Opéra de Nice : TOSCA de Puccini

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L’Opéra de Nice propose Tosca dans une production de l’Opéra de Marseille. Pour le chef d’oeuvre de Giacomo Puccini, la mise en scène, les décors et les costumes sont signés par Louis Désiré, de retour dans sa ville natale marseillaise après une carrière internationale.

 

 

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Trois accords, martelés cruellement en guise d’ouverture, nous annoncent les trois cris clamés au deuxième acte par la cantatrice Tosca quand elle prend conscience du prix à payer pour libérer son amant des tortures de l’ignoble Scarpia : bestialement celui-ci exige qu’elle lui cède.

D’après un drame que Victorien Sardou écrivit en 1887 pour Sarah Bernhardt, Tosca est un des opéras les plus populaires de l’histoire de la musique, particulièrement grâce à des airs célèbres qui donnent le frisson : « Vissi d’arte » chanté au second acte par la soprano et « E lucevan le stelle » par le ténor. Tout l’art de Puccini consiste à maintenir une action nerveuse à coups d’élans musicaux violents contrebalancés par des instants de lyrisme sublime. Peut-être est-ce à cause de telles convulsions que la critique accueillit si mal cet opéra à sa création, ou bien l’intrigue lui sembla-t-elle invraisemblable. Par contre, le public fit un triomphe à cette oeuvre qui jouait pourtant avec ses nerfs.

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Pour résumer : sur fond historique des guerres napoléoniennes, Scarpia, ministre de la police pontificale, soupçonne le peintre Cavaradossi d’offrir l’hospitalité à son ami Angelotti, un révolutionnaire évadé du château Saint-Ange. Aussi attise-t-il la jalousie de son amante, la cantatrice Tosca, à l’égard de la Marquise Attlavani dont le peintre fait le portrait. Séduit par Tosca, l’abject Scarpia cherche à la posséder par les moyens les plus perfides. Le drame se noue...

L’efficacité dramatique de Puccini montre avec minutie les réactions et les gestes de ses principaux personnages. Leurs caractères tranchés et outranciers ne leur permettent pas de s’égarer dans des temps de réflexion, ni même de la moindre hésitation. Tosca et son amant ne sont que de misérables marionnettes, manipulées par l’innommable Scarpia, sadique à souhait. L’intensité dramatique augmente avec des événements qui s’enchaînent en transformant les amants en héros tragiques épris d’absolu et liés non plus par l’amour seul, mais surtout par l’amour de la liberté. A la fin du deuxième acte, après avoir soudainement assassiné Scarpia, Tosca murmure avec mépris devant le cadavre « Et tout Rome tremblait devant lui ».

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Car l’action se passe à Rome dans trois lieux différents : l’église Saint-André, le Palais Farnèse et le château Saint-Ange. Dans sa mise en scène, Louis Désiré a recherché un aspect cinématographique. Sans doute, est-ce ce qui a déterminé son choix de décors qui, voulant respecter les lieux authentiques, ne font qu’alourdir le rythme avec leurs allures sombres et austères, tout en tournant sur eux-mêmes. Mais on admire le choix du visage, doublement représenté, pour le tableau en cours d’exécution. Dans cette mise en scène, la fin est escamotée : on ne voit plus Tosca sauter dans le vide, mais seulement s’accrocher au rideau sur le devant de la scène. Pour celui qui ne connaît pas l’oeuvre, cela doit sembler mystérieux !

Dans le rôle de Tosca, la magnifique soprano bulgare Svetla Vassileva a récolté une multitude d’applaudissements très mérités. Le personnage du peintre Cavaradossi est assuré par le ténor espagnol Alejandro Roy dont la voix légèrement veloutée correspond bien au rôle et celui de Scarpia, le tyran sadique, est interprété par l’impérial ténor baryton mexicain Carlos Almaguer. Enfin, la direction musicale a été confiée à la baguette de Renato Balsadonna, un vénitien passionné d’opéra qui prend en compte le rapport entre les caractères des personnages, les voix et la musique.

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Avec son intensité dramatique inégalée, Tosca donne à chacun de merveilleux frissons. Bravissimo !

Caroline Boudet-Lefort