Dossier Festival de Cannes 2016 par Bernard Boyer

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Index de l'article
Dossier Festival de Cannes 2016 par Bernard Boyer
Chapitre 2 : Cannes aime les femmes de tête
Chapitre 3 : Petite et grande mort chez Guiraudie, fantômes et poésie chez Jarmush
Chapitre 4: quelques nouveaux talents du cinéma français
Chapitre 5 : Cinéma AOC et cinéma mondialisé
Toutes les pages

Chapitre 1 : Le Palmarès du Festival de Cannes

Où l'on découvre que le choix du jury et celui du microcosme cannois ne sont pas identiques

Pouvait on imaginer que Georges Miller, metteur en scène de méga productions génératrices de millions de dollars, avait une âme mélanchonienne ? Comment expliquer autrement le choix qu'a fait le Jury du 69eme Festival de Cannes qu'il présidait de donner la Palme d'or au petit film ouvriériste et manichéen de Ken Loach « Moi, Daniel Blake » dans lequel est décrite la lutte d'un charpentier cardiaque de Newcastle confronté à l'absurdité des services sociaux ?

 

 

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Ce choix militant se retrouve dans d'autres récompenses, notamment le prix d'interprétation féminine remis à la Philippine Jacklyn Jose pour son rôle dans « Ma'Rosa » réalisé par son compatriote Brillante Mendoza, spécialiste de films misérabilistes tournés dans des conditions proches du reportage.

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Elle interprète une mère de famille qui gère avec son mari un petit commerce d'un quartier pauvre de Manille où elle vent de l'épicerie et, illégalement, des amphétamines. Arrêté par la police, le couple doit verser une grosse somme pour être libéré. Leurs enfants mettront tout en œuvre pour réunir le montant de cette caution, assimilable à du racket.

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Les films de la réalisatrice britannique Andrea Arnold semblent être abonnés au prix du jury puisque chaque fois que l'un d'entre eux est sélectionné au Festival de Cannes, c'est cette récompense qu'il obtient. C'était le cas pour « Red Road » (2006), « Fish Tank » (2009) et donc «d American Honey » cette année. Ce road movie de 2h43 décrit les pérégrinations d'une poignée de jeunes américains qui, sous la férule d'une quasi mère maquerelle (Krystall) et de son agent recruteur Jack, écument en minibus le sud des États-Unis pour y placer des abonnement de revues à des femmes au foyer, retraités, ouvriers de puits de pétrole, etc. Le personnage principal, Star, est une adolescente issue d'une famille de petits Blancs qui a été séduite et entraînée dans cette meute par Jack. Le film évite de nombreux clichés comme celui de la peinture d'un Sud de péquenots bornés et abrutis par la religion, ou le basculement dans un film d'horreur. Il reste centré sur son sujet, c'est-à-dire la description du niveau zéro de la prospection commerciale, dans lequel de jeunes gens, sans statut ni vraie rémunération, pratiquent gaiement un porte à porte peu lucratif. Andrea Arnold sait rester objective tout en gardant pour ces nouveaux damnés de la terre un regard à la fois tendre et amusé, le tout baignant dans l'une des plus belles bandes son blues-rock-rap de l'ensemble des films de Cannes.

 

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Xavier Nolan a réussi, en deux ans, à gravir un échelon. Prix du jury en 2014 pour "Mommy", Grand prix pour « Juste la fin du monde », cette année, il ne lui reste plus qu'une étape pour rafler la Palme d'or qu'il convoite si ardemment. Mais si "Mommy" avait su séduire les critiques et le public, il n'en est pas de même pour « Juste la fin du monde », du moins auprès du microcosme cannois.

