Une saison flamande, Jean-Pierre Spilmont

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Balade dans le plat pays, ce plat pays qui n’est pas le mien, ce plat pays qui n’est pas le sien, mais que Jean-Pierre Spilmont l’aimant a parcouru autrefois et auquel il revient dans Une saison flamande avec une émotion si vive qu’elle gagne le lecteur.

 

couvertureAu centre de ce beau petit livre, enchâssé comme un joyau, le retable de l’Agneau Mystique qui se trouve à Gand, annoncé en couverture par une reproduction qui rapproche les détails d’Adam et d’Eve. De la cohorte des saints, des anges, des prophètes, des grands de l’Eglise et du paysage paradisiaque, l’auteur n’a retenu que ces figures du couple primordial. Il en tire leçon de lumière et d’humanité, une nouvelle lecture du chef d’œuvre de Jan Van Eyck.

Sur la lancée c’est à Bruges qu’il nous entraîne devant le portrait de Margareta l’épouse du peintre « témoin et passeur du visage et de l’âme humaine à l’exact opposé des représentations abstraites qui avaient figuré jusqu’à ce siècle sur des icônes où l’être humain disparaissait au profit d’un art sacrifiant l’homme à la pesanteur d’un improbable divin » .

Aux descriptions de ces terres du Nord dont le souffle des vents, les lumières , les odeurs parviennent jusqu’à nous, se mêlent des souvenirs de rencontres , des réflexions sur la langue ou plutôt sur les langues qui s’y parlent, des rappels historiques, le tout ponctué d’anecdotes non dépourvues d’humour , j’en veux pour preuve l’évocation de ce bar où les buveurs étaient tenus de laisser en gage une de leurs chaussures jusqu’à acquittement de leur commande !

Les retrouvailles se succèdent au long de pages chargées de sympathie voire de tendresse, de reconnaissance, particulièrement à l’égard des auteurs qui nourrissent Jean-Pierre Spilmont . Autant d’invitations généreuses à lire ou relire ou, à découvrir… par exemple que Till l’Espiègle, défenseur de la liberté, à l’écran sous les traits de Gérard Philippe, est au cœur d’un chef d’œuvre «  quasi rabelaisien » de Charles de Coster « auteur négligé par des littérateurs sérieux ». Surprenante peut-être, la référence à un titre qui lui a plu et qu’il cite quand, au hasard de son vagabondage, il pénètre à Courtrai dans le Béguinage. Ce lieu chargé d’une Histoire injuste et cruelle, l’auteur ne veut pas le voir tomber dans l’oubli. Le titre du chapitre «  Le miroir des simples âmes… » est en partie celui de l’œuvre de Marguerite Porete femme du XIII° siècle, dressée contre les dogmatismes, condamnée et brûlée comme hérétique et dont l’œuvre est parvenue jusqu’à nous malgré les bûchers.

Devant les paysages, les lieux, l’auteur se livre à des réflexions sur le temps qui passe et l’angoisse de la mort, mais c’est dans la sérénité qu’il s’éloigne avec promesse d’un retour.

Retour à Courtrai comme à Ostende, ou comme à Damme, première étape du périple ; et pour finir cette « saison flamande » un conte : celui du nuage au dessus du Zwynn. Recueillant la mémoire du sable le lecteur recueille aussi de Jean-Pierre Spilmont une belle leçon de tolérance dans « un insolite parfum de mer » ou dans « l’étrange et pénétrante lumière d’un retable ».

par Marie Jo Freixe

Une saison flamande de Jean-Pierre Spilmont,
Editions L’Amourier.