Alocco « Visites express » 8 (Juin 2016)

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A propos de Imagine, New Imagery in Italian Art 1960-1969

(avec un codicille CNAC Villa Arson 1985)

En cette période, les années 1960, l’Italie, particulièrement au nord-ouest avec Milan et Turin, était le point fort de l’art en Europe. Ce n’est sans doute pas par hasard qu’à Nice, dont les artistes communiquaient autant avec le Piémont et la Lombardie qu’avec Paris, émergeaient une petite douzaine de plasticiens, ensemble disparate qu’on appellera Ecole de Nice, composée à l’origine d’artistes Nouveau-réalistes ou Fluxus.

 

 

Exposition

En 1985, le Centre National d’Art Contemporain logé Villa Arson, alors présidé par Michel Butor et dirigé par Henri Maccheroni, présentait plus nombreux et divers dans la section peinture les italiens qui travaillaient dans les années 70/85 L’Exposition Italia Oggi, l’Italie Aujourd’hui, choisis et présentés par les critiques italiens Achille Bonito Oliva, Maurizio Calvesi, Antonio Del Guercio, et Filiberto Menna. Le catalogue comprend des textes introductifs de Michel Butor, Claude Mollard, Umberto Eco, Paolo Fabbri, Gae Aulenti, Omar Calabrese, étaient présentés l’architecture par Francesco Del Co, Le dessin industriel par Victtorio Gregotti, et graphique par Giovani Anceschi, La graphique « irrégulière » par Andrea Rauch, les livres d’artiste par Adalgita Lugli, la publicité par Armando Testa, la Photographie par Omar Calabrese et Lucia Corrain, la Mode par Arturo Carlo Quintavalle et les Bandes Dessinées par Fulvia Serra. Le projet très ambitieux d’ouvrir à un ensemble de la culture contemporaine, il est vrai fort complexe à mettre en place (par expérience : j’étais comme adjoint de direction impliqué dans son montage) n’a malheureusement pas vraiment fait école, la nouvelle direction retournant aux plus faciles expositions sectorielles, personnelles ou collectives.

Exposition

Les artistes que Luca Massimo Barbero rassemble ne représentent qu’une part des expressions qui agitent les arts plastiques dans l’orientation choisie pour l’exposition, en Italie comme ailleurs. (Comme les tendances Poésie Spatiale, Trans-avant-garde… et l’éclosion du Happening, des Events, l’usage de la vidéo…). L’exposition Imagine présente (Le terme est de Barbero) un «échantillonnage » d’artistes qui ont donné un versant d’une nouvelle image de l’art italien : Franco Angeli, Mario Ceroli, Domenico Gnoli, Giosetta Fioroni, Tano Festa, Jannis Kounellis, Fabio Mauri, Francesco Lo Savio, Michelangelo Pistoletto, et Mario Schifano.

Catalogue

Reste que cet « échantillonnage » est constitué d’artistes bien représentatifs des démarches proposées, et qui ont tenu, bien visible c’est certain, une place dans le panorama de l’époque.

(Le catalogue en 2 volumes bilingues de Italie Ajourd’hui, Italia Oggi, édité par La Casa Usher de Florence, devrait être encore accessible à la Villa Arson)

Marcel Alocco

Imagine, New Imagery in Italian Art 1960-1969

Curateur : Luca Massimo Barbero

Peggy Guggenheim Collection

Palazzo Venier dei Leoni Dorsidure Venise

Du 23 avril au 19 septembre 2016

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Pierre n’a plus peur du noir

Par Michel Pastoureau illustrations de Laurence Le Chau

Editions Privat, Toulouse

Pierre n’a plus peur du noir est un livre pour enfants. Il se doit donc d’être très sérieux. Pour le noir couleur, Michel Pastoureau était l’auteur le plus sérieux possible.

