EMPREINTES D’AME

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Quand nous vous rencontrons au cours d’une présentation de film, d’expositions, de conférence et de débat, ce qui frappe avant tout c’est votre joie, votre humilité et votre bienveillance.

 

Exposition

Votre joie ne provient pas d’une disposition naïve, forme de déni de toute réalité, mais d’une profonde alchimie qui prend en compte les souffrances et les malheurs du monde.

Votre humilité se fonde dans l’humus, plonge ses racines dans la terre, dans la Vie du monde. Et votre œuvre en révèle la force et la complexité.

Votre bienveillance, ce bene volens, cette volonté qui veut du bien, est reliée à un respect essentiel des Vivants.

Vous nous donnez à voir la grande aventure de la Vie où tout est

interaction et transmutation à travers la création artistique.

Exposition

Au fil de l’exposition qu’allons nous privilégier … ce qui échappe à tout privilège…

Parcours

Nous suivons les traces d’un parcours choisi, parti-pris de montrer toutes les étapes de la création : les hésitations, le questionnement, une réflexion en mouvement ; c’est ce que nous renvoient les dessins, ébauches, gros plans sur des doigts, les mains modelant le désir, l’abandon, les états de nerfs, de chair.

Une image nous trouble.

Exposition

Ce sexe féminin, à la fois dévoilé et pudiquement nié en un visage obscurci par une main coupable de l’obscénité exhibée par l’autre main. Sexe en feu et en cendres. Présence et disparition sont ainsi ensemble conjugués. La précision du dessin s’inscrit aussi dans l’effacement. Le silence entre dans le corps féminin et le regard du passant. A Naples où la vie est exacerbée par la lave incandescente du Vésuve.

Exposition

Vous inscrivez, dites –vous, « dans le lieu le signe de l’humain ».

Votre œuvre nous renvoie au jeu subtil entre l’image à dimension humaine conçue dans votre atelier et le lieu choisi, souvent un mur dans une rue. Vous exposez à la fois le lieu, sa mémoire profonde, sa lumière, son espace, ses correspondances visibles et/ou secrètes avec l’histoire et l’image qui s’y intègre certes mais en est en même temps distante car elle garde son statut d’image affichée.

Vous nous entrainez ainsi dans un travail incessant, douloureux et magique, dans un mouvement où le passé rejoint le présent de l’image collée sur le mur, terrain de vérité, de dénonciation qui a force de révélation. Révélation de l’humain et de son souffle de liberté , de son désir d’émancipation , la dimension de l’anima, l’âme.

Exposition

Vous convoquez les grandes figures historiques, comme celles de la Commune que vous réifiez, des victimes de l’apartheid qui nous donnent à voir les corps martyrs que l’odieux jumelage entre Nice et Le Cap avait à l’époque sournoisement occultés. La Pieta de Soweto porte son enfant si maigre contre sa poitrine.

Oui, Ceci est mon corps, ceci est mon sang !

Exposition

L’espace/temps sont ainsi travaillés par la dimension symbolique et nous font atteindre un horizon nouveau, fragment d’éternité !

Ainsi la mort est très présente mais elle n’est pas mortifère. ! René Char parle d’une capacité chez l’artiste à « élever la question à la hauteur du soleil. D’elle vient la clarté »

Et puis nous abordons vos images d’écrivains. L’émotion est intense, irruption de visages familiers, Rimbaud , Genet, Neruda, Pasolini…ceux qui ne se reconnaissent pas sur « le fil des certitudes »(Char ), embarqués à corps perdu dans votre œuvre vers un ailleurs proche de la mystique. La mystique a trait à la découverte des mystères, à une démarche qui amène à des états modifiés de conscience où l’on peut traverser le miroir des apparences. Votre travail sur les Extases nous amène à nous retrouver inconditionnellement vibrant…

Pasolini et sa mort : il l’avait lui-même évoquée dans une Note de l’éditeur ajoutée à La Divina Mimesis où domine le sentiment d’une mort prochaine.

« Qu’avez-vous fait de mon corps » cette interrogation du poète portant son propre corps nous transperce toujours quarante ans après sa mort. Votre scénographie aussi.

Exposition

Nous pensons à son recueil de poésie si émouvant Poesia in forma di rosa . Peut-être en portant son corps porte-t-il aussi celui de son frère cadet Guido, résistant, mort dans un accrochage fatal.

« Con la testa spaccata, la nostra testa, tesoro*

umile delle famiglia, grossa testa di secondo genito,

mio fratello riprende il sanguinoso sonno, solo

tra le foglie secche…

nel dolore e la pace d’una interminabile Domenica…

Eppure, questo è un giorno di vittoria ! »

Dans cette part d’ombre, la lumière ne s’épuise pas.

C’est aussi votre victoire ! Celle d’un art éphémère qui nous révèle l’éternité d’un regard, incendie de l’instant.


Nicole Deleu


*Traduction

La tête fendue, notre tête humble

Trésor de la famille, sa grosse tête de cadet,

Mon frère se rendort de son sanglant sommeil, abandonné

Parmi les feuilles mortes…

Dans la douleur et la paix d’un interminable dimanche…

Ce jour, pourtant, est un jour de victoire !*

Pier Paolo Pasolini Poésies

NRF Poésie/Gallimard

Traduction de José Guidi

Ernest Pignon Ernest au MAMAC, Nice

Exposition / Rétrospective

« Les traces d’un parcours » du 25 juin 2016 au 8 janvier 2017