Alocco « Visites express » 9 (Juillet 2016)

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A propos de… la Beat Generation, Centre Pompidou, du 22 juin au 3 octobre 2016,

Beat generation : Génération cassée, excitée, au bout du rouleau, peut-être excédée. On a parlé de génération fin de siècle alors qu’on était, années 50, en son plein milieu. Moment, il est certain, où les héritages étaient flagrants : depuis une vingtaine d’années une importante partie des meilleurs cerveaux européens s’étaient réfugiés en Amérique et avaient enseigné et participé à toutes les activités scientifiques et artistiques. Ce qui en Europe avait émergé par vagues successives depuis plus d’un demi-siècle était arrivé au Etats-Unis concentré en quelques années dans un mélange des idées et des temps qui pouvait donner une accablante impression de confuse saturation.

 

La réaction ne pouvait être que dans les tentations extrêmes, d’un côté par la remise en ordre paranoïaque (le maccarthisme), de l’autre par l’anarchisme, ou des dérèglements jusqu’aux expériences limites. Comme toutes les aventures des « Avant-gardes », la Beat s’objectivait d’abord par de grands bricolages qui ont donné quelques magnifiques réussites, mais aussi beaucoup de médiocrités plus significatives d’un courant que d’une forte expression personnelle.

Exposition

En janvier 1965, Jean-Jacques Lebel publiait, par lui traduite en français, la première anthologie de « Poésie de la beat generation »1. Lorsque parut l’ouvrage préfacé par Alain Jouffroy, des beat nous savions l’existence, mais leurs œuvres étaient connues surtout de réputation, ou par bribes éparses … Quand Lebel postfaçait sous le titre « La génération de la mescaline », pour nous « mescaline » évoquait d’abord Henri Michaux.

Là où « (Breton…) procède, croirait-on, à un véritable triage des pépites… » « …pour les poètes beat, il n’y a pas plus de matières nobles que de matières ignobles : tout est bon, tout est mauvais, en vrac. » écrivait Alain Jouffroy dans la préface. Encore faut-il des talents capables de transmuter en du assez bon mauvais. Lorsque se produit une grosse manifestation au sujet d’un artiste ou d’un courant de pensée, dans les articles nous avons droit à « le plus grand créateur du siècle », ou encore « le mouvement le plus marquant du siècle » … Comme si pour l’œuvre « l’être », « l’avoir été » n’était pas suffisant. Telle est la vision de la culture des incultes, ou des mal-cultivés. Car la vie intellectuelle est autrement complexe. Impossible de comparer des créateurs qui sont chacun dans un « ailleurs » sur divers terrains où se mêlent des influences différentes. Pas de mètre étalon pour mesurer Pablo Picasso et Paul Klee. Même si Pablo et Paul sont un même nom, ils sont irréductibles l’un à l’autre. Nous avions lu Laforgue, Rimbaud, Apollinaire, Walt Whitman, Dadelsen, Artaud, Michaux, Proust, Céline et Henry Miller, Dada surtout que suivait le trop organisé Surréalisme, les Fauves et le Cubisme, le Pop’ et le Nouveau Réalisme, l’OULIPO, Norge et Tardieu, jadis les « Grands rhétoriqueurs » pourquoi pas, ce voyou de Villon, et Ezra Pound hélas, et puis et puis … lesquels avaient libéré les formes d’expression, ouvert divers terrains fertiles. En France, depuis 1962 une toute petite frange vivait Fluxus, autre dérivé de cet héritage, courant certes américain, mais tout aussi européen par l’origine de la majorité de ses inventeurs et par son éclosion mieux formalisée en 1963.

Exposition

En rapport avec J-J Lebel, avant même il me semble le premier « Festival de la Libre Expression » en 1964, j’ai eu la chance d’être autorisé à publier dans le mois qui suivait la sortie du livre, dans le n°10 de la revue « identités »2, une partie du fameux début de « Howl » que rythme « comme du jazz » le « Qui » initial de chaque paragraphe. Ce vaste mouvement lyrique de Ginsberg nous séduisait sans beaucoup nous surprendre, qui résonnait dans notre mémoire à côté de La Prose du Transsibérien de Cendrars ou de certains poèmes de Barnabooth, et confortait ainsi les options d’écritures des jeunes poètes que la revue publiait. Se confronter à Andrews, Burroughs, Corso, Ferlinghetti, Ginsberg, Kaufman, Kerouac, Lamantia, Mc Clure, c’était revisiter le monde au kaléidoscope. L’ensemble des textes posait des visions hétéroclites de la société qui une fois encore secouaient les dogmatismes régnants et en cela ne pouvaient que concerner des jeunes gens en recherche. Des pensées en marche, même figée par le temps, peuvent-elles faire l’objet d’une exposition ? Une fois encore se pose le problème de la fidélité de la mémoire face aux résidus : nous savons qu’il y a eu des arbres, du bois, des flammes vivantes, et ne restent que cendres. Pour ces mouvements de l’esprit principalement littéraires le meilleur des textes résiste, tandis que les objets (même dits d’art) ne sont plus que matières fétichisées que quelques prétendus sorciers essaient de faire parler. Pour nous, qui sommes ruminants, restent les textes. Poésie Paroles Perdues ? L’exposition ne peut qu’être l’image d’un squelette. Ainsi avance l’Histoire, sous le drap blanc translucide des fantômes.

