A.R.PENCK Rites de passage

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« J’ai vu la mort du temps , la disparition du mouvement dans le mouvement, par le mouvement » écrit A.Penck

Il définit ainsi philosophiquement et poétiquement sa recherche et sa production artistique. C’est cette proposition qui fonde l’exposition de peintures et de sculptures d’un artiste qui oscille entre le primitivisme de Lascaux et le graffitisme dont il est avec Haring et Basquiat l’un des pères.

Mais la force de sa démarche met à distance toute étiquette puisqu’elle va rassembler Chaos et « ordo », « entrop » et « negentrop », qui renvoient au genre humain sans volonté de classification comme si une force archaïque les emportait au-delà du temps.

Ce chaos , cette mort du temps, Ralf Winckler, alias A.R.Penck , les a vécus très jeune à Dresde , sa ville natale. Le 13 et 14 Juillet 1945 sa vision d’enfant fut celle d’une ville labourée par les bombes, dans les rues saccagées il jouait avec les autres enfants parmi toutes sortes d’objets hétéroclites. Ce n’est que plus tard, dans les années 50 qu’il prit conscience de ce traumatisme initial, fondateur, qui inspira une de ses premières toiles « Attaque d’une ville »

On retrouve au début de l’exposition trois tableaux qui sont à rapprocher de ce traumatisme premier.

Exposition

Le nombre trois est important : le premier tableau, le UN est confusion, mélange indescriptible. Je pense ici à la philosophie taoïste fondée sur le trois : le Un, Tao, est unité essentielle, espace et temps réunis. Chez Penck, c’est l’explosion feutrée au niveau des couleurs qui va donner le 2 , homme/femme séparés à la différence du 2 taoïste yin et yang réunis dans un monde potentiel qui dès le chiffre trois deviendra manifestation, structuration , dynamisme, organisation de l’énergie dans le ternaire. Chez Penck , dans son troisième tableau trois silhouettes en haut partent vers la gauche dans une errance totale et séparées par un trait, trois pâles reflets vont dans l’autre sens .

Ces tableaux sont déjà la quintessence de la démarche de Penck. Il élabore plus tard un langage nouveau sous le nom d’un Standart theorie qui ira se complexifiant. Il est vrai qu’au cours de l’exposition apparaissent des figures qui rappellent les grottes de Lascaux , des hommes schématiques . Se dessine un

Style qui ne se fonde pas sur des techniques de représentations formelles inscrites dans un temps historique. Ce dernier est oblitéré, par un retour à un hors-temps, à un primitivisme qui devient un langage universel.

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Ce n’est pas par hasard que Ralf Winkler prend en 1964 le nom de A.Penck, géologue et spécialiste de la période glaciaire !

C’est le début d’une série de tableaux, Weltbild, image du monde, il réside en RDA à cette époque.

Sa peinture renvoie aux tensions entre l’Est et l’Ouest avec des êtres schématiques en mouvement, les relations entre les êtres sont elles aussi réduites de la même façon en noir et blanc le plus souvent.

Le mouvement reste primordial. Nous retrouvons dans ses tableaux tout un réseau de signes, signaux, correspondances intérieures, mais aussi avec l’extérieur ( Standart/ standard…téléphonique)

Ses personnages réduits à l’essentiel ne sont reliés à aucune fonction. Ils sont des « non-fonctions ».

Une telle représentation est insupportable pour le régime stalinien de la RDA . La non- fonctionnalité de l’être représente le non-sens absolu et ne mérite que la censure.

Michael Werner grand galeriste en RFA a saisi l’importance et l’originalité de l’œuvre de Penck et fait passer ses oeuvres à l’Ouest clandestinement.

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Penck va suivre le chemin de ses œuvres.

On retrouvera plus tard dans ses peintures les signes de croix en oblique, croisements, carrefours entre l’UR (l’origine) et l’ENDE(la fin), le ES(le ça) et le ICH ( le Moi). On aperçoit dans l’angle d’un tableau un petit édifice rectangulaire sur la gauche représentant le KGB. De même est récurrente la présence du T, troisième guerre mondiale… le T est aussi présent dans le groupe de jazz TTT auquel Penck participe en tant que musicien. C’est un véritable homme orchestre, écrivain, musicien , peintre, dessinateur et aussi sculpteur !

Le cercle noir est aussi présent qui renvoie pour Penck au carré noir de Malevitch et aussi à la Kabale, dit-il…parcours initiatique mystérieux…Correspondances et fêlures…

Si dans la peinture classique l’image est reliée à un sens, chez Penck tout est fondé sur les relations entre les éléments d’une image. Un trait noir barbouillé peut créer une nouvelle structure.

La toile dit à la fois l’ordre et le désordre, la structure et le chaos en un oxymore sans cesse présent.

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En 1977 il aborde la sculpture. Elle est présente à la Fondation, telle un monstre difforme, effrayant, qui peut esquisser un tendre mouvement.

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Tout près les hommes en marche figée de Giacometti. Ce face à face est saisissant et encore oxymorique !

La peinture est mouvement éternel. « Penck donne et ce don lui revient sous forme de tableau » écrit Olivier Kaeppelin. Ce mouvement donne à l’art de Penck un espace premier où se vit et revit la Genèse du monde et du geste créateur.

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Penck, nous dit encore Olivier Kaeppelin, offre «  un espace tangible, les promesses d’un espace » où, mains tendues, pour nous spectateurs, se joue l’éternité de l’instant.

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Nicole Deleu

photos © Béatrice Heyligers – Reproduction interdite


A.R.PENCK Rites de passage

Exposition du 18 mars au 18 juin

Fondation Maeght Saint Paul