Opéra de Nice LES HUGUENOTS De Giacomo Meyerbeer

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Offrant au public niçois une co-production avec le Staatstheater de Nuremberg, l’Opéra de Nice programme Les Huguenots une œuvre historique de Meyerbeer se déroulant lors de la tragique nuit de la Saint-Barthélemy, à Paris, en 1572.

 

 

Spectacle

A sa création, en 1836, Les Huguenots avait été admiré de tous, musiciens et public, pour sa splendide composition. Pourtant rares sont les Opéras qui mettent à l’affiche ce dramatique spectacle musical. Les auteurs du livret, Scribe et Deschamps, ont choisi de raconter les amours d’un jeune protestant, Raoul, et d’une catholique, demoiselle d’honneur de Marguerite de Valois : Valentine, qui embrassera la religion réformée que son amant refuse d’adjurer. Elle mourra héroïquement avec lui.

Ce sujet, inspiré des guerres de religion, a souvent posé problème aux productions qui transformèrent les catholiques et les protestants en Guelfes et en Gibelins à Vienne, en Anglicans et en Puritains à Munich. Mêlant le drame intime à la tragédie collective, Meyerbeer s’attache à des thèmes concernant les minorités, ce qui est en pointe dans la société actuelle malade de conflits et de réfugiés.

Specacle

Le rideau se lève sur un atelier d’artiste, comme en attestent des bustes en plâtre et des toiles retournées. Au loin, derrière les baies vitrées se détache la silhouette de Notre-Dame. En vareuse de peintre, le Comte de Nevers regarde sur un écran de télévision la destruction des statues de Bamiyan par des talibans. Dès lors, le public sait le choix d’inscrire Les Huguenots dans l’actualité évoquant la barbarie moderne.

La mise en scène a été confiée à Tobias Kratzer, un jeune Allemand dont la réputation va en grandissant. Très amplement appréciée à la Générale où les « bravos » ont fusé de toutes parts, elle a été huée lors de la première représentation. En cette période troublée, le public a-t-il été choqué par les kalachnikovs brandies par les modèles du peintre ? Et, quelles étaient les intentions de ce jeune metteur en scène en choisissant un atelier d’artiste pour le déroulement de l’action ? Veut-il dire que l’art doit être totalement impliqué en reflétant la cruauté du monde ? Riche en propositions, son choix nous saisit par l’audace et le talent à raconter le chaos d’alors qui renvoie aux dangereux tropismes de notre époque. D’autant plus que la conjuration est couronnée par l’entrée des moines qui assurent que Dieu approuve les massacres projetés.

Spectacle

Au 1er acte, le Comte de Nevers réunit les deux religions pour un banquet dans une atmosphère festive qui tourne vite au tragique. Ainsi que les affectionne le drame romantique, les méprises et les quiproquos vont s’enchaîner jusqu’au coup de théâtre final. L’orgie exubérante des catholiques contraste avec le léger érotisme des dames d’honneur de Marguerite, dans l’acte II. Les gargouilles descendent des tours de Notre-Dame pour envahir la scène, tels des diables malfaisants. Le délire scénique est total, pourtant, il n’a jamais été question que de la foi. En vue d’un apaisement entre catholiques et protestants, Marguerite (la fameuse reine Margot) souhaite le mariage de Valentine avec Raoul, mais ce sont d’autres qu’elle qui tirent les ficelles et le massacre a lieu.

Pleine de trouvailles, l’orchestration est conduite par la baguette de Yannis Pouspourikas qui collabore régulièrement lors de mises en scène novatrices. Les costumes, créés (ainsi que le décor) par Rainer Kratzer, oscillent entre moderne et costumes d’époque, comme si les personnages sortaient des nombreux tableaux inspirés par la nuit de la Saint-Barthélémy.

Spectacle

D’une écriture vocale impeccable et d’un sens dramatique certain, Les Huguenots connut une gloire sans précédent comme prototype de grand opéra à la française dont la modernité en a fait tout l’attrait. Dès le 1er acte, le rôle dévolu au choeur et aux ensembles est important, ce qui donne un caractère grandiose à cette oeuvre totale, complexe. Les solistes sont de brillants chanteurs maîtrisant parfaitement le son caressant et l’exigeante virtuosité requise. La soprano Silvia Dalla Benetta possède une bonne technique pour affronter les difficultés vocales du personnage de Marguerite, particulièrement dans son air plein de coloratures virtuoses. La voix de basse profonde de Jérôme Varnier permet de percer toute l’ambiguïté du fanatique Marcel, serviteur de Raoul, qui compte parmi les inventions les plus originales de Meyerbeer. Cristina Pasaroiu et Uwe Stickert offrent toute leur ferveur aux duos où l’amour et la loyauté s’affrontent, intensifiant encore davantage la tension générale : Raoul veut rejoindre ses amis pour se battre, Valentine le retient. Malgré l’opposition de leurs propos, les voix se fondent en une admirable mélodie, image de leur union indissoluble.

Avec une distribution prestigieuse, un décor et des costumes inventifs, un parti pris audacieux Les Huguenots offre une belle et passionnante soirée.

Caroline Boudet-Lefort

A l’opéra de Nice, jusqu’au 29 avril.