Alocco « Visites express » 4 ( avril 2016)

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70 Photographies, c’est beaucoup. Peu si elles imagent un demi-siècle de mémoire. Les photos de Gérald Bloncourt sont des clichés qui disent en noir des scènes plutôt grises mais incrustées de lumières. Davantage que les moments historiques ou les personnages que nous reconnaissons, ce sont les instants ordinaires chargés d’émotion qui nous arrêtent.

 

Exposition

L’anecdote est commentée, d’un texte naïf gentiment redondant : Le titre, qui met en situation, serait en général plus que suffisant. L’ensemble « Un demi-siècle de mémoire photographique » ne peut qu’être attachant, il appelle des échos, de réalités mais aussi de photographes… Le reflet d’un demi-siècle joliment parcouru.

(du 14 avril au 2 juillet 2016, Dorothy’s Gallery, 27 rue Keller, Paris 75011)

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« Judaïsme, Christianisme, Islam » traité en une « Visites express » ? Je suis pourtant sur le sujet le lecteur idéal. Je ne connais de deux religions que de vagues apparences, de la troisième bien moins que je ne le croyais. Je n’ambitionne donc pas d’entrer dans le sujet, qui exigerait des compétences auxquelles je ne prétends pas, et demanderait d’en écrire des pages et des pages… David Vauclair se restreint à 250 pages pour dire dans sa conclusion, « ces quelques pages, plus introductives qu’exhaustives, ont voulu vous permettre de découvrir certains aspects de ces religions ». L’intention est raisonnable. Et, continue-t-il, «d’ajouter quelques nuances à vos connaissances, et de mieux apprécier les différences et les particularités des diverses religions ». Ce « nuances » dénote un grand optimisme quant à l’approche de nos concitoyens en la matière. «… sans hésiter » assure-t-il, « à les considérer également avec l’œil critique de toute personne raisonnable. » Ce qui, bien qu’ayant eu sept ans depuis un sacré bout de temps, m’interroge fortement sur la définition de « personne raisonnable ».

Livre

En préface Odon Vallet apprécie les difficultés d’un tel ouvrage : « David Vauclair nous présente donc une étude sérieuse et sereine des trois confessions dont se réclame un être humain sur deux. Précis et impartial… » Impartial ? Fallait essayer. Après avoir indiqué que la notion de religion « monothéiste » n’est pas qualification exacte, Odon Vallet trouve pour seul principe commun à toutes religions : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse », et de dire dans la foulée « combien cette morale altruiste peut dégénérer en conduites mortifères ». Comment mieux dire que les racines du bien et du mal sont étroitement mêlées ? L’humanisme serait-il de passer sa vie à défaire un peu ce nœud gordien insécable ? Deux cents cinquante pages que David Vauclair nous donne à lire pour une traversée toujours trop express d’un domaine sans horizon… En questions, les trois religions monothéistes abordées, contacts ou divergences à propos de : l’argent, de la violence, de la famille, de la figure féminine, de la sexualité et puis, pourquoi pas, de l’humour. Lecteurs, nous avons là des pages sur la planche, référant à des textes dont nous sommes loin d’avoir épuisé les sens, à les repenser encore, raisonnablement si possible. N’oubliez pas : Raisonnable. (Judaïsme, Christianisme, Islam, points communs et divergences, de David Vauclair, préface Odon Vallet, Ed. EYROLLES 2016)

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Avec l’exposition Charlotte Salomon, vous avez en synthèse en un seul récit, dans la poursuite chronologique numérotée d’une tentative de peindre expressionniste mâtinée de figures naïves, l’histoire image souffrante de Frida Kalho, malheureux destin de Camille Claudel amoureuse de son maître, le tragique récit du journal d’Anne Franck. Tout les ingrédients sont présents pour ce drame romantique en un temps tragédie. Pas de chance, Charlotte, d’être juive en Allemagne, en Europe, et de grandir pendant que grandit monstrueusement le nazisme.