Marcel Alocco

1 La poésie de la Beat Generation, textes traduits de l’américain et présentés par Jean-Jacques Lebel, préface d’Alain Jouffroy, Denoël, janvier 1965

2 « identités » n° 1 à 14, parus de 1962 à 1964. Réimpression intégrale en porte folio par L’Ormaie éditions, Vence 1995.

La Beat Generation, Centre Pompidou, Paris

du 22 juin au 3 octobre 2016

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A côté des « Cabrioles esthético-philosophiques »

Jean Mas, Éditions Ovadia, Nice 2016.

Cher Jean,

Puis-je, plutôt que de te lire, te dé-lire ?

Tu performances massivement, ce sont les fameuses perforMas dans lesquelles les mots jouent, tu joues d’eux, ça a muses, quitte à en casser, sur la bordure, hors-champs, consciemment montrant un inconscient travesti, à tenter toujours de faire mouche sur une cible invisible, abracadabrant tu aurais dit et nous devrions la voir. Est-ce nous qui sommes en cage, celle que Pierre Restany aurait dite synthétique, à cause de ton auto-appartenance à l’Ecole de Niche, toi qui n’en fait guère si ce n’est pour donner sens, toi qui joues au mauvais élève et ne rêve que d’être maître ou un peu plus : c’est que cannibale tu dévores le dictionnaire, tu sèmes des mots qui nous poussent hors de nous-mêmes, loin, sauf si nous sommes en cage, devenus, par l’opération Kafka, mouche plutôt que cancrelat, ce n’est après tout que question de définition, une vermine vaut l’autre, bien que celle qui vole soit au fond plus poétique. Esthétique, éthique, poétique, romantique, linguistique, ces tics annonceraient-ils qu’il s’agit plutôt que d’un cancrelat ou un cafard, d’une tique ? Plutôt que mouche, moustique ?

Livre

Mas cambriole Wittgenstein sans ménagement, c’est logique. Wittgenstein dit-il aurait dit « montrer à la mouche comment se sortir des pièges à mouches », essentiel problème existentialiste esthético-philosophique. Comment ? J’aurais mal entendu ? ce serait « Cabriole » et non pas « Cambriole » ? Bon, faire des économie, d’accord, mais un « m » en plus, comme le m du verbe aimer, c’est toujours un P ( peu ) bon à prendre, et nous n’en sommes plus à une lettre près, et celle que je t’envoie aujourd’hui étant totalement gratuite ne sera pas portée à mon crédit, ni donc à ton débit (-de-boisson, que tu n’as jamais fréquenté me souffle-t-on, ce qui vaut mieux que d’être souffleté…). Oui, je sais, inutile de me moucher, ce jeu de mot est aride, pousse mal la plante mal arrosée. Mouche, mouchons les chandelles, pour avoir meilleure lumière – bien que je soupçonne que tu te complaises dans une pénombre linguistique propice à tes cambriolages dans le coffre-fort académique de mots capables de s’envoler… Au fait, si vous me passez ce coq-à-mouche, à quelle altitude peut intelligemment voler une mouche ? En voilà un, de problème esthético-philosophique, qu’il est difficile d’y répondre, car mise en cause de tout l’art contemporain, sinon répondre par quelques cabrioles Mas-sives.

Allez, clown triste qui nous en fait voir de toutes les couleurs, continue de nous faire rire jaune. Anche noi siamo pittori. Et tous un peu clowns, « Alas, poor Yorick ! »

m.a.

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Céramiques à Vallauris, en In et en Off

Exposition

La Biennale a maintenant un assez grand-âge pour être devenue un événement institutionnel. Confronté à de nombreuses formes et expériences, on peut cette année encore s’y laisser surprendre lors du vaste parcours par l’éventail des propositions, depuis la spectaculaire « auto-combustion spontanée » de l’Italien Marc Alberghina jusqu’au mauvais goût assumé des poupées coréennes.

Exposition

A Vallauris, jadis plutôt uniformisée dans l’utilitaire touristique, la production a repris du nerf depuis un demi-siècle, en partie grâce au passage de Picasso. Comme pour le festival d’Avignon, de manière à ce que la vague publicitaire de l’international n’occulte pas l’expression de la vitalité créatrice locale, il existe un Off. Aussi diversifié et éparpillé que l’officiel, le Off se produit en une douzaine de lieux privés. De façon totalement arbitraire (vous apprécierez peut-être davantage en d’autres galeries) je donnerai comme exemple l’exposition « A côté de la plaque » qui réunit quatre approches différentes de la céramique: Thierry Finidori pratique un ruku personnel. Salvatore Parisi traite l’objet entre peinture et sculpture. Pour Marc Piano la céramique est le matériau du sculpteur : ses totems confrontent dans une démarche austère le dur du minéral avec le souple végétal des cordages. Renaud Lembo, sur plaque, tend plutôt vers le tracé gestuel du dessin et une figuration de signes symboliques.

Exposition

Au hasard d’un long parcours, chacun peut faire son tri et découvrir un aspect ignoré de ces productions qui s’appuient sur un métier complexe et donc très exigeant pour celui qui ne veut pas tomber dans la banalité.

Exposition

m.a.

24ème Biennale Internationale de Céramique de Vallauris

– Création contemporaine et céramique du 2 juillet au 31 octobre 2016.

et

« 4 céramistes à côté de la plaque » atelier Renaud Lembo, 11 bis bd des 2 vallons.