Livre

Michel Pastoureau est une historien médiéviste spécialiste des couleurs. Il explore les couleurs en historien et a consacré en 2002 un volume au bleu, rien que le bleu, Histoire d’une couleur. Le bleu. (Le Seuil) Livre passionnant qui nous apprenait que le bleu tel que nous le concevons n’existait pas en occident jusqu’au treizième siècle. Dans les textes pas de mot en grec, en latin, en français pour la couleur spécifique. Le vocabulaire en indiquait la perception dans un spectre pour nous fort étrange : Le bleu était désigné dans l’éventail des miels, ocres, bruns, jusqu’au violet. Suivront, que Pierre pourra lire dans quelques années, lorsqu’il sera étudiant, Le noir : histoire d’une couleur (Le Seuil 2008), puis Vert. Histoire d’une couleur (Le Seuil 2013). Que ces couleurs, que les couleurs aient ainsi une histoire dans la perception et le sens du noir une histoire dans une culture, des significations différentes selon les époques et les cultures, relativise notre perception du réel, et donc l’objectivité du regard. Le bleu terrifiant que n’employaient que les Barbares, change de valeur avec le bleu marial qui s’impose au Moyen-Âge.

Le noir, celui de la nuit noire, qui peut être bleuté, peut faire peur à Pierre. Mais ce n’est pas du noir qu’il s’effraie, c’est de ce qu’il imagine fondu ou enseveli sous cette couleur. Images alimentées par des propos, des histoires – le loup est noir et nocturne dans les cauchemars, plus gris, brun ou roux dans la nature. En quelques pages Michel Pastoureau pose le problème et introduit les couleurs, la gamme et ses nuances selon notre analyse et nos actuelles désignations. On pense bien sûr à la peinture, car, pense-t-on, les peintres sont les spécialistes des couleurs. Laurence Le Chau s’en donne à cœur-joie, dans les traces de pinceaux noir de Chine, et puis éclatent les couleurs. La barbe noire de Barbe-Bleu dit la complexité du noir. Que Pastoureau choisisse pour repérer son propos Pierre Soulages, l’un des artistes du noir, semble réductif. Mais la couleur n’est jamais qu’un jeu de lumière, et sur les sillons noirs du tableau des éclats brillent : on peut, explique-t-il devant une œuvre de Soulages, voir des reflets bleu ou blanc, parfois doré ou jaune. Pierre n’a plus peur du noir, et il apprend des couleurs, nos couleurs.

m. a.

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Vincent Broquaire

Commissariat : Fanny Robin, du 16 juin au 30 Juillet 2016

A la Fondation Bullukian LYON

Exposition

Vincent Broquaire est né en 1986, il vit et travaille à Strasbourg. De son travail qui se développe à partir du dessin montré à La Fondation Bullukian il dit :

« Dans cette exposition, les paysages et grottes apparaissent comme des artifices créés par l’homme. L’exposition fait résonner l’allégorie de la caverne de Platon, qui entre en confrontation avec notre ère, où le numérique apparaît comme un monde entrelacé au nôtre, à la fois invisible et omniprésent, offrant une autre perception de la réalité.

Caves Studies propose une dérive dans plusieurs visions et instantané autour de notre perception de la nature et de la réalité à l’ère internet et du tout numérique. L’exposition est également une métaphore de la recherche artistique et de l’exploration du dessin, un voyage intérieur. Les dessins se développent selon plusieurs techniques et axes, comme une évolution, comportant plusieurs ambiances et étapes. L’ensemble fait également référence à une étude scientifique, un inventaire… »

Le désir exprimé est très ambitieux, la réalisation ne peut qu’être indicative, incomplète… donc à suivre.

Il faut noter, par-delà cette exposition, un retour du dessin et un fort engagement des dernières générations d’artistes dans ce mode d’expression qui ouvrent des possibilités vers la B.D. le film d’animation, le livre… Ce qui ne suffit pas pour justifier ce nouvel intérêt pour le dessin : Il faudrait réfléchir aux causes profondes conduisant à ces démarches qui sous diverses formes s’expriment par le dessin.

m.a.