1971) avec Clint Eastwood. Quand au second, deux ans après « Carol », il revient en compétition avec « Wonderstruck » qui parle de la lutte que doivent mener les personnes frappées de surdité pour rester libres et autonomes.

Le cinéma venu de Corée bénéficie d'un riche vivier de réalisateurs dont les œuvres font le bonheur des festivals internationaux.

Cannes à choisi deux cinéastes coréens, Bong Joon-Ho et Hong Sang-soo, qui excellent dans des genres différents : le premier dans le thriller fantastique, le deuxième dans le comédie minimaliste.

Onze ans après « The Host », Bong Joon-Ho revient avec un film de monstre, « Okja ». Ce monstre gentil est l'ami d'une jeune fille qui part aux États-Unis afin de le sauver .

Hong Sang-soo est un habitué du Festival. Depuis 1998, il a été présent à sept reprises en sélection officielle. Cette année, il fait coup double puisque non seulement « Le Jour d'après » est en compétition, mais encore, un autre de ses films sera projeté en séance spéciale. Il s'agit de « La caméra de Claire », tourné à Cannes l'an dernier avec Isabelle Hupert.

Sergei Loznitsa et Andrey Zvyagintsev sont les seuls importants cinéastes de l’ex URSS dont les œuvres arrivent jusqu’à nous. Le premier est ukrainien, le second russe. C'est avec beaucoup d'intérêt que l'on découvrira « Une femme douce » de Sergei Loznitsa d'après un nouvelle de Dostoïevski, dont Robert Bresson avait donné une adaptation en 1969. Andrey Zvyagintsev vient à Cannes pour la quatrième fois. Il est toujours reparti avec une récompense. Dans son dernier opus, « Sans amour », il est question d'un divorce vu du coté d'un enfant.

Les quelques outsiders de cette sélection peuvent provoquer quelques surprises et éclats.

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Nous pensons notamment au suédois Ruben Östlund qui dans « The Square » parle des excès de la communication dans le monde de l'art.

Il en est de même pour Lynne Ramsay qui, avec "You Were Never Really Here", aborde le monde de la prostitution des jeunes.


Un Certain Regard : (1)

La deuxième sélection officielle bénéficie d'une flexibilité qui lui permet d'offrir un programme qui brasse largement les générations, les genres et les pays.

Les réalisateurs reconnus qu'on aurait pu tout aussi bien sélectionner en compétition y côtoient des auteurs de premier film.

La première catégorie concerne deux cinéastes français : Mathieu Amalric et Laurent Cantet.

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Mathieu Amalric fera l'ouverture avec « Barbara » qui n'est pas un biopic de la chanteuse mais le récit de la tentative de réaliser un film sur elle.

Laurent Cantet dans « L'Atelier » évoque la mémoire ouvrière des chantiers de la Ciotat à travers le travail que mène un participant à un atelier d'écriture lors d'un stage d’insertion.

Le Mexicain Michel Franco dans « Les filles d'avril », s'intéresse aux rapports entre une mère et sa fille de 17 ans tombée enceinte. Rappelons qu'il est l'auteur de « Después de Lucia » (UCR, 2012) et de « Chronic », (Compétition, 2015)

Kurosawa Kiyosh dont le film « Le Secret de la chambre noire », toujours en salle, présente cette année « Avant que nous ne disparaissions ». Il traite un thème récurrent dans ses films : la disparition et la réapparition.

Un Certain Regard accueille également d'autres réalisateurs qui sont déjà venus à Cannes.

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L'argentin Santiago Mitre, après « Paulina » (Semaine de la critique, 2015), propose cette année « La Cordillera » qui traite des relations père – fille. Ici le le père est le président de la république d'Argentine.

L'Iranien Mohammad Rasoulof a connu la prison et l'interdiction de tourner dans son pays. Deux de ses films interdits avaient été projeté à « Un Certain regard ». Il sera présent en 2017 dans cette même sélection avec « La Lie ».

Maren Ade qui a triomphé en 2016 grâce à « Toni Erdmann » viendra, non pas en qualité de réalisatrice, mais comme productrice. Elle accompagne « Western » de sa compatriote Valeska Griesebach qui fait partie de la nouvelle génération de cinéastes allemands.

Enfin, on accueillera avec intérêt « Fortunata » de Sergio Castellitto, acteur célèbre en Italie. Il a travaillé notamment avec Marco Bellocchio. « Fortunata » est son quatrième film. Il y dresse le portrait d'une femme seule exerçant la profession de coiffeuse et qui se bat pour ouvrir son propre salon.


Trois premiers films ont attiré notre attention.

Dans « La fiancée du désert », les Argentines Cecilia Atan et Valeria Pivato décrivent le sort d'une domestique qui se retrouve à la rue quand la maison de famille dans laquelle elle travaillait est vendue.

L'Italienne Annarita Zambrano, dans « Après la guerre », s’intéresse au cas d'un ancien activiste d’extrême gauche réfugié en France, au temps de la « doctrine Mitterrand ». Il doit fuir à nouveau quand ce droit d'asile est remis en cause.

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« Wind River » de l'Américain Taylor Sheridan, se déroule dans une réserve indienne du Wyoming. Pour trouver qui est responsable du viol et de la mort d'une adolescente, Cory, un chasseur de coyotes, affronte la loi du silence de sa communauté.


