MONDE IMAGINATION

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Promenade. Un mot qui prend un sens différent dans une cour de prison. Instinctivement les détenus marchent en rond dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Vaine tentative de remonter le temps. Jusqu'où ? Le moment de la faute pour défaire ce qui a été fait ? Le moment de la faille ? Pour tuer la faute dans l'œuf ? Sur le plateau du TNN les mots recueillis en prison par Anthony Bacchetta sont devenus chorégraphie. Les maux, ceux de l'âme et du corps, des détenus qu'il a rencontrés. De ces échanges sont nés des textes mis en mouvements avec grâce et talent par la, bien nommée, Compagnie Humaine d'Eric Oberdorff.

 

Le plateau est devenu espace de promenade, cellules, et les danseuses Emma Lewis et Cécile Robin Prévallée (bouleversantes d'intensité) donnent vie à l'inimaginable pour qui n'a pas un jour été emprisonné. Comment imaginer la privation de liberté, la peur, la détresse, les rêves de liberté et le réveil cauchemardesque qui vient sanctionner le début d'une nouvelle journée à l'intérieur, la contrainte de l'espace, le corps qui devient trop étroit pour contenir le flot d'émotions qui grossit chaque jour dedans, les cris silencieux qui déchirent l'espace, la solitude au milieu de la foule, la répétition d'une routine implacable car quoi qu'il en soit immuable et le temps qui se dilate et ne cesse d'en rappeler un autre, celui d'avant.

Spectacle

C'est ceci et tellement plus encore que les deux danseuses crient à travers une main tendue vers le ciel, un corps qui se tend, se replie, s'ouvre, un tempo qui s'accélère, ralenti jusqu'à l'immobilité, un geste qui revient, encore et encore, toujours. Un exposé physique assourdissant tant l'intensité intérieure déborde pour éclabousser le plateau. Les chorégraphies d'Eric Oberdorff sont rythmées, nourries par la musique et les compositions d'Anthony Baccchetta et Delphine Barbut. Les furieux riffs de cette dernière contrastent avec la ronde lente des danseuses et quand, face public, elle chante la noirceur du futur le spectateur est projeté dans une autre dimension.

La salle devient une prison, les spectateurs détenus éphémères une heure, le temps de la promenade à l'intérieur. Le spectateur peut maintenant faire l'expérience de l'inimaginable par procuration. Il peut sentir les murs qui se resserrent, l'angoisse d'un regard trop appuyé, la tension d'un corps qui en bouscule un autre, la tragédie d'un cadavre porté à bout de bras mais aussi le jeu de deux corps qui s'apprivoisent, se soutiennent, partagent un moment tout en connivence l'espace d'un instant, tellement fragile et éphémère, suspendu. Magnifique moment de répit avant que la ronde ne reprenne, inexorablement.

Carine Filloux


Monde Imagination

Mise en scène, chorégraphie & scénographie Eric Oberdorff.

Avec Emma Lewis, Cécile Robin Prévallée, Delphine Barbut et Anthony Bacchetta

Musique & composition Anthony Bacchetta et Delphine Barbut

Lumière Frédéric Valet

Ateliers en milieu carcéral réalisés avec le soutien du Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation (SPIP) Savoie/Drac Rhône-Alpes, SPIP Gironde/Mission Locale, Technowest/ASCMA

Textes d'Anthony Bacchetta et des détenus du Centre de Détention d'Aiton et de la Maison d'Arrêt de Gradignan ayant participé aux ateliers d'écriture "Monde imagination"

Durée 1h
Mercredi 3 et jeudi 4 mai 2017 20h30 au Théâtre National de Nice - http://www.tnn.fr/fr/spectacles/saison-2016-2017/monde-imagination

Eric Oberdorff fonde en 2002, la Compagnie Humaine dont il est le directeur et le chorégraphe. Depuis cette date, une vingtaine de projets présentés en France et en Europe ont vus le jour – www.compagniehumaine.com