Orchestre Français des Jeunes : quelle énergie !

PDFImprimerEnvoyer

La formation de cent-deux jeunes musiciens a proposé, pour le 150e anniversaire de la naissance du compositeur, une interprétation magistrale de la 9e symphonie de Gustav Mahler au Grand Théâtre d'Aix en Provence, le 25 août dernier, sous la direction de Kwamé Ryan.

 Mellon« Diriger cet orchestre, c’est à la fois un cadeau et beaucoup de travail. Ces jeunes musiciens ont une force, une énergie concentrée, qu’il faut canaliser par une attention particulière constante à chacun d’entre eux. Chaque concert, comme celui de ce soir, représente, en dehors du travail permanent avec l’équipe pédagogique, deux semaines de travail deux fois par jour. Autant dire que ces jeunes sont soumis à un régime où ils sont très sollicités. Là, juste après le concert, ils rient de façon conviviale, mais dès demain ils ressentiront la fatigue intellectuelle et physique : les lèvres irritées pour les joueurs de haut-bois, le dos, les épaules pour les violonistes. Une heure et demi de concert sans entracte, c’est beaucoup de tension nerveuse et d’effort » soulignait avec tendresse le chef d’orchestre Kwamé Ryan à l’issue du concert.


(c) Agnès MellonExpérience
L'OFJ a été créé en 1982 par le Ministère de la culture comme outil dynamique de formation et d'insertion professionnelle. Il offre chaque année à une centaine de jeunes musiciens français, issus de conservatoires et d'écoles de musique et se préparant à une carrière musicale, l'occasion d'une expérience approfondie de la vie d’orchestre. La structure propose des stages d'orchestre (sessions) sous la direction de chefs de renommée internationale et de solistes d'orchestre appartenant aux grandes phalanges européennes. Chaque année, après une période de répétitions en pupitres, en partielles et en tutti, l'orchestre part en tournée en France et à l'étranger. Ce concert, au Grand Théâtre de Provence (où l’orchestre est en résidence depuis l’hiver 2007 et où se déroulent toutes ses périodes de répétition) était le premier de la tournée 2010 pour cette formation de jeunes entre 16 et 25 ans. L’étape aixoise de cet été comprenait également des concerts de musique de chambre et un concert de cuivres et percussions, dans le cadre de Musique dans la Rue, avant un concert Lieberman, Bartok, Ravel à Rennes le 27 août et puis à Soissons le 28 août pour une reprise dans la cathédrale de cette 9e symphonie de Mahler. Un concert impressionnant par la densité de l’attention des jeunes aux gestes et aux regards du chef d’orchestre. « C’est une expérience formidable. On n'a jamais joué en orchestre, toujours en solo ou en petite formation. Se retrouver dans un grand ensemble comme ça, c’est extraordinaire et très formateur » résument les jeunes. « Pour le chef d’orchestre, un tel concert est aussi un grand moment de tension » remarque en souriant Kwamé Ryan. « Avant le concert, je suis très tendu. J’ai, dans la tête, tout ce que j’ai imaginé à propos de l’œuvre, sur ma direction d’orchestre, un peu comme un bébé à naître dans le ventre de sa mère. Quand je rentre en scène, tout cela disparait et j’y vais ! Et, c’est bien ainsi ! Trop d’imagination et trop de fantasmes, ce n’est pas bon en concert. Il faut simplement aller dans l’instant ». Que dire de la qualité des silences qu’obtient ce chef encore jeune de ces musiciens débutants, tout comme de sa manière de ramener, en fin de concert ses bras le long du corps : deux ailes qui doucement, imperceptiblement se replient. Avec une légèreté remarquable, Kwamé Ryan semble presque danser sur scène.


(c) Agnès MellonÉmouvant
Après avoir été directeur général de l'Opéra de Friburg et directeur artistique et musical de l'Opéra de Bordeaux où il a conduit depuis 2007 de nombreux projets, parmi lesquels La Mort de Cléopâtre de Berlioz et La Voix humaine de Poulenc aux côtés de Mireille Delunsch, remarqué également notamment pour sa co-direction avec Bob Wilson dans la production du Promoteo de Luigi Nono à la Monnaie de Bruxelles ou encore sa direction des Trois Soeurs de Peter Eotvos à l'Opéra de Lyon, Kwamé Ryan - né au Canada tout en ayant grandi sur l'île de Trinidad dans les Caraîbes, où il reçu sa première éducation musicale avant un parcours scolaire en Angleterre où il étudie la direction avec Peter Eotvos - est (après notamment Marek Janowski, Jesus Lopez Cobos, Dennis Russel Davies, Emmanuel Krivine ou encore Jean Claude Casadesus) directeur de l'Orchestre Français des Jeunes depuis 2009. Le 25 août, la majestueuse et émouvante 9e symphonie de Mahler, traversée en continu par l'ardent désir de vivre du compositeur déjà affaibli, était donnée sur la scène du Grand Théâtre de Provence équipé (enfin !) de sa nouvelle conque acoustique. Un pur bonheur.

par Geneviève Chapdeville Philbert

L’Orchestre Français des Jeunes sera à nouveau au Grand Théâtre d’Aix en Provence le 18 décembre prochain pour L’Oiseau de Feu d’Igor Stravinsky.

www.orchestrefrançaisdesjeunes.org
www.legrandtheatre.net