La Quinzaine des Réalisateurs :(2)

La pépite dénichée cette année est le dernier film de Claire Denis , « Un beau soleil intérieur » avec une équipe choc : Gérard Depardieu, Josiane Balasko, Juliette Binoche, Nicolas Duvauchelle, Philippe Katerine et Xavier Beauvois, Christine Angot ( coscénariste ) et Stuart Staples des Thindersticks (auteur de la musique).

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D'autres événements médiatiques rythmeront la Quinzaine comme la projection du documentaire d'Abel Ferrara, « Alive in France », ainsi que « L’Amant d’un jour » de Philippe Garrel sur la cohabitation d'un trio composé d'un homme et de deux femmes de même âge.

Quant à Bruno Dumont, il présentera cette année son dernier opus, « Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc », une comédie musicale sur les jeunes années de la Pucelle d'Orléans.

Amos Gitai dans son documentaire « West of the Jordan River (Field Diary Revisited) » donne la parole aux militants israéliens et palestiniens qui tentent de relancer le dialogue de paix.

Aux yeux de nombreux amateurs, l’événement de la Quinzaine est la venue du Lituanien Sharunas Bartas, pour son dernier film « Frost ». Il est l' un des plus éminents représentants d'un cinéma qui donne à l'image tout son pouvoir hypnotique et à la narration la force d'une méditation.

La Quinzaine accueillera une majorité de cinéastes qui viennent à Cannes pour la première fois.

Le Cinéma italien, avec ses trois film sélectionnés, atteste sa vitalité.

Le plus connu d'entre eux est Jonas Carpignano, auteur de « Mediterranea »(Semaine de la critique, 2015). Il s’intéresse dans « A Ciambra » à la vie d'un jeune Rom de Calabre pris entre ses responsabilités familiales et son désir d'autonomie.

Roberto De Paoli décrit dans son premier film « Cuori puri », l'amour naissant entre deux adolescents.

Leonardo Di Costanzo avec « L'Intrusa » parle d'un foyer pour enfants des rues de Naples dont l'existence est menacée.

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Saluons enfin la présence de deux femmes - cinéastes venant de pays qui sont rarement présents à Cannes : Mouly Surya venue d'Indonésie et Rungano Nyoni d'origine zambienne.

La première conte le voyage libérateur d'une veuve dans « Marlina la tueuse en quatre actes ». La seconde décrit la révolte d'une fillette dans « I Am Not a Witch ». Elles ont pour point commun non seulement d'aborder le thème de l'émancipation de la femme mais encore d'enrichir leur récit d'éléments fantastiques et magiques.


La Semaine de la critique :(3)

Une des caractéristiques de la Semaine de la Critique est de contribuer à la découverte de jeunes talents qui ont choisi le film de genre comme mode d'expression quitte à en bousculer les codes. Ainsi en 2016, le public a pu apprécier le premier film de Julia Ducournau, « Grave ».

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A priori, cette année, les films de genre sont assez rares dans la sélection. Seul, le film d'ouverture, « Sicilian Ghost Story » de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, échappe à ce constat.

Ces derniers sont les réalisateurs de « Salvo », Grand Prix de la Semaine de la critique en 2013. Ils ont choisi dans « Sicilian Ghost Story » de revisiter l'histoire de Roméo et Juliette dans l'univers de la Mafia contemporaine.

La plupart des douze longs métrages sélectionnés abordent des problèmes contemporains sous un angle réaliste. Parmi eux, six sont des premiers longs métrages

« Petit Paysan » du Français Hubert Charuel, traite la situation de l'agriculture familiale à travers le drame que connaît un jeune éleveur dont le troupeau de vaches est frappé par une épidémie.

Après « Les Apaches » (Quinzaine, 2013) qui jetait un regard sans complaisance sur la société corse, Thierry de Peretti poursuit ses investigations dans l'île de beauté avec « Une Vie Violente ». Il y décrit le parcours d'un jeune homme, hier militant autonomiste, aujourd'hui clandestin dont la tête est mise à prix.

« La familia » de Gustavo Rondón Córdova parle de la cellule familiale devenue l'ultime recours face à loi de la jungle qui règne dans les quartiers ouvriers de Caracas.

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« Gabriel et la montagne » du Brésilien Fellipe Gamarano aborde les pérégrinations d'un bachelier en voyage de découverte en Afrique dont l'idéalisme sera mis à mal.

L'intrigue de « Los Perros » de la Chilienne Marcela Said comme « L'été des poissons volants » (Quinzaine, 2013) se situe dans le monde feutré d'une famille de la haute bourgeoisie. L'arrivée au sein de cette cellule d'un professeur d'équitation, ex colonel et peut être ex tortionnaire fera réapparaître un passé soigneusement enfoui.

Enfin l'Iran sera représenté par un jeune cinéaste, Ali Soozandeh, réalisateur de « Téhéran Tabou ». Il décrit la schizophrénie de la société urbaine iranienne où derrière une façade prude et dévote, sexe, alcool et drogue sont le quotidien d'une frange aisée de la population.

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La Semaine de la critique clôturera avec la projection d'une comédie, « Les Aventures de Brigsby » que l'on doit à Dave McCary, réalisateur des « Saturday Night Live ».


Bernard Boyer

(1) http://www.festival-cannes.com/fr/

(2) http://www.quinzaine-realisateurs.com/fr/edition-2017/

(3) http://www.semainedelacritique.com/