CARMEN a soufflé le vent de la liberté

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Au Dôme de Marseille en ces 04 et 05 juin 2016.

Carmen de Bizet est le second opus (après l’inoubliable Flûte enchantée de Mozart) d’une collaboration fructueuse entre deux hommes talentueux : Jacques Chalmeau à la tête de l’orchestre de la Philharmonie Provence Méditerranée complétée par de jeunes étudiants de conservatoire en fin de cycle qui a choisi de diriger la version originale de l’œuvre dont il a signé une nouvelle édition chez Sources of music et Richard Martin, metteur en scène. Cette version originale permet de découvrir un bel air de Moralès : l’amant sans doute, il n’est pas loin, il va sortir de quelque coin…, le voilà ! Elle permet de retrouver les tessitures originelles de Mercédès distribuée à une soprano et de Frasquita à une mezzo-soprano, un chœur supplémentaire totalement inconnu et quelques récits teintés d’un comique coutumier à l’époque de la création en 1875. L’Opéra de Marseille est coproducteur et il a eu raison !

 

Spectacle

Une mise en scène à l’architecture inventive et poétique

Dès l’ouverture la musique éblouit de clarté et étreint de puissance.

Les airs, duos, chœurs et danses de cet opéra, fleur du romantisme français sont enivrants et stimulent le théâtre bouillonnant de la vie où l’amour et ses bouleversements naissent et meurent sous le soleil non pas de Séville cette fois mais sous celui de Marseille.

Le décor est planté : le quartier de la Belle de Mai apparaît avec son marché pittoresque et animé. Sans oublier Richard Martin dans l’illustration du coryphée radiographe d’une société qui le fait trébucher, tomber et se relever grâce à la sagesse du philosophe, clin d’œil à Sophocle et la tragédie antique… En toile de fond, par la magie d’un décor numérisé et interactif de Floriande Chérel et Mathieu Carvin, la manufacture des tabacs dresse son architecture imposante. L’époque se situe pendant les années suivant la seconde guerre mondiale. La joie, la légèreté et l’allégresse papillonnent sous les yeux des gendarmes désœuvrés. Ainsi commence l’épopée de Carmen qui va nous tenir en haleine pendant près de 3 heures 30 sans que jamais l’ennui ne s’installe tant l’éblouissante mise en scène rassemble tous les arts : le cinéma avec des tableaux audacieux à la Federico Fellini que les dimensions du Dôme permettent à loisir… Une scène finale époustouflante où picadors, toréadors dans leurs costumes grotesques en dit long sur la vision du metteur en scène sur la corrida sous les yeux d’un chœur aux costumes bigarrés et affublé de magnifiques masques à la manière d’Enzor… C’est d’une beauté à en pleurer.

Spectacle

Carmen assassinée par Don José se meurt sur un lit d’oranges avec un superbe effet d’éclairage. L’art théâtral avec un jeu parfait des chanteurs devenus acteurs, professionnels et bénévoles, on songe parfois à Kantor… Les costumes très réussis sous les regards croisés et avertis de Gabriel Massol et Didier Buroc ont été concoctés par des bénévoles.

La musique adroite et enivrante nous transporte sous la direction habitée de Jacques Chalmeau. Constamment, la direction musicale nous dit autre chose de plus subtil que ce que l’on a l’habitude d’entendre dans cet œuvre si jouée dans le monde…

Le flamenco flamboyant soutenu par des danseuses félines et sensuelles (Anna Perez et Maria Perez) est un ravissement tout au long de l’ouvrage. Sculpture et peinture (Thierry Herbin et Danielle Jacqui, la madone de l’art singulier) sont un supplément d’âme. Rares ont été les productions de Carmen où l’alchimie a opéré à un tel degré d’évidence. Orages et passions sont les maitres mots de cette mise en scène où souffle un vent de liberté.

Spectacle

Une distribution homogène et de grande qualité !

Et bien évidemment le chant lyrique dans une sonorisation plutôt aboutie au Dôme avec ses solistes et ses chœurs à en oublier les quelques décalages surtout flagrants dans la garde montante pleinement investis dans leurs personnages :

Marie KALININE (mezzo-soprano) campe une Carmen bohémienne et princesse, fière rebelle, indépendante jusqu’à l’ultime défi à la mort. Sa voix cristalline transcende la force de son destin et subjugue Don José incarné par un Luca LOMBARDO solaire à la voix ample et émouvante de ténor, habité par son rôle d’amant passionné tiraillé entre le sens du devoir et l’amour irrépressible qu’il éprouve pour Carmen. Après tant d’années passées sur les plus grandes scènes lyriques du monde, il offre à Don José une fraicheur vocale inouïe.

Lussine LEVONI (soprano), digne dans le rôle de Micaela délivre un timbre radieux et une ligne de chant très pure.

Cyril ROVERY (baryton) en magistral Escamillo mordant et brillant propulse aisément son timbre sombre exacerbé par un physique sans faille d’un Toréador qui fit frissonner l’assistance féminine…

Sarah BLOCH, Hélène DELALANDE, Benjamin MAYENOBE, Mickaël PICONNE ainsi que les chœurs ont largement contribué à l’équilibre et l’harmonie de cette prodigieuse envolée lyrique qui a le mérite de donner à réfléchir. On savoure la cohérence de l’ensemble de la distribution à la diction irréprochable !

Spectacle

A l’impossible, nul n’est tenu, certes mais à cœur vaillant rien d’impossible !!! : A peine trois semaines pour répéter, des moyens réduits à peau de chagrin et le miracle s’accomplit !!! Le public, averti ou ingénu, toutes générations confondues applaudit à tout rompre et offre une standing ovation enthousiaste conscient du travail et de l’investissement collectif de cette joyeuse troupe.

Richard MARTIN est mieux qu’un génie, c’est un alchimiste, capable de change le plomb en or et sa CARMEN universelle et populaire résonne dans nos cœurs en écho à l’actualité, celle des réfugiés sur les routes fuyant les conflits et la folie des hommes, celle des peurs inconscientes favorisées par les gesticulations grand-guignolesques et stériles des « grands » de ce monde.

Vous récidivez quand Monsieur MARTIN ?

Spectacle

Pascale Robyn

Pour découvrir la nouvelle saison du Théâtre Toursky : www.toursky.fr

Pierre Arditi, Patricia Petitbon, Clémentine Célarié, Rufus, Michael Lonsdale, Brigitte Fossey, Catherine Salviat, Jean-Charles Gil et son ballet d’Europe, Didier Lockwood et Richard Martin, le pianiste Lovro Pogorelich et tant d’autres, un très attendu Festival Russe et une semaine mexicaine, de nombreuses créations sont au programme de 2016-2017. Alors qu’attendez-vous pour vous abonner ?