UNE VIE DE « ON » De Jean-Claude Grumberg

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« On » c’est Jean-Claude Grumberg lui-même et ce sont quelques parcelles de sa vie qu’il nous raconte dans cette sélection de brefs extraits de plusieurs de ses pièces qu’il lit lui-même et qu’il met en espace. A sa présence sur scène s’ajoutent celles de sa fille Olga Grumberg et de l’excellent comédien Serge Kribus.

 

Après avoir présenté « Ca va ? » qui a obtenu un franc succès en début d’année, Daniel Benoin a fait le choix d’accueillir une nouvelle pièce de Jean-Claude Grumberg qui a accepté de remonter lui-même sur les planches après 26 ans d’absence.

Le prétexte du spectacle est le besoin, arrivé à un certain âge, de jeter un oeil par-dessus son épaule pour faire un bilan, se remémorer des souvenirs et tenter de partager son histoire. Ne voulant pas devenir tailleur, comme de père en fils dans l’atelier de confection familial, « on » en a bavé. S’introduisant dans le milieu théâtral, il devient « on »-à-tout-faire, avant de faire sa place et d’atteindre la notoriété en écrivant des pièces courtes et de plus longues. Mais surtout des pièces courtes dont des extraits s’assemblent ici pour en faire une.

Spectacle

Le public se régale à écouter des événements tragiques évoqués avec légèreté et humour, mais bien sûr, s’il rit c’est d’un rire grinçant. Car tout tourne autour de cette judéité responsable de tous les maux et de tous les mots liés au racisme, aux rafles, aux pogroms, aux camps où le père a été assassiné « dans les flammes ». « J’ai honte » dit l’un. « C’est normal, tu es juif » répond l’autre.

Tout est métaphore dans ces courtes pièces : les odeurs des rouquins sont bien celles des « youpins ». Beaucoup d’ironie aussi. Ah ! L’insistance sur le bon choix qu’a fait ce membre de la famille en partant s’installer à Berlin dans les années trente.

Tout ce tragique est enveloppé de quelques pas de danse. Des pas de danse assouplis en un rythme de ballade plutôt, pour passer d’une saynète à une autre avec des jeux de scène amusants, simples mais impeccables pour donner l’illusion, par exemple pour le passage entre maison et bureau.

Jamais de plainte ou d’appesantissement. L’humanité de cet auteur est sans limites. Cette humanité nous prend par les sentiments, avec douceur et tendresse. « Pour voir la couleur des gens, on regarde à l’intérieur d’eux ».

Il cligne de l’oeil, son unique oeil. Mais il y va tout de même sur la pointe des pieds, teinte le tout d’un voile légèrement nostalgique, plus préoccupé du passé que de l’avenir. Par exemple, avec la présence de son père disparu dans sa petite enfance et qui revient ici fantasmé en Dieu le Père, comme il se doit : irrésistible fantôme vivant. Les souvenirs s’accrochent à la trame de la fiction.

Bref, une courte pièce bourrée d’idées. « Le temps a filé » dit-il. Pour lui comme pour nous, une idée du temps qui passe est passée dans cette « rétrospective » qui marque les proches 50 ans de succès théâtraux de cet auteur qui a flirté avec le cinéma, entre autres en participant aux dialogues du « Dernier métro » de Truffaut.

Souhaitons une grande tournée à ce spectacle qui mérite d’être vu par le plus grand nombre !

Caroline Boudet-Lefort

 

ANTHEA

UNE VIE DE « ON »

De Jean-Claude Grumberg