ANTHEA : VOLE ! d’Eva Rami

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Pour son premier spectacle en solo, Eva Rami a choisi de parler d’un sujet qu’elle connaît bien : elle-même ! Elle raconte sa vie en commençant par sa naissance à Buenos-Aires, au hasard d’un poste que ses parents avaient demandé à l’étranger, mais venue dès sa petite enfance dans l’arrière-pays niçois, à Aspremont où son père était directeur d’école. Elle vivait donc sur le lieu de sa scolarité et, à chacun de ses anniversaires, tous les enfants du village étaient présents. Une enfance protégée, certes ! Une enfance qui joue les prolongations avec ce spectacle sensible et attachant. Elle est là avec sa poupée, son enfant, dit-elle.

 

Passer d’une minuscule salle du Festival d’Avignon (67 places) à la petite salle d’Anthéa (250 places, quand même !) lui a donné le trac. Vite disparu ! Elle a rapidement fait tomber les barrières entre scène et salle et a supprimé toute distance avec les spectateurs. Depuis son passage à Avignon, elle a trouvé son rythme en déroulant le spectacle à toute allure. La jeune femme trace son portrait et son parcours en se replongeant dans ses souvenirs de gosse et révèle un talent d’écriture et de jeu très prometteur.

Spectacle

Elle choisit d’être drôle à travers le regard qu’elle porte sur sa vie – sa courte vie, elle n’a que 27 ans ! – et sur la relation à ses parents et ses grands parents, dont elle parle avec bienveillance, tendresse, humour et profondeur. La pertinence du propos accroche rapidement le public qui la suit volontiers dans son monologue. Sur scène, il n’y a rien d’autre qu’une valise et un fauteuil qu’Eva Rami peuple de tous les personnages possibles, surtout ceux de son enfance, passant de l’un à l’autre. Son père qui était son prof lui clamant « Bubulle !», autrement dit « Zéro pointé », sa mère devenue psychologue qui inévitablement lui disait en cas de mal aux yeux « qu’est-ce que tu ne veux pas voir ? » ou de mal aux oreilles « qu’est-ce que tu ne veux pas entendre ? »

L’écriture est inventive, sautillante, légère et finaude, tout comme le personnage d’Elsa (sur scène Eva s’appelle Elsa !). Articulé parfaitement, son texte fait mouche. Insolent et moderne, mais sans excès, sans expressions branchées. Elle trouve la bonne distance comique et nous embobine de bout en bout en témoignant avec finesse de son expérience vécue.

La scène qu’elle interprète avec le plus de verve est peut-être « Le Rat et l’éléphant », une fable de La Fontaine. Dite à toute berzingue, avec des imitations de rat, d’éléphant et de chat, elle provoque d’immenses éclats de rire dans le public. La morale de la fable tourne autour de l’orgueil et de l’importance accordée à soi-même. Sans doute Eva l’a-t-elle choisie parce que cela ne la concerne pas. Elle ne triche pas, ne cherche pas l’esbroufe. Il lui suffit d’être elle-même. Irrésistible et prête à prendre son envol !

Cette excellente comédienne – que nous avions appréciée la saison dernière dans « Don QuiXote, l’invincible » - manie avec finesse un humour le plus souvent absurde et accroche le public de la première à la dernière seconde. Avec un propos juste et sensible, elle sait créer une complicité avec lui, dialogue avec lui, interpelle une spectatrice qui a regardé sa montre : elle évalue le temps, tout est millimétré. Pas le moindre temps mort.

C’est drôle, fin, original, intelligent. La présence sur scène de cette nouvelle humoriste tient de l’évidence. A découvrir au plus vite !

Caroline Boudet-Lefort