Les Noces de Figaro à La Scala de Milan

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Inaugurée en 1778, La Scala fut le cœur musical de Milan pendant ces 200 dernières années. Un nombre de premières mondiales de Rossini, Verdi, Donzetti, Bellini, Puccini s'y déroula.

 

La Scala fut construite avec de l'argent milanais en 1777 lorsque 90 riches familles milanaises se réunirent et demandèrent à l'archiduc autrichien la permission de reconstruire le théâtre Regio Ducale endommagé par un incendie.

Le parterre n'avait pas de chaises et les spectateurs étaient debout, moins fortunés que les propriétaires de loges (vendues aux particuliers). Au dessus des loges se trouvent les galeries (loggione) où les grands amateurs de musique attendent de manifester leur contentement ou leur veto de la performance musicale tout comme lors du bon vieux temps des gladiateurs du Colisée.

La Scala connût un certain nombre de guerres historiques ; elle fut bombardée par les forces alliées. Maintenant, les anciens alliés américains et anglais sont parmi les plus gros patrons de La Scala.

De grands chefs d'orchestre y ont laissé leur marque ; Richard Strauss, Karajan, Sabata, et plus récemment le fameux duo Strehler-Muti a donné une nouvelle vie et un nouveau souffle à La Scala.

Beaucoup d'opéras paient mieux et offrent de plus longs contrats, de meilleures conditions, mais chanter à La Scala reste le nec plus ultra, l'Everest du Bel Canto.

Si vous avez chanté à La Scala vos enfants et petits enfants seront toujours fiers de vous, peu importe ce que vous avez fait avant ou ce que vous ferez après.

La Scala est éclatante ce soir : tous les chandeliers éclatants, salle pleine pour ces «Noces de Figaro» («toujours plein» me dit mon chauffeur de taxi). Au parterre, pas un seul siège vide. Les six balcons sont remplis. Le public va de 40 à 70/80 ans. Beaucoup de têtes blanches, de longues robes, smokings, nœuds papillon mélangés à des chemises ouvertes. La plupart sont des Italiens bien qu'une brève recherche révèle un couple Lithuanien, mon voisin est de Genève, un peu plus loin un couple Napolitain puis un autre de Shangai qui se distancie à mon approche.

«Je suis journaliste». L'homme suspicieux me regarde anxieusement, hésitant à répondre.

Les chinois ne sont pas nombreux ce soir ; ils ne rachèteront pas La Scala de si tôt (en attendant Milan et Inter, l'équipe de football fera l'affaire).

Le libretto est de La Ponte, grand ami et compagnon de boisson de Mozart, d'après la pièce de Beaumarchais traduite du Français.

Il est intéressant de savoir qu'à cause des idées révolutionnaires, l'opéra a été annulé la nuit de sa toute première par l'empereur d'Autriche lui même.

Sa première se déroula donc à Paris en 1784 et retourna à Vienne avec grand succès en Mai 1786. Lors de ces 230 dernières années Les Noces furent chantées dans tous les grands opéras des quatre continents.

Hélas, avec une page de copyright, Mozart n'aurait pas fini dans la fosse commune à Vienne à cause de manque de fonds funéraires de sa famille.

The Argument ; 18e siècle en Espagne, le mariage de Suzanne et Figaro, le servant du comte Alviva mais Suzanne confesse à Figaro qu’elle est poursuivie par le comte.

Acte 2 : Figaro et Suzanne en concert avec la comtesse vont piéger le comte en lui faisant rencontrer le servant de Suzanne ; Chérubin, déguisé en Suzanne.

Le manège échoue et le comte essaie en vain de séduire Suzanne qui est maintenant déguisée en sa femme.

Tout finit bien, le comte est pardonné de ses tentatives d’adultère et tous chantent gaiement dans un final glorieux.

Le public “Scaligero” est assez économe dans ses applaudissements et je me sens en quelques sortes inapproprié en criant brava pour la reine de la soirée, Dame Diana Damrau.

Le casting ce soir est éblouissant ; surplombant le tout est Dame Damrau, la comtesse, dont la voix de velours domine tout le casting et la tessiture est difficile à mesurer.

Elle est emballée dans un très exubérant tissu qui tout seul vaut bien les six heures de voyage de Perugia à Milan. Elle est très bien secondée par Suzanne (Shultz) qui a de l’énergie en abondance ; les aigüs, les graves, les milieux de gamme, les vibrati sont tous là, elle est un cadeau en couleurs d’Afrique du Sud. Un espiègle Chérubin, et le super bariton-basse Alvarez, le comte, complètent le grand casting. Seule réserve pour le bariton Figaro qui n’a pas le souffle suffisant pour l’immense palcoscenico de La Scala.

Les voix de soutien sont exceptionnelles, qui sait si elles ne pourraient remplacer le casting principal ? Il y a aussi trois surprises… Theresa Zisser, Francesca Manzo, Kristin Sveinsdottir, toutes étudiantes à l’académie Alla Scala, l’école de La Scala qui fournit et éduque les futures stars …Quel émoi d’être appelé sur scène à La Scala avec La Damrau, chanter avec elle dans le sextuor !

La Scala est généreuse dans ses attributions et récompenses, cela explique peut-être le grand nombre de supporters, fondateurs, bienfaiteurs , patrons et pas seulement italiens. Plusieurs célébrités dans ce domaine ; noms étrangers : Gilbert Kaplan, Richard Colburn, Milton Rose, et les italiens : Mondadori, Simonetta, Puccini, Locatelli, Einaudi, Pirelli.

Revenons à la performance ; les choeurs sont étonnement restreints mais efficaces et les costumes pittoresques .

Franz Welser Most, un chef d’orchestre international, a un brillant ensemble sous son bâton, certains disent le meilleur orchestre d’Italie.

Une mention spéciale pour le brillant éclairage qui a surpris. .. qui aurait cru qu’à part être cher les lumières pouvaient donner de la texture et de l’action à un opéra ?

Manifestement, la majeure allocation budgétaire de la production va aux principaux chanteurs et le décor doit faire avec le reste. Comment expliquer alors la scénographie modeste constituée de pauvres panneaux à peine peints avec quelques changements sans intérêt lors des quatre actes..

Les autres temps forts étaient les chants a capella ; les duos, trios, quatuors, quintette, sextuor et un ensemble final qui ont rarement connu une telle exécution.

En fin de compte une grande production dans ce pays avec des banques défaillantes, dévasté par des tremblements de terre, un taux de chômage proche de 40% pour les jeunes, envahi par les 130 000 immigrants illégaux et un gouvernement qui ne peut empêcher un tremblement de terre.

La Scala est un miracle, et l’UE et peut être le monde devrait continuer à la considérer comme une partie essentielle de l’héritage culturel italien et mondial tout comme l’Uffizi à Florence, le Colisée à Rome et le grand canal à Venise.


Peter Hermes


Lieu : La Scala de Milan

L'Opéra : Les Noces de Figaro

Compositeur : Johannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus (Mozart)

Script : Lorenzo da Ponte