Exposition

La succession de dessins/peintures, pages à la gouache d’un journal intime pareil aux « emaki » japonais du Xe siècle combinant calligraphies et illustrations, les scènes sont présentées au fil de salles blanches bien éclairées, dans la continuité de leurs exécutions, comme elles le seraient en un rouleau asiatique. Cette imagerie est dans l’ensemble expressive, sympathique et touchante par la simplicité de la figuration mais, même dans les scènes les plus tragiquement violentes, loin de la force « Expressionniste » d’un Otto Dix… Plus que par sa « Peinture » déjà en son époque banale dans tous ses ressorts, cet œuvre vaut par la force du témoignage psychologique, sociologique, historique, en un dire simple et direct qui paraît être une garantie de sincérité. (A voir, Charlotte Salomon Vie ? ou Théâtre ? Musée Masséna, Nice, du 5 février au 24 mai 2016)

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Le Street-art en question(S) en quarante pages, « que voilà une question qu’elle est bonne ». Dans la version informatique que j’ai reçue Christophe Genin pose questions et réponses (lorsque réponse possible il y a) en 140 petites pages pleines d’enseignements et d’impasses – Street-art est au fil des ans devenu un fourre-tout, ou une auberge espagnole avec du tout et du n’importe quoi, depuis les graffiti, en passant par le « muralismo » mexicain (Rivera, Orosco, Alfaro), jusqu’à la pseudo peinture de rue faite en atelier, davantage en atelier que n’y travaillait Cézanne. Et pourquoi pas ?

La paroi est le support initial de l’art pictural, que ce soit le roc ou le mur. Pour l’époque moderne et la contemporaine, si on exclut les graffiti qui ont rarement été des gestes consciemment artistiques, la mise en rue de la peinture est d’abord acte d’information ou de contestation. L’histoire de l’affiche publicitaire (et politique) en témoigne. D’abord dans la rue, elle fait bientôt le trottoir, au point qu’on la taxe et l’encadre— défense d’afficher « hors cadres ». S’afficher dans l’espace public, sur papier ou directement sur le support est un acte de publicité. Ou de propagande idéologique, car la démarche est la même bien que le sens soit différent, voire totalement opposé : l’une est plutôt destiné à faire adhérer, l’autre souvent plutôt contestataire.

Livre

Christophe Genin a tort de voir une « ligne de partage entre les artistes qui reconnaissent une valeur plastique et esthétique aux graffitis – condition de leur admission dans le monde de l’art –, et les juristes qui en dénient la légitimité. » Car il ne suffit pas de peindre pour être artiste, et il y a aussi peu de peintres créateurs sur mur que sur toile. Pour le juriste le problème n’est pas de qualifier l’acte en « artistique » ou non, mais de juger de l’appropriation arbitraire d’un domaine privé ou public par un individu.

« On trouve du street art dans les rues et les galeries, les mairies et les ministères, les penthouses et les favellas » écrit C. Genin et « les institutionnels du milieu de l’art préfèrent le plus chic urban art, ou « art contemporain urbain », comme on lit dans les catalogues de papier glacé, qui répondent à des genres validés par les exposants et marchands d’art. La lutte des classes est un lointain souvenir… » C’est bien dans les galeries qu’est la mise en cause de la notion de street art, par une scandaleuse escroquerie intellectuelle lorsque sont proposés, sous ce label par la mode valorisant, des travaux qui ne présentent aucun intérêt esthétique en eux-mêmes, venus directement de l’atelier ou totalement dé-contextés. E. Pignon-Ernest dit justement « Je ne fais pas des œuvres en situation, j’essaye de faire œuvre des situations. » La nuance a du poids.

(Le Street-art en question(S) en quarante pages par Christophe Genin, Uppr Editions,)

Voir sur le site PerformArts l’article du 7 février 2014, « A propos d’Ernest Pignon-Ernest, ou comment s’exposer »


Marcel ALOCCO