Prix RFO du livre 2009

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15e édition de l’aide à la création littéraire ultramarine

Le prix RFO du livre 2009 a été attribué à Yanick Lahens pour La couleur de l’aube, Editions Sabine Wespieser. La remise de prix s’est effectuée dans les salons feutrés du café germanopratin Les Editeurs, sous la houlette d’un jury quasiment unanime, présidé par Laure Adler.



La lauréate fraîchement nommée deux heures plus tôt n’a pu être présente mais son confrère Alain Manbanckou a indiqué qu’il lui remettrait son prix d'une valeur de 5000 € de la part de France Télévision en main propre, à l’occasion d’une prochaine cérémonie haïtienne.

La trame de l’ouvrage : au fil d’une journée et de leur enquête pour retrouver leur jeune frère disparu, Angélique et Joyeuse, les deux visages du même désespoir, dessinent de Port-au-Prince une géographie apocalyptique.

Dany Laferrière*, membre du Jury, ayant accepté avec gentillesse de nous livrer quelques impressions à chaud, revenons sur ses propos.

AurèleM : Vous avez souligné l’extraordinaire richesse de la sélection cette année. Sur quels critères avez-vous décidé d’attribuer le prix à Yanick Lahens ?
Dany Lafferrière : Définitivement, pour le mariage particulièrement réussi du fond et de la forme – une harmonie parfaite – et pour l’originalité de son approche. Le thème de la résistance dans la culture caribéenne est très souvent abordé mais la nouveauté ici, c’est que l’auteur donne à voir une autre perspective. Les regards de ces deux sœurs – l’une résignée, l’autre plus vivante – représentent la double facette de la société haïtienne, sous l’angle féminin. Avec cet œil subversif, sensuel, raffiné qui peut aussi dire la révolution, la révolution au féminin. Autre intérêt littéraire marquant, bien que ces personnages restent en arrière-plan, la caméra va les chercher, leur conférant ainsi une forte présence inhabituelle pour des seconds rôles.

AM : Vous précisez que le roman se passe sur une journée. Est-ce, d’après vous, une volonté d’économie de moyens pour resserrer son histoire, pour aller vite, en écho avec l’air du temps ?
DL : C’est une stratégie littéraire, oui, mais elle la détourne. En fait, ce qui est magique, c’est la profusion des détails qui retardent le mouvement alors que l’urgence est dans l’événement : le frère n’est pas rentré et dans ce contexte politique troublé, sa vie est menacée.

AM : Les descriptions sans complaisance et le portrait brossé d’une famille ordinaire en prise avec la réalité sordide caribéenne mènent-ils Y. Lahens à porter un jugement sur le pays et ses dérives ?
DL : Justement non. L’auteur a évité deux écueils : le discours politique et la soumission à son sujet. Les situations décrites sont violentes mais pas son récit. Sa langue reste souple et nuancée. Tel un tango. Finalement, ce livre parle du désir, celui tout particulier de la femme…

Pour plus d’informations sur les nominés, les membres du jury et le prix RFO, un dossier de presse est disponible auprès de Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

*Ecrivain d’origine haïtienne, exilé politique à Montréal depuis 1976. Son premier livre « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » (1985) lance sa carrière. Il vient de recevoir le prix Médicis pour L’énigme du retour chez Grasset.


par AurèleM