Ballets de Monte-Carlo : JIRI KYLIAN

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Dans le cadre du 30ème anniversaire des Ballets de Monte Carlo, le grand Jiri Kylian a imaginé un programme pour eux. Devenu au fil des ans un ami de Jean-Christophe Maillot, il a assemblé des chorégraphies pour mettre en valeur de façon surprenante l’univers esthétique qui a fait la célébrité mondiale de la Compagnie et de son directeur.

 

 

Spectacle

Bella figura est un des joyaux de l’histoire de la danse. Cette oeuvre emblématique pose la question du paraître dans chaque situation. Quoi qu’il arrive il faut toujours faire bonne impression, « bonne figure ». La zone est floue entre le faux et le vrai, le rêve et la réalité, l’artifice et l’authenticité. Dans une ode à la beauté des corps et à la complexité des relations humaines, trois couples de solistes font et défont les différentes figures de l’amour, de l’attraction à la possession, de la domination à l’échange. Après cette parade enracinée dans le sol, les danseurs reviennent sur scène, torses nus, leurs corps prolongés de longues et larges jupes rouges, pour une sorte de danse rituelle d’une fougueuse et insolente liberté. Le rideau devient partie prenante de la danse, en s’ouvrant ou en se fermant pour souligner l’ambiguïté du « paraître » : il offre la capacité de voir où se cache la beauté et invite à chercher l’émotion esthétique au-delà d’un quotidien ritualisé d’habitudes. La réalité apporte à chacun ses difficultés qu’il doit transcender en faisant « bonne figure » et ainsi créer le beau par son propre regard. Les extraits de musiques de Pergolèse, Vivaldi, Torelli.... contribuent à la création de cette beauté.

Spectacle

Avec des images séduisantes et fortes, Gods et Dogs témoigne de l’acuité dont le chorégraphe fait preuve quand il aborde la question de l’individu dans la société. La magie de Jiri Kylian consiste à faire surgir l’inquiétant et le merveilleux mystère du corps dans chaque mouvement. Le vêtement est-il un masque ? Que révèle-t-il de chacun d’entre nous ? Il donne forme et style à une enveloppe nécessaire pour éviter de basculer dans le banal et participe pour chacun à la création de son identité. Dès lors, dans l’intrigant univers du chorégraphe, le corps explore l’espace avec fluidité pour rendre palpable la justesse du mouvement qui ne cesse jamais de donner des instants de pure émotion. Des jeux de lumière et des projections vidéo s’associent pour créer les instants magiques en donnant l’illusion de chutes d’eau comme de la pluie et l’apparition d’une cauchemardesque tête de chien proche de celle d’un loup. Dans des duos débordants de vitalité, les interprètes tournoient et glissent avec des gestes dopés par l’impressionnante musique de Beethoven.

Spectacle

Avec Chapeau, Jiri Kylian montre qu’il aime surprendre le public avec des situations colorées et pleines d’humour. Sur une percutante et dynamique musique de Prince, les danseurs nous content en mouvements une histoire de chapeaux qui ne se dérobent pas à leur réalité de chapeaux quelle que soit leur extravagance et leur volume. Créée en 2005, pour le 25ème anniversaire du jubilé de la Reine Beatrix, cette chorégraphie au rythme frénétique ne lésine pas sur l’humour et l’audace qui la pimentent. Jiri Kylian semble capable de tout : prouesse, fulgurance et intensité toujours au top ! Le public rit et fait une ovation chaleureuse à cette gaieté enjouée dans sa gestuelle qui lui est offerte. Prince ne manquait pas d’humour également. Le hasard a voulu que cette pièce programmée de longue date coïncide avec la mort du chanteur, belle occasion de lui rendre un vibrant hommage.

Spectacle

Pleins d’invention, les costumes de ce programme ont été créés par Joke Visser, costumière attitrée de Jiri Kylian depuis dix ans. Elle s’en donne à coeur joie, particulièrement dans Chapeau où l’humour l’a autorisée à toutes les audaces. Complétant d’amusantes tenues exotiques de jupes dorées, par d’invraisemblables chapeaux aux couleurs fluo, elle s’est inspiré, paraît-il, de la collection originale de la Reine Beatrix. Chapeau !

Ces soirées exceptionnelles offertes par les Balles de Monte-Carlo ont permis de saisir le pouls de l’écriture chorégraphique contemporaine, et il bat au mieux !


Caroline Boudet-Lefort