Clytemnestr@pocalypse

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Clytemnestre est à la maison, attendant le retour d'Agamemnon son mari. Elle prépare l'eau du bain pendant que le dîner mijote sur le feu. A la radio passent des airs de country. Une image somme toute assez classique d'une femme qui attend son mari à la fin de la journée. Sauf que Clytemnestre attend le retour de son époux pour le tuer. Dix ans qu'elle attend ce moment. Dix ans qu'elle se repasse inlassablememnt le film de la tragédie écoulée. Dix ans que sa fille Iphigénie est morte, sacrifiée pour des vents favorables sur l'autel de la gloire d'Agamemnon, son propre père.

La vengeance est un plat qui se mange froid, pourtant Clytemnestre bouillonne. Elle tremble de rage, son coeur déchiré au bord des lèvres. Le tuer. Dans la baignoire peut-être, l'eau dont elle la rempli s'y teinte déjà de rouge. Une fois de plus elle se souvient et sur le plateau du Théâtre de Nice Valérie Crouzet endosse tour à tour les rôles de Clytemnestre, Agamemnon, Achille, Iphigénie. Les changements de personnage s'accompagnent d'une ambiance lumineuse différente et le formidable talent de la comédienne fait le reste. Elle est d'une intensité vibrante, parfois presque trop, en équilibre sur le fil ténu sur lequel elle avance. Seule sur le plateau, elle emplit l'espace de sa présence magnétique et fascinante. Un talent formidablement dirigé par Dan Jemmett servi par un texte aux petits oignons de David Turkel. En effet, les mots sonnent, claquent, rugissent. Mais la comédienne n'est jamais aussi émouvante que quand, assise au bord du plateau, elle laisse le coeur de Clytemnestre parler. "La mort est mon enfant. Elle m'appelle Maman."



Théâtre

 

Inspiré d'Euripide, le texte de David Turkel passe sans heurt la transposition au monde contemporain. La trahison, le désir de vengeance sont des thèmes qui, du Mythe Grec à 2017, ont traversé les âges sans prendre une ride. Qu'importe que l'intrigue se déroule dans la Grèce antique ou l'Ouest de la Virginie aux USA. Les enjeux sont les mêmes, le sang appelle toujours le sang. Les accents de la musique country, exclusivement féminins, font écho aux tourments de Clytemnestre, "I'm going to show you Baby a woman can be tough!", endossant le rôle du choeur antique personnifiant le destin qui tisse inexorablement sa toile.

"Dans ce monde-ci tu me pardonnes ?" espère Agamemnon. La réponse et le dénouement se joueront dans la deuxième partie. Cruelle attente, même si seul un fou parierai sur une réponse positive.

Carine Filloux


clytemnestr@pocalypse

Texte de David Turkel d'après Euridipe & Eschyle

Traduction Marie-Paule Ramo

Mise en scène Dan Jemmett
Avec Valérie Crouzet

Durée 1h10
Du 24 au 29 mars (relâche lundi 27 mars) au Théâtre National de Nice - http://www.tnn.fr/fr/spectacles/saison-2016-2017/clytemnestrapocalypse