Chamfort, un patrimoine discret de la chanson française

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Alain Chamfort passait par les Scènes d’Albâtre, voisines des falaises d’Etretat le 2 juillet dernier dans le cadre d’une tournée dans l’Hexagone dont le point d’orgue est prévu le 29 avril 2017 à la salle Pleyel de Paris.

 

 

Spectacle

De la ritournelle à une pop aiguisée

Le compositeur interprète de Manureva et Bambou distille sur les ondes sa voix douce et son flegme charmeur à travers des mélodies raffinées, depuis un quart de siècle. Repéré par Claude François dans les années 1960 pour ses talents de musicien rythm & blues, Alain Le Govic rebaptisé Chamfort pour les intérêts du label Flèche rencontre ses premiers succès commerciaux. Il s’affranchit toutefois de son encombrant parrain pour mitonner un album avec un Serge Gainsbourg inspiré. Au fil du temps, le Gainsbarre prenant le dessus, il poursuit l’aventure avec l’auteur Jacques Duvall qui va lui permettre d’affiner son style, une pop acidulée et sensuelle. Julien Clerc avait son Roda Gill, Chamfort tient son Duvall, aux textes teintés d’autodérision. Cette dernière tombe à point nommé lorsqu’en 2004, remercié par sa maison de disques, il remporte une Victoire de la musique pour son clip minimaliste « Les beaux yeux de Laure ». Depuis, le chanteur a enregistré un album-concept dédié au couturier Yves Saint-Laurent et Elles et Lui, composé de duos avec la jeune génération féminine, comme Camelia Jordana et Vanessa Paradis. En 2015, un CD de chansons inédites marque le retour de sa collaboration avec son fidèle parolier de La fièvre dans le sang. À la question d’une ouverture de son répertoire sentimental aux choses de la vie, la réponse est sans appel : « La chronique sociale est une chose très difficile à aborder, il faut être un spécialiste. Delpech faisait ça très bien. Moi, je n’écris pas mes textes. Mais en tout cas j’ai demandé à mon parolier de lâcher prise et de faire tomber un peu le masque, pour les prochains projets ». En attendant, il vient de sortir un double best-of et des remixes orchestrés par le DJ Marco dos Santos, qui consacrent 19 albums et 50 ans de carrière ! Cette soirée en pays de Caux, à Saint-Sylvain, était une nouvelle occasion de les célébrer en live, entouré d’une formation acoustique soudée.

Spectacle

Confidences mesurées sur scène

La scène, Chamfort s’y attèle de plus belle, comme beaucoup d’autres artistes… A ses débuts, il avait connu sa période effrénée de galas, en première partie de Cloclo. Mais par la suite, ce discret de nature avait plutôt choisi le studio et la radio pour s’exprimer. Or, on le sait, aujourd’hui, si l’industrie du disque n’a pas totalement périclité, elle le doit à la génération des 40 ans et plus qui garde le bon vieux réflexe d’acheter les albums de leurs interprètes préférés. Le chanteur revient donc avec plaisir sur les planches mais il n’en fait pas de trop, question de classe et de sincérité. Il n’est pas du genre à faire du forcing. Si le public est réceptif, il est là pour lui, sinon, il fait le job ! Et ce samedi 2 juillet… Il l’a fait ! Non sans un humour primesautier, ses pics concernant le climat normand, la soirée foot et autres déconvenues ont fait mouche auprès d’un public, curieux de découvrir en direct le chanteur populaire. Intercalés avec des titres de son dernier opus livrés à des oreilles attentives, il a joué ses tubes, accompagné de ses musiciens complices, dans une version dynamisée par la nouvelle scène électro française. « C’est comme une renaissance pour ces morceaux. La musique est une histoire d’influences dont on se nourrit pour en faire sa propre cuisine » confiait humblement l’artiste quelques minutes avant d’entrer en scène, en pensant peut-être déjà à sa prochaine alchimie musicale.

Aurèle M.