Alocco « Visites express » 6 ( mai-juin 2016)

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L’image critique au présent / Peter Klasen – Jacques Monory – Bernard Rancillac –Antonio Segui – Hervé Télémaque – Vladimir Velickovic. Du 19 mai au 2 juillet 2016, Anna-Marie et Roland Pallade art contemporain, 35 rue Burdeau 69001 Lyon

 

 

Exposition

«  Comment peindre le réel dans la dernière moitié du XXème siècle, sinon dans la confrontation avec l’image médiatique. En s’inspirant, en détournant, en travaillant, en recoupant, en recadrant, en discernant, en captant les images dans ce flux inextinguible dont la persistance occulte la prégnance. Des images venues de la photographie, du cinéma, de la publicité, de la propagande, de l’art (« à l’époque de sa plus grande reproductibilité technique » cela va de soi), de l’affiche, de la presse, de la bande dessinée, de la télévision… Klasen, Monory, Rancillac, Seguí, Télémaque, Velickovic participent de ce mouvement, de cette génération, de cette peinture en action … » Ainsi Robert Bonaccorsi situe dans la démarche de la Figuration Narrative des artistes dont la figuration s’unifie surtout par le lien historique et l’inspiration critique. Leurs esthétiques picturales voisines sont nourries par des sources diverses. Segui et Télémaque sont sans doute plus marqués à l’amorce de l’œuvre par le Surréalisme, Klasen, Monory et Rancillac à l’histoire davantage « parisienne », quant à Velickovic lié à l’agitation dramatique du corps, une technique plus gestuelle le distingue des autres artistes tendance Figuration Narrative.

Il est paradoxal que cette mouvance se donne comme critique par les moyens même de cette publicité qu’elle tend à dénoncer en la vidant de ses messages. « L’image critique prend forme et sens au vif, au cœur du cadre, de la toile comme antithèse du WEB. » peut aujourd’hui dire Bonaccorsi d’une peinture qui naît quand le WEB n’existait pas. Reste des démarches picturales personnelles, reste de la peinture, et des questions. ( et donc voir, qui me parvient à l’instant, dans le site verso-hebdo la lettre de Jean-Luc Chalumeau : « Des images toujours critiques ».)

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Nicole Esterolle :

« Quelques images de ma collection » dans sa Chronique n°69

Vous ne connaissez pas Nicole Esterolle ? Moi non plus. Je sais qu’elle existe, ce nom s’agite beaucoup, mais qui l’agite, je l’ignore. Si vous allez sur le net, cet infernal instrument contemporain, vous trouverez ce nom qui en cache manifestement un autre que vous connaissez ou pas, moi pas, c’est normal, je vis un peu retiré sur une colline de mon île mentale. (J’ai bien dit mentale, ne comprenez pas natale… Quoi que…)

Si vous parlez d’Art Contemporain, Esterolle aboie. Si vous citez Duchamp (Marcel) l’un des artistes les plus intelligents du Vingtième siècle (1887-1968) c’est Nicole qui mord. Elle (ou il) fonce contre tout ce qui entre dans le panorama se disant ou étant dit « Contemporain ». (On croirait que c’est un « gros mot », ainsi disait-on dans mon enfance pour le vocabulaire interdit). Comme s’il était possible de vivre hors de son temps. Les artistes ont toujours eu des contemporains. D’accord, je suis un peu de mauvaise foi (comme je suppose il ou elle). Car j’entends, si je ne suis pas l’artiste le plus intelligent du XXème siècle, mais seulement le second, derrière Duchamp et juste devant N. Esterolle, que dans Art contemporain contemporain ne signifie pas « qui vit en même temps » comme le laissent supposer les dictionnaires, mais un ensemble d’artistes actuels ou depuis peu (seulement un gros petit demi-siècle) en activité, qui se considèrent représentatifs du meilleur de leur époque. Ce qui n’est pas faux… et donc vrai pour une poignée, (grosse ou petite poignée selon la période).

