PASCAL PINAUD SEMPER VIVUM

PDFImprimerEnvoyer

Exposition Fondation Maeght du 10 septembre 2016 au 5 Mars 2017

Le titre de l’exposition Semper Vivum est porteur à lui seul des différentes dimensions que le parcours artistique de Pascal Pinaud nous inspire. Toujours vivant, l’œuvre d’art est ainsi désignée par le neutre « vivum » utilisé en latin. Un détail … mais un détail peut submerger une œuvre et son interprétation !

 

Pour présenter cette œuvre vivante et vivifiante dont l’ensemencement est un des motifs, la Fondation Maeght s’associe à l’Espace de l’Art Concret de Mouans-Sartoux

Exposition

et au Fonds Régional d’Art Contemporain Provence-Alpes Côte d’Azur consacrée à l’artiste Pascal Pinaud, grâce à trois expositions, dont les deux premières seront présentées simultanément à la Fondation Maeght et à l'Espace de l'Art Concret, la dernière suivant au FRAC PACA pendant l’été 2017.

. « L’art est créateur d’un espace non conventionnel, d’un espace sans cesse en mouvement », explique Olivier Kaeppelin , directeur de la Fondation Maeght « À travers les oeuvres elles-mêmes, et à travers les relations qui s’instaurent entre les oeuvres, l’artiste propose un espace neuf qu’il tente d’habiter et qu’il nous propose de partager…l’art nous fait oublier les objets aliénés à un usage ou une fonction. »

Exposition

Pascal Pinaud prélève des composants de nature très différente, l’idée de noblesse ou banalité voire pauvreté du matériau/support est abolie. Seule compte l’alchimie artistique qui transforme en une œuvre abstraite des objets comme des fèves, des capots de voiture, ou bien des éléments immatériels comme des flammes de gazinière, ou des mines de crayons …Il a recours à une grande variété de matériaux et de savoir-faire empruntés à la sphère domestique, artisanale ou industrielle. En articulant les activités d’un quotidien des plus communs à une pensée de la peinture des plus élaborées, il ouvre des horizons multiples et productifs à partir de son exploration « de banlieues de tableaux » selon son expression

Ce travail est profondément lié au contexte, aux lieux , aux évènements. « Tout me va et je ne m’interdis rien à priori « nous dit P.Pinaud.

Cette force de liberté relié au mouvement de la vie, à l’improvisation, au dépaysement, et au fait de mener de front plusieurs chantiers donne au Semper vivum une dimension originale, de nature cosmique et quotidienne à la fois fondée sur l’interaction du milieu ,de l’œuvre et de l’inventivité.

Réaliste empirique peut-être mais aussi medium qui nous fait percevoir d’autres niveaux de réalité parfois ludiques et humoristiques !

IL parcourt en tous sens le champ et le hors champ de la peinture, son histoire et ses enjeux. Afin de « peindre autrement » , il se laisse porter par le hasard des faits, des gestes et des objets croisés au jour le jour, déclencheurs d’une alliance entre le grand art et la trivialité de la réalité.

La trivialité est très importante, au sens propre tria via/ trois voies qui se rencontrent : celle de l’œuvre, de l’artiste qui l’inscrit en un espace et le spectateur qui entre en résonnance avec le champ et le hors-champ de la peinture, de la sculpture et autres installations.

Cette traversée d’un moment de l’oeuvre de l’artiste rend sensible la dynamique créatrice d’une quête en mouvement constant et met au jour les ressorts qui l’animent. La recherche se révèle hyperactive, l’éclectisme de l’oeuvre en témoigne. Faisant feu de tout bois, l’artiste est un collectionneur invétéré d’objets trouvés et de matériaux hétéroclites – tissus imprimés, autocollants, fèves de galettes, tapis, lingettes de machine à laver. Qui plus est, des activités liées à des métiers divers, broderie, carrosserie, couture ou ferronnerie, participent de ses pièces, leur réalisation pouvant être déléguée à un tiers

PARCOURS, rétrospective à la Fondation Maeght.

