Bernard Dejonghe

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Ce qui est remarquable dans les arts du feu, c'est l'absence, la disparition totale du feu. On sait qu'il a été déterminant dans l'élaboration de l'objet, mais il n'en reste presqu'aucune trace. Contrairement  aux autres arts où l'empreinte du burin, la touche du pinceau ou la marque de la main sont lisibles, ici, seuls les spécialistes peuvent deviner les étapes de la création.

 

Exposition

Les œuvres présentées à la Galerie Depardieu : céramiques ou blocs de verres ont l'apparence d'éléments naturels, comme si on les avait trouvés tels quels à l'occasion d'une fouille archéologique ou d'une extraction de roches. Leurs formes simples, évidentes : pyramidoïdes, ovoïdes ou vaguement rectangulaires, sont loin d'une quelconque rectitude géométrique. Elles ont l'air d'être là de toute éternité, façonnés par le temps et le travail tectonique.

Elles sont simplement belles, mais dès qu'on les approche, et pour peu qu'on s'interroge, on en perçoit la complexité, la richesse technique et la créativité nécessaires pour arriver à cette brute évidence.

Les "Siliciums", sont saisissants : un anneau approximatif à la surface granuleuse blanchâtre semble flotter dans l'espace. On croit y voir des vides, mais en fait, le bloc est tellement translucide que l'intérieur disparaît, créant une illusion où la pesanteur est gommée.

Ces "formes brèves", nom que l'artiste donne à ces œuvres, résultent d'une maîtrise du savoir traditionnel des verriers, complétée des dernières avancées technologiques.

Comment une matière compacte (eau, verre, diamant) peut-elle disparaître à nos yeux ?

Exposition

Si la propriété de transparence du verre est connue depuis près de cinq mille ans, la réponse à cette question n'est donnée qu'au XXe siècle par la physique quantique (une histoire de gaps entre les niveaux énergétiques absorbés...). Si les artisans et les scientifiques ont développé cette technique pour créer des objets utiles, Dejonghe l'utilise comme un matériau brut. Jouant sur ses contrastes, ses textures, il en extrait des formes quasi pures.

La terre et le feu sont également déterminants dans son travail de céramiste où il fait preuve de la même maîtrise. Ses "boucliers" aux surfaces craquelées peu colorées ont eux aussi l'air d'être là depuis des millénaires.


Alain Amiel


Bernard Dejonghe

Fusions

Galerie Depardieu

Jusqu'au 2 avril 2016