ACTE III Monaco Dance Forum

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Programmé en juillet, l’Acte III d’une partie de l’hommage rendu aux Ballets Russes par les Ballets de Monte-Carlo pourra être présenté en plein air dans le lieu magique des Terrasses du Casino. Car la programmation de Monaco Dance Forum s’étendra jusqu’à la magnifique salle Garnier et sous le Chapiteau de Fonvieille.

L’Acte II nous avait enchantés avec la révélation d’Israël Galvan, l’artiste andalou devenu la star du flamenco nouveau. Il a imposé une danse retenue et pourtant exacerbée, mélangeant les styles masculin et féminin d’un seul coup de hanches. La présence de la Merce Cunningham Dance Company nous a aussi enthousiasmés, d’autant que la récente disparition du chorégraphe américain signifie la fin d’une intense histoire de cœur entre sa compagnie et la Principauté. En inventant l’idée de rupture totale entre danse et musique, il aura provoqué la plus importante révolution dans l’histoire de la danse après Diaghilev, le célèbre « promoteur » des Ballets Russes, responsable de la plus grande révolution esthétique de la danse, il y a un siècle.

C’est en effet pour fêter le Centenaire de la compagnie légendaire que Jean-Christophe Maillot, directeur artistique des Ballets de Monte-Carlo, propose d’applaudir une magnifique sélection de troupes du monde entier. En renouvelant l’art chorégraphique, les Ballets Russes ont rayonné un peu partout dans le monde, mais, d’abord fixés à Paris, c’est Monaco qui est vite devenue leur port d’attache grâce à l’accueil généreux du Prince Albert 1er. Ils menaient grand train dans cette folle époque fastueuse, tout en produisant un travail intensif et novateur qui propulsa Monte-Carlo à l’avant-garde du mouvement artistique. Diaghilev dépoussiéra l’académisme d’alors et transforma les ballets en spectacle d’ « art total », en associant à la danse les grands artistes du moment. Picasso, Miro, Matisse, Max Ernst, Chirico, Dufy et d’autres ont adhéré à sa démarche et signé, entre 1920 et 1939, les décors et les costumes des ballets. Pour les compositions musicales, Diaghilev fit appel à Rimski-Korsakov, Scarlatti, Eric Satie, Georges Auric Darius Milhaud, Stravinsky,… Pour la première fois, la perfection était atteinte : costumes, musique, peinture et décors s’harmonisaient, accompagnés d’un souffle nouveau qui passait sur cet ensemble étonnant. Diaghilev et Nijinski, l’étoile absolue de la danse, étaient les figures de proue de cette immense renaissance qui a largement dépassé le cadre de la danse alors en perte de vitesse. Tout était neuf et révolutionnaire : nouveaux thèmes, nouveaux corps, nouveaux sentiments. Les génériques prestigieux se multipliaient et les triomphes étaient retentissants !

L’empreinte que les Ballets russes ont laissée dans l’histoire artistique du XXe siècle méritait une somptueuse célébration nationale de leur centenaire. Et particulièrement à Monaco qui aura permis de mesurer à quel point la danse est multiple. L’Acte III en représente le point final et se distingue par sa variété et sa richesse.

De jeunes scénographes de l’Ecole Supérieure d’Arts Plastiques de Monaco se sont approprié à leur tour Sacre, Spectre de la Rose, Faune, et autres thèmes séculaires. Sélectionnés par un jury, ils se sont associés à deux jeunes danseurs chorégraphes des Ballets de Monte-Carlo dans la création intitulée Two pieces + 2. Le travail du chorégraphe israélien Itzik Galili et celui de Krisztina de Châtel seront réunis pour un spectacle traditionnel, qui introduit cependant « de la société civile », puisque, après avoir fait danser les éboueurs d’Amsterdam, la chorégraphe hollandaise met en scène les compétences gestuelles des sapeurs-pompiers. Un étonnant spectacle qui montre, dans son quotidien, le rapport entre le corps et la danse. Itzik Galili présentera aussi Flatland, une création qui manie subtilement l’humour, l’agressivité, le lyