UNE « KOMMUNALKA » AU TOURSKY - « NOTRE CUISINE » D’ALLA KOROVKINA

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Une étonnante fantaisie musicale très haute en couleurs, dans une mise en scène résolument enjouée et très rythmée de Valéry Grichko du Théâtre Dramatique Nationale de Samara, avec deux qualités majeures : « Fraîcheur et Gaité» où l’Amour fini par l’emporter (non seulement dans la pièce).

Une jeune troupe Russe de 11 artistes de l’Académie d’Art Dramatique de Saint-Pétersbourg qui par la démonstration d’un talent protéiforme et d’une réjouissante cohésion a offert le respect au public à qui l’on veut donner le plaisir et la connaissance. Ils chantent, dansent, miment, font des claquettes, rivalisent de fougue et d’espièglerie, envoûtant près de deux heures le nombreux public.

Valéry Grichko avec sa troupe, ont su porter haut et fort leurs couleurs pour ce 21ème Festival Russe, « fortement apprécié ». Une première qui, par l’infrastructure du Théâtre Toursky doublé depuis deux ans d’une seconde salle « Léo Férré », l’accueil sans compter que réserve Richard Martin à chaque artiste, son directeur, leur a permis la plénitude de leur prestation.

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On était chez eux, au bord de la Volga. Quant au décor, on ne peut rêver mieux. De la profondeur, « une Kommunalka » jusqu’au moindre détail, une carte postale. Une scénographie très inventive, diversifiée, animée par des jeux de lumière, du phrasé, chants, danses et musiques slaves qui ne pouvait laisser place qu’à la perfection, à la beauté et à la simplicité.

Valery Grichko « Le Magicien » pour Notre Cuisine (création 2015)

Une pièce évoquant un retour en arrière et vertigineux et plein d’humour sur les « années terribles », bouleversant, à Saint Pétersbourg, Stalingrad à cette époque, avec le partage forcé d’un grand appartement bourgeois, transformé en « cuisine », par plusieurs personnes de couche sociale différente créant de toute évidence, le manque d’intimité

D’où la subtilité de Valéry Grichko qui porte plutôt un regard sur le comportement de la vie communautaire qui est encore malheureusement le reflet de l’actualité que sur l’histoire Stalinienne proprement dite.

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Comment être chez soi au milieu des autres ? Des réformes du gouvernement bolchevique, le partage des « mètres carrés » a sans aucun doute été la plus radicale et la plus immédiate.

Un long couloir, une petite salle de bains et une cuisine partagée. Quatre réchauds à gaz, quatre tables. Les murs viennent juste d’être repeints, mais les parquets n’ont plus rien de leur lustre d’antan. Comme des milliers de Pétersbourgeois, nous nous trouvons dans un appartement communautaire, une «Kommunalka » héritée de la révolution bolchevique de 1917. Dans la pièce où chaque famille se retrouve ou se croise, chacun fait l’expérience singulière d’une collectivité forcée, de l’impossibilité de jouir du silence, de l’espace, de son intimité.

Sur fond d’une promiscuité qui exaspère les solitudes individuelles, les humanités se dévoilent peu à peu : histoires d’exil, de destins brisés, de vies échouées. Sans misérabilisme, avec une réelle gaieté, se mêlent alors les anecdotes personnelles, les intrigues amoureuses, les conflits et les réconciliations, souvent drôles et cocasses.

Entre rires, pleurs et chansons, un salutaire et passionnant témoignage du communisme des années 50.

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Point de vue du nouveau Consul

Festival« Je suis en poste depuis quelques mois à Marseille, après un passage à Strasbourg. Auparavant j’étais à Paris détaché à la Culture. Tout d’abord j’apprécie cette ville cosmopolite pleine de charme et de lumière. Quant au Théatre Toursky qui organise le Festival Russe qui en est à sa 21ème représentation, je tiens tout d’abord à rendre hommage à son Directeur Richard Martin, Fondateur, qui sait accueillir en toute modestie nos artistes et nos ressortissants. Il donne beaucoup d’importance à ce Festival qui est unique en France. C’est un exploit. Par la culture, c’est l’amitié et la fraternité qui nous lient. Avec mon épouse, j’ai pu me rendre compte de l’impact de ce chaleureux public en osmose avec nos deux troupes théâtrales : l’une en provenance du Théâtre National Dramatique d’Etat Russe de Kazan qui avait précédemment jouée sur deux soirées «  l’Eléphant d’Or » d’Alexandr Kopkov adaptée et mise en scène par Alexandre Stlavoutski, un habitué ; ce soir celle du Théâtre Dramatique de Samara qui a joué en deuxième soirée consécutive « Notre Cuisine» mise en scène par Valery Grichko, un nouveau venu. C’est aussi l’infrastructure imposante du Tourky que je partage aussi mon émotion, avec ses deux salles : l’une pour le théâtre, l’autre plus petite « l’Espace Léo Ferré » où s’est déroulée dans la continuité le Cabaret russe animé par les troupes mêmes. Quelle joie, quel bonheur que procure ce Festival. Aussi nous renouons notre confiance à Richard Martin, afin que ce Festival perdure. Toute nouvelle proposition sera considérée. »

 

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Point de vue de Valery Grichko

« Avec mon directeur général, notre troupe, c’est la première fois que nous venons nous produire dans ce merveilleux théâtre que nous découvrons avec une infrastructure imposante qui nous a permis de jouer « Notre cuisine » dans des conditions optimales que nous a offert son directeur, Richard Martin. On était chez nous. Un cadre agréable, de l’espace et deux salles. Nous avons été très touchés par l’accueil et quelle joie, quelle émotion d’avoir eu un tel public qui porte une réelle attention à notre culture. On ressent cette amitié, fraternité qui lie le théâtre à nos valeurs. Nous vous en remercions du fond du cœur. Heureux nos artistes se sont pleinement exprimés tant sur « Scène qu’au Cabaret ». La dernière fois que nous sommes venus en France, c’était il y a quelques années au « Festival d’Avignon ». Nous espérons vivement revenir avec une nouvelle pièce.

Effectivement, je suis aussi acteur, j’ai joué « Léviathan », en 2014. Pour la meilleure interprétation d’un film étranger, J’avais obtenu le « Golden Globe Winner » reconnu par l’Occident ; mais « banni » par la politique, par des internautes de mon pays et surtout par le patriarche représentant la religion orthodoxe de Samara, quelque peu offensé, en jouant le rôle d’un prêtre.»


Pierre ROTOLO

 

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« Notre Cuisine »

Mise en scène  : Valery Grichko Scénographie : Anton Agapov Direction musicale : Vassili Tonkovidov Chorégraphie : Elena Kilioutchchavera Chef de cœur : Anna Dobrotvortseva Costumes : Marina Agapova

Artistes : Avgueni Chabalina, Natalia Yonova, Irchat Baïbikov, Tatiana Koroniva, Sergeï Vidrachku, Aliana Latukhina, Egor Novikov, Natalia Prokopenko ou Ekaterina Soloviona, Vladimir Moriakine, Liubov Antsiborova, Sergeï Marlelov.