Pierre Richard (III) a le rire sacré

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Un je ne sais quoi d’Au théâtre ce soir flottait dans la salle comble du Rayon Vert de Saint-Valéry-En-Caux (Seine-Maritime), en ce mardi 8 mars 2016. Il était pourtant bien question de cinéma croqué par le trublion lunaire Pierre Richard qui s’est offert une standing ovation. 1h20 de flash-backs fourmillant d’anecdotes autour de ses films populaires auxquels un public complice est venu rendre hommage par leurs fous-rires et applaudissements fournis.

 

Après Détournement de mémoire et Franchise postale, Pierre Richard III est le troisième volet d’un one man autobiographique que l’acteur tourne sur les scènes francophones depuis 2003. Co-écrit avec son metteur en scène Christophe Duthuron, le titre de cet ultime opus est également un clin d’œil à ses débuts sur les planches où il jouait du Shakespeare… La boucle est bouclée.

Théâtre

Un abonné au comique de situation

Sur la scène, un décor intimiste attend son hôte : une mappemonde, un fauteuil Club, un coffre (à souvenirs), un vieux poste de radio, un écran blanc, 3 projecteurs et un verre à piedi. Un florilège de scènes loufoques des comédies à succès dans lesquelles il s’est illustré défile sur l’écran dans une salve de rires. La partie est déjà gagnée ! Il apparaît alors avec sa tignasse, devenue lisse et blanche, mais toujours un peu rebelle, vêtu d’un costume noir et d’une chemise bleu clair.  A 81 ans, il n’a rien perdu de sa voix particulière : chaude, soufflée et attendrissante. Elle contribue à son drôle de charme découvert par Yves Robert, son réalisateur mentor. « T’es pas un acteur, t’es un personnage » lui avait-il déclaré. Pour celui qui avait fait ses classes d’art dramatique chez Charles Dullin et Jean Vilar puis joué ses premiers sketches dans les cabarets parisiens, le cinéma n’était pourtant pas une évidence. Ça l’est devenu avec Alexandre le Bienheureux et Le distrait, devenu culte, qui lui apportera la notoriété. Avec humour et tendresse, dans un style franc du collier, il nous livre quelques morceaux choisis de ses célèbres compagnonnages. Le duo, formé avec Gérard Depardieu devant la caméra de Francis Veber dans La Chèvre suivie de deux autres blockbusters, fut sportif, surtout pour le réalisateur ! Quant à Jean Carmet, derrière « son air de comptable suisse », il a découvert, souvent à ses dépens, un insatiable farceur.

« Ceinture noire de récréation »

S’il est un peu à la ville comme à l’écran, enclin aux maladresses verbales et aux dérapages physiques, il se rattrape sur scène en enchaînant les bons mots et les pensées philos entre deux souvenirs de tournages. Le texte est ponctué de répliques croustillantes, enchaînées dans un rythme allegro, avec quelques mots avalés (sa marque de fabrique) et des hésitations qui nous rappellent que l’homme a quelques heures de vol au compteur… Il excelle en citations apocryphes de Sacha Guitry pour se moquer gentiment de ses trous de mémoire « toute ma vie j’ai eu des absences » et au passage, du monde du spectacle… parce qu’il l’a dans la peau, cette espièglerie irrévérencieuse. Autre trait de caractère de Pierre Richard, la pudeur. Elle se faufile en coulisses à son récit, comme une élégante, en écho à ces scènes mythiques où il a incarné des personnages burlesques, rêveurs et gaffeurs. Tant et si bien qu’à la question « quelles sont les plus belles années de votre vie ? », il répond taquin : « Ce sont les prochaines ». L’étourdi du Grand blond avec une chaussure noire n’est pas près de verser dans la nostalgie !

Aurèle M.

i Amateur de bons vins, il cultive sa passion grâce à son propre vignoble, implanté dans les corbières.