Paysages vallonés de l’âme de Dunas

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Sidi Larbi Cherkaoui - Maria Pagès

 

La rencontre de Sidi Larbi Cherkaoui avec Maria Pagès, incomparable osmose dévoilée entre flamenco et danse contemporaine des deux maîtres dancemakers sur fond de musique classique et arabo-andalouse, est d’une époustouflante beauté.

David Ruano « Pour moi la danse c’est la liberté » aime à dire Maria Pagès. « J’ai grandi dans un milieu catholique très strict. Je suis complètement imprégnée de ça et la danse me permet d’être moi-même. S’il n’y avait pas eu la danse, peut être que moi aussi aujourd’hui je serais là dedans, timide et enfermée dans un système de pensée et de vie ». C’est effectivement cette envie de liberté que l’on sent dans DUNAS, la nouvelle création qui réunit Maria Pagès et Sidi Larbi Cherkaoui. « Les dunes car elles sont paisibles, apaisantes tout en étant le mouvement permanent, lente et tendre transformation constante » indique Sidi Larbi ; tels les sensuels bras entrelacés des deux danseurs dans ce spectacle autour de l’approche et de la rencontre parfois difficile entre l’homme et la femme, à la fois voilée et violente, impudique et intime.

La nouvelle création des deux danseurs s’inspire de la relation entre l’Espagne et le Maroc dans un dialogue entre flamenco et danse contemporaine sur des musiques classiques et arabes interprétées sur scène. « Chacun en quête de l’autre, comme s’ils avaient cherché dans les dunes d’un désert au fond de leur mémoire, le sable fluide de leur racines communes ». Et la scène irradiée de tissus teints aux couleurs de la chaleur envoutante du sable par Maria Calderon est un désert peuplée de danse et d’ondulations. La danseuse flamenco « dont les bras sont interminables » glissant vers la danse contemporaine, Sidi Larbi Cherkaoui entrant dans le flamenco.


HUMANITE

 David Ruano Création 2009, le spectacle était merveilleusement mis en valeur le 19 juillet dernier dans le cadre archi-comble du Théâtre antique de Vaison la Romaine où les pierres séculaires en fond de scène, répondant aux voiles comme déployés par un vent donnant la direction à l’homme et à la femme nomades enveloppés des voix résonnantes de mélopées arabo-andalouses, semblaient avoir été posées là depuis des millénaires dans l’attente de l’arrivée glissée des deux danseurs….. Maria Pagès et Sidi Larbi Cherkaoui ont commencé leur rencontre professionnelle en mai 2008 en Chine, où le chorégraphe présentait son spectacle Sultra. Mais, ce n’est pas la première fois que l’artiste sévillane, lauréate du prix de la danse 2002, travaille avec une figure internationale de la danse. En novembre 2007, elle a été invitée par Mikhail Baryshnikov à créer et danser au Centre Culturel Baryshnikov de New York. Une expérience qui a donné naissance au spectacle Autorretrato, auto-portrait de la chorégraphe où la danse est subtilement mariée aux poèmes de José Saramago et de Miguel Hernandez, déjà affiché lors des festivals tels que la Biennale du Flamenco de Séville en 2008 et du Festival de Jerrez en 2009 après sa première en Mai 2008 au Théâtre du Forum International de Tokyo. Mais, « je ne cherche pas à faire évoluer le flamenco » indique avec véhémence la célèbre danseuse. « Je ne suis absolument pas dans cette perspective. J’exprime juste mes désirs, mes rencontres, celle avec Sidi Larbi est notre destinée harmonique et rythmique ». « On se disait toujours, on est d’accord » sourit Sidi.  « Le savoir de Maria a été comme un courant de passion, une énergie positive. Loin des convenances de la chorégraphie contemporaine, Maria et moi avons exploré les déserts que nous avons devant nous. C’est du reste la seule chose qui m’intéresse : ce qu’il y a devant » rajoute t-il. «  Tous les prix et les récompenses que je reçois (ndlr : Karois Preis 2009, Prix Nijinski 2002 entre autres…) viennent saluer ce qui est derrière, déjà passé. Mais, la danse pour moi c’est la communication. Exprimer en danse ce qu’on ne peut pas dire, c’est ça ma recherche » indique le célèbre chorégraphe flamand d’origine marocaine qui s’est mis à la danse quand le dessin, le bi-dimensionnel du crayon, ne lui a plus suffi, ses tracés éphémères au doigt sur du sable, comme emportés par autant de souffles de vent gigantesquement rétroprojetés en fond de scène, s’intégrant au spectacle. «   La danse en tant qu’esquisse de la réalité ». Les spectacles de Cherkaoui, danseur formé à l’école des Ballets de la C et de Anne Teresa de Keersmaeker devenu chorégraphe, seraient des livres d’histoire en mouvements. La rencontre avec Maria Pagès, incomparable rencontre poétique et profonde, émouvante de sincérité et de chaleur en est le tout récent magnifique exemple d’une époustouflante beauté.

par Geneviève CHAPDEVILLE PHILBERT

« Dunas »
Création, chorégraphie et mise en scène : Maria Pagès et Sidi Larbi Cherkaoui
Musiciens : Barbara Drazkowska (piano), David Moniz (violon), José A. Carrillo “Fyty” (guitare), Ismael De la rosa (voix flamenca), Chema Uriarte Chema Uriarte (percussion) et Mohamed El Arabi Serghini (voix arabe).
VAISONS DANSES - Théâtre Antique – 19 juillet 2010