Ce film est une adaptation de la pièce de Jean Luc Lagarce (1957-1995) décrivant le retour dans sa famille de Louis, écrivain célèbre, après 12 ans d'absence et qui ne réussit pas à annoncer aux siens son prochain décès. Xavier Dolan a fait subir à ce drame un traitement personnel en enfermant dans une cuisine les acteurs les plus prestigieux du cinéma français (Gaspard Ulliel, Marion Cotillard, Vincent Cassel, Nathalie Baye et Léa Seydoux) pour les filmer en très gros plan. Face à Louis, le visiteur (Gaspard Ulliel) doux et calme, s'agitent les autres membres de la famille. Ils semblent tous gravement perturbés, avec une mention spéciale à Natalie Bayle (la mère) qui débite compulsivement des phrases sans queue ni tête ainsi que des tomates et des concombres en rondelles. Elle est uniquement surpassée par Vincent Cassel (le frère) qui semble désormais ne connaître qu'un registre, celui du colérique au bord de l'explosion. On sort harassé de ce film qui paraît bien long alors qu'il ne dure que 95 mn et on ne comprend pas pourquoi Louis ne décampe pas plus tôt de cet univers de fous. Était-ce bien là l'intention de Jean Luc Lagarce ?

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L'Iranien Asghar Farhadi, auteur de « Le Client » est reparti avec deux prix : celui d'interprétation masculine, attribué à son acteur fétiche Shahab Hosseini, et celui du scenario. Après « Le Passé » (2013) et « Une séparation » (2011), A. Farhadi revient sur son sujet de prédilection, la fracture du couple homme-femme. Dans le décor d'un appartement transitoire campent un enseignant (Emad) et son épouse (Rana). Le soir, ils répètent avec d'autres amateurs « Mort d'un Commis Voyageur » d'Arthur Miller. Un jour, Rana est victime d'une chute en prenant sa douche. Emad veut connaître la cause de cet incident, dû peut être à une agression. L'obsession du mari entraînera Emad et Rana dans une situation inextricable qui sera fatale à leur couple.

Depuis l'intriguant « A propos d'Elly » (2009), l’intérêt que l'on pouvait porter aux films d'Asghar Farhadi n'a cessé de baisser. Son approche systématiquement pessimiste et ses constructions dramatiques, mises au service d'une démonstration finissent par lasser.

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Il est difficile de s'intéresser à l'intrigue de « Personal Shopper » d'Olivier Assayas, récompensé par un demi prix de la mise en scène, sauf à être un adepte du spiritisme version XIXeme siècle, et même s'il s'appuie sur un usage intensif du numérique. Par contre, il est toujours agréable de voir évoluer Kristen, avec ou sans robe griffée (c'est d'ailleurs son job dans le film que de choisir la garde robes d'une mystérieuse patronne), entourée ou non de fantômes et autres ectoplasmes.

Nous reparlerons plus loin de « Baccalauréat » de Cristian Mungiu, qui a obtenu l'autre moitié du prix de la mise en scène.

(À suivre)

Palmarès du 69eme festival de Cannes

Palme d'or : « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach.

Grand prix : « Juste la fin du monde » de Xavier Dolan,

Prix d'interprétation féminine : Jaclyn Jose dans « Ma' Rosa » de Brillante Mendoza

Prix d'interprétation masculine : Shahab Hosseini dans « Le Client » d'Asghar Farhadi.

Prix du jury : « American Honey » d'Andrea Arnold.

Prix de la mise-en-scène : Ex-æquo entre « Personal Shopper » d'Olivier Assayas et « Baccalauréat » de Cristian Mungiu.

Prix du scénario : « Le Client » d'Asghar Farhadi.

http://www.festival-cannes.com/fr/palmares/competition-1

Dates de sortie :

« Moi, Daniel Blake » : 26 octobre 2016

« Ma' Rosa » : 9 novembre 2016

« Juste la fin du monde » : 21 septembre 2016

«  Le Client » : 9 novembre 2016

« American Honey » : non connu, à ce jour

« Personal Shopper » : 19 octobre 2016

« Baccalauréat » : 21 décembre 2016