Opinion

D’abord, ce n’est pas la faute à Marcel si quantité de connards se recommandent de sa démarche pour n’importe quoi. Et puis ne sont pas mieux ceux qui croyant celui de Duchamp emporté par les tempêtes se mettent sous le parapluie de Pablo Picasso (1881- 1973, donc Pablo contemporain de Marcel !) ou de Paul Klee (1879 -1940 idem) de Mondrian Piet (1972 -1944) et de Henri Matisse (1869-1964). Des grands c’est certain, dont seuls les demeurés qui ignorent tout de l’art désignent le plus grand : aussi absurde que de désigner le meilleur fruit entre un poireau et un chou.

Contrairement à la famille, dans laquelle les parents sont responsables de leurs enfants, dans l’art ce sont les descendants qui sont responsables des choix de leur(s) ascendant(s). L’influence des uns n’est jamais que ce que les autres sont capables d’en faire. Que Ripoudingue ou Fricofeuil posent un objet sur un autre en se référant au « Tout-fait » de Duchamp est le plus souvent sans intérêt. Ce qui n’a pas empêché Arman, qui admirait Marcel Duchamp et Kurt Schwitters (autre coupable grand-père de l’art contemporain) de construire un œuvre porté par une démarche spécifique qui lui donne du sens.

Pas nécessaire d’être docteur en histoire de l’art pour constater que les poubelles de l’Histoire sont bien plus vastes que ses tréteaux. Parcourez les publications parues de 1850 à 1914, vous y verrez qu’aujourd’hui la majorité des célébrités d’alors sont englouties au mieux dans l’obscur des réserves. Vous pourrez constater un grand silence sur la plupart des artistes (pas tous) qui nous passionnent. Il existait dans chaque publication respectable des chroniques régulièrement tenues par des critiques spécialisés, alors qu’aujourd’hui ce sont des journalistes, trop souvent des « bons-à-tout-faire » qui rendent compte, rende-compte de l’événement plutôt que de l’œuvre. On pense avec l’œil de la caméra, sans tenir compte ce qui existe derrière la rétine du regardeur. Le spectaculaire occulte la réflexion, il faut du « bancable », par l’audience et donc par les ventes. Ce qui déterminent la célébrité, c’est en bout de compte la somme encaissée. D’autant plus que les sélections jadis par leurs pairs pour les divers Salons et par les marchands pour les expositions sont aujourd’hui plutôt déterminées par la capacité à faire image à la télé (d’où la nécessité de donner le plus gros, le plus grand possible) ou par le goût du banquier qui y pense une demi-heure à l’occasion d’une manifestation en un lieu prestigieux (quitte à construire son lieu de prestige). Ce qui, selon des critères différents selon les siècles, n’est pas nouveau, sauf que les Médicis, par exemple, faisaient confiance aux regards d’artistes dont ils savaient s’entourer. A chaque temps ses qualités, qui n’excluent pas quelques défauts…

Opinion

Pour la critique du conformisme des institutions par Nicole Esterolle, nous pourrions approuver dans la mesure où c’est le rôle, si ce n’est la mission, des institutions d’institutionnaliser. Et puis dans sa critique dogmatique de l’art contemporain, N. E. constate quelques faits évidents même pour ceux qui analysent à distance. L’ennui est que, parmi une sélection de 1400 artistes qu’elle-il a choisis, et promesse que ce choix va encore s’amplifier, nous dit-elle-il, ses propositions ne sont guères convaincantes. L’erreur étant humaine, il est permis d’espérer que deux ou trois d’entre eux surnageront au grand naufrage de la grande vieille barbouille contemporaine. On peut estimer Bissière (1886-1964), Estève (1904-2001), Manessier (1911-1938) … Mais ils ne sont pas plus actuels que contemporains… et leurs suiveurs pas mieux inspirés que les Ripoudingue ou Fricofeuil suiveurs de Duchamp. Si un futur s’intéresse encore à l’art, c’est possible mais pas forcément certain, et qu’il reste dans ce futur quelques témoins de notre époque, il y a de fortes chances pour qu’ils soient, qu’on le déplore ou s’en réjouisse, plutôt parmi les artistes dits contemporains… Mais pas forcément actuellement les plus dominants vous diraient Messieurs William Bougereau, Alexandre Cabanel, Jean-Léon Gerôme, Henri Gervex, et autres Anne-Louis Girodet de Boucy-Trioson, au demeurant peintres de fort bon métier…

Marcel Alocco