Festival de Marseille Jonah Bokaer – Judith Sanchez Ruiz – Daniel Arsham Humide Replica

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La ville de Marseille, capitale européenne de la culture 2013, manque-t-elle à ce point de salles de qu’il faille voir un spectacle de qualité dans une boîte à chaussures surchauffée où l’on étouffe ? Ce fut pénible pour les spectateurs, mais avant tout pour les danseurs qui étaient en nage.

 

Michael Hart On se retrouve assis sur sept rangs de misérables bancs d’écoles (prêtés peut être par la charitable école voisine). Une centaine de vaillants spectateurs au bord de l’asphyxie, (parmi lesquels de nombreux américains en ce jour d’Indépendance Day !), s'agglutinaient, tentant de s’éventer avec leur maigre feuille de programme. Et tout ça, pour ne pas voir grand-chose, au-delà du premier rang ! On comprend le choix du Musée d’Art Contemporain de présenter le Replica de Jonah Bokaer, réalisé en collaboration avec Daniel Arsham et joué au New Museum de New York le 12 décembre 2009. Mais, faute d’un aménagement circonstancié adéquat, le musée marseillais n’est pas adapté pour la représentation dans une forme classique (scène frontale et spectateurs assis) de spectacle vivant. La proposition remarquée de Jonah Bokaer (émanation de la compagnie Merce Cunningham créateur, à New York, du CPR Center for Performance Research), Judith Sanchez (danseuse de la compagnie Trisha Brown) et du designer-scenographe-architecte Daniel Arsham, méritait mieux que ce placard aménagé !

RECONCILIER LE CHAOS AVEC L'ORDRE

 Michael Hart « Cette pièce a commencé comme une exploration d’une relation extrêmement simple, celle qui s’établit entre un acteur et un décor. L’espace, dépouillé à l’origine, finit par se démultiplier, changer et se transformer. Dans ce travail, nous cherchons à réconcilier le chaos avec l’ordre et la précision à l’œuvre dans le mouvement des danseurs »
. Daniel Arsham affectionne particulièrement ces murs, détruits puis reconstruits autour duquel les danseurs, comme en quête d’un paysage sensoriel à reconstruire et perdu dans une réplique sans mémoire du monde, proposent une danse abstraite, quasi géométrique. « Il y eut une période dans ma pratique où je pensais que les deux choses les plus importantes et les plus durables que l’Homme pouvait produire étaient l’architecture et les bébés. En travaillant sur Replica, j’en suis venu à percevoir combien la performance (scénique) est importante, précisement parce qu’elle a cette qualité éphémère. Il n’en résulte pas un objet pérenne, juste un souvenir ». Et c’est effectivement ce que l’on ressent après avoir vu Replica. Sensation d’être à un moment de fin-début d’un monde où l’on cherche devant et derrière des murs cicatriciels comme autant de moments de naissance possibles, passage d’un côté et de l’autre d’une réalité qui semble oubliée, érodée et se cherche pourtant dans le dialogue d’un homme et d’un femme comme en tenue de combat. Dans quelle recherche ? Celle peut être de souvenirs oubliés, épars comme ce chemin de pièces sculptées laissés au sol « L’art de Daniel Arsham est une énigme dont la résolution prend corps dans les contacts avec le dehors dont il tire la matière de son inspiration ». Mais, il reste également de Replica le souvenir d’une danse superbe où se rencontre la précision de Cunningham exprimée par Jonah Bokaer et toute la souplesse de Trisha Brown incarnée chez Judith Sanchez Ruiz. Magnifique alliance et belle transmission. La danse est peut être un art de l’éphémère, mais le geste transmis reste.

par GENEVIEVE CHAPDEVILLE PHILBERT

Petite fiche technique..

Diplômé de la North Carolina School of the Arts, Jonah Bokaer a été le plus jeune danseur à intégrer la compagnie Merce Cunningham à l’âge de 18 ans. Ses travaux qui allient l’étude des arts visuels, les logiciels de création chorégraphique virtuelle approfondissent le travail entamé par Merce Cunningham dans les années 80. Il est à l’origine du groupe « Chez Bushwick » dédié à la promotion de l’interdisciplinarité et qui offre des espaces de répétition bon marché (on sait la difficulté aux Etats Unis des artistes à exister) et crée à Brooklyn en 2008 avec John Jasperse le CPR – Center for Performance Research Jonah Bokaer remporte en 2005 la prix de la Fondation pour les Arts Contemporains. Replica fait partie avec 3 cases of amnesia de son travail remarqué.

Danseuse de la compagnie Trisha Brown et membre de la faculté de Recherche sur le Mouvement, Judith Sanchez Ruiz élabore des ateliers de transmission de la Technique et du répertoire de la Trisha Brown Dance Company. Par ailleurs chorégraphe (« Un lugar », « Citizens or Individuals », « The only personal thing I do »), elle danse également pour Jeremy Nelson, Luis Lare, Hope Clarck, Osmany Tellez ou encore DD Dorvillier.

Scénographe, designer et architecte, Daniel Arsham est représenté à Paris et Miami par la Galerie Emmanuel Perrotin et à Amsterdam par Ron Mandos Gallery. Il a collaboré avec le chorégraphe Merce Cunningham, le designer Hedi Slimane et l’architecte Wonderwall. Ses œuvres ont été exposées au PS1 de New York et au Musée d’Art Contemporain de Miami, la Biennale d’Athènes, Mills Collège Art Museum d’Oakland et au Carré d’Art de Nîmes.

Replica - Jonah Bokaer, Judith sanchez Ruiz, Daniel Arsham A été représenté le dimanche 4 juillet au musée d’art contemporain de Marseille (MAC) Dans le cadre de l’hommage rendu par le festival de Marseille à Merce Cunningham