Ce parcours se fonde sur la mémoire, trace essentielle du Sempervivum : réminisence d’autres expositions, 34 suites ainsi crées, mais aussi présence subliminale de mouvements qui ont traversé l’imagination créatrice de l’auteur. Nous pensons au mouvement Gutaï des années 50

« L'art Gutaï ne transforme pas, ne détourne pas la matière ; il lui donne vie. Il participe à la réconciliation de l'esprit humain et de la matière, qui ne lui est ni assimilée ni soumise et qui, une fois révélée en tant que telle se mettra à parler et même à crier. L'esprit la vivifie pleinement et, réciproquement, l'introduction de la matière dans le domaine spirituel contribue à l'élévation de celui-ci. »

« Gutaï est un groupe d'individus qui s'empare de toutes les techniques et matières possibles, sans se limiter aux deux et aux trois dimensions ils emploient du liquide du solide, du gaz ou encore du son, de la lumière

Nourrie par l’usage du ready-made assisté de Duchamp et par un jeu de références à de multiples pratiques picturales dont Surfaces/Supports , son oeuvre se développe en différentes séries, identifiées par les médiums employés ou par des sujets de recherche tels que les Accidents

Depuis plus de vingt ans, Pascal Pinaud réinvente la peinture abstraite dans une recherche incessante de nouvelles voies, et techniques. Sous l’acronyme PPP – PASCAL PINAUD PEINTRE - qu’il prend dès 1995, et qu’il met à distance à la Fondation il réinterprète souvent l’art contemporain.

Le premier choc visuel à la Fondation est le monumental « arbre à fèves » ,

Exposition

Il a collecté les fèves des galettes des rois aux quatre coins de la France dans un réinvestissement iconoclaste de la culture populaire. « Le résultat, c’est une sculpture qui a été sucée par plein de gens, une oeuvre d’art comportant des milliers d’ADN », nous dit Pascal Pinaud qui a été aidé dans sa collecte par des collectionneurs fidèles, des amis et des étudiants de la Villa Arson où il enseigne. Au total, une trentaine de personnes ont collaboré au projet et quelques 20 481 fèves ont été rassemblées et disposées par l’artiste sur un arbre en résine de près de 3,20m de haut. « C’est aussi un arbre de vie, un trophée qui ne rassemble que des gagnants, des rois et des reines ».

Cet arbre à trois branches peut susciter toute sortes d’interprétation, même mystique.. L'arbre est un symbole parfait car il réunit tous les niveaux du réel. Il relie le ciel et la terre, la matière et l'esprit, l'inconscient et le conscient, le réel et le rêve. Il relie et harmonise les contraires. Il réalise une synthèse du monde par l'unité fondamentale de ses trois plans souterrain, terrestre et céleste. Tour à tour arbre de connaissance, arbre de vie, arbre familier et protecteur, il se régénère sans cesse. Bénéfique, il est source de fécondité physique, de protection psychologique, de connaissance intellectuelle et d'éveil spirituel. L’art est relié au sacré !

Nous retrouvons cette dimension dans les fameux moulins à prières en fin d’exposition : Les Moulins à prière, présentoirs aux facettes colorées de bobines de fils qui peuvent tourner sur elles-mêmes dans un mouvement d’incantation permanent. Dans la série Semences ,crayons de couleur écrasés sur toile , la germination reste un thème dominant que nous retrouvons aussi dans cette série ; germination, mutation, transformation dans l’esprit du spectateur dans son âme .

Exposition

Pascal Pinaud déclare « voler tous les savoir faire pour les transformer en œuvres. »

laques automobiles, tricots et oeuvres lumineuses. La série Semences, tableaux blancs sur lesquels ont été jetées et écrasées de manière aléatoire des mines de crayons de couleur

Ses séries restent très structurées avec une bonne dose d’humour, de distanciation parfois empreinte de nostalgie ppp déboulonné.

Exposition

Elles aboutissent à la dernière « le Silo » condensé des recherches sérielles de l’artiste qui réunit et rejoue l’ensemble de sa démarche.

Exposition

La recherche de P.P.P ne creuse pas inlassablement le même sillon . Les pistes sont très diverses et dit-il « il veut tout mélanger ».

Dans cette apparente disparité se retrouve la cohérence de l’étrangeté. Son nomadisme artistique est à l’opposé de l’exigence de transparence qui doit accorder la forme au contenu.

Alors le spectateur se retrouve face à une langue étrangère. Comme l’écrivait Proust à propos des beaux livres même « les contres sens qu’on fait sont beaux » . L’œuvre de P.P.P nous y incite car nous sommes trop souvent soumis aux normes rassurantes qui définissent l’homogénéité d’un ensemble.

Ce que nous donne à voir P.P.P ce sont des lignes de fuite parfois parsemées d’empreintes.

 

Exposition

Il existe comme une langue mineure à l’intérieur de sa langue et il adopte ainsi un mode de création fluide, une « hétérogenèse » selon le mot de G.Deleuze .

Ce qui se manifeste dans cette exposition c’est cette liberté d’inventions, de risques, de chocs où l’œuvre ne sert pas à communiquer de manière normative mais poétique, véritable floraison analogique !

Nicole Deleu