MARIANNE SERGENT, UNE ELOQUENCE QUI NOUS VENGE DE LA BETISE / THEATRE TOURSKY

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C’est comme ça qu'on l’aime notre Marianne Sergent, avec ce ton débridé, décoiffant, ce style  regorgeant de trouvailles et  d'accélérations furieusement drolatiques.

 


Pour sa toute dernière création, elle nous propose d'effeuiller un inventaire où la farce donne des crampes de ventre tant l'effet du rire est immédiat, tant elle sait développer d'irrésistible quintes de marrade et faire jaillir l'insolence jusqu'à en devenir parfois surréaliste.
Elle force le trait là où la société voudrait nous entraîner dans ses sempiternels traquenards, ses petites malices tournant toujours autour des mêmes dérisoires envies de pouvoir. Elle n'est dupe de rien et nous le dit. La bêtise ici prend de rudes dégelées. Gros temps donc sur les poncifs et autres sortes de ridiculités qu'elle dégomme comme à un tir de fête foraine.
Ces années revisitées qu'elle nous offre sous les dehors d'un échange épistolaire, un rien bousculé autour de la relation amoureuse, sont d'une bouffonnerie à tous les étages du grotesque.
Pour en illustrer les exemples, elle passe par la littérature, la poésie, la pataphysique ; tout un ramas de citations, d'aphorismes, d'idées reçues qu'elle dépiaute pour mieux leur faire rendre le suc d'un comique haut de gamme : bref, on se poile, se bidonne, se boyaute.
Son spectacle bouscule, remue, dépote, virevolte, enchante ; il se goûte non seulement comme de réels petits instants de bonheur, mais c'est aussi, bien sûr et surtout, une manière d'exprimer une liberté de parole totale, de donner l'alarme, en somme l'art de faire voler en éclats tous les obstacles avec une vitalité sans limites.

 

Spectacle


Preste, le mot ne recule devant rien ; la métaphore dévergonde le réel, traque les artifices de la pensée unique, cravache la censure. Rien ne résiste à son verbe dru, exubérant et salvateur : elle est superbe, inarrêtable, gaillarde, imprévisible, tonique, bouleversante quand elle dévoile  quelque abandon de nostalgie, mais enfin, il faut bien avancer pour comprendre et démystifier les enjeux de la société du spectacle.
Ce que l'on apprécie chez elle, et qui est assez rare même chez les burlesques hardis et les couillus des tréteaux, c'est cette langue si bien troussée où l’inventivité des mots, gourmandise passée à la moulinette du néologisme pointu, ressuscite de temps à autre notre bon vieux regretté imparfait du subjonctif. Il fallait qu'elle s'en servît. C'est chose faite.
Et toujours en filigrane cette tendresse cueillie sur l'accent aigu de la rébellion.
Car Marianne incarne l'insoumission partout où les combats importants semblent avoir été oubliés  ; alors, elle clame l'espoir pour réveiller ceux qui roupillent.
Ô salubre éloquence en ces temps vénéneux !
Puis tout chavire et  se déchaîne ; la parodie éclabousse la scène.
Tonitruante et inventive : la chasse aux cons est ouverte !
Elle a le courage des mots justes pour élever le raisonnement, et ses flèches font toujours mouche.
Pour un comique, la cible idéale est bien évidemment la caricature, la posture dans l'outrance, mais il est un autre ton plus lucide, quoique d'une insolence enjouée, qui consiste à ne pas se prendre les pieds dans le tapis des conventions du genre. En un mot comme en cent : elle est d'une belle efficacité, et c'est sans doute pour cela qu'elle peut aborder nombre de sujets sans aucune ambiguité,  toujours directe,  généreuse, incisive.
Il faut entendre avec quelle verve elle encorne la corrida, écorne l'angélisme des tartuffe ; et les niquedouilles sont nombreux à peupler son répertoire.
Marianne, toi qui aimes tant jouer avec les mots rares qui débastillent le langage, en voici deux ou trois qui me sont venus pendant ton spectacle : patapharesque, épastrouillante, supercoquentieuse ; et puis, allez : folâtrante !

Jean-Pierre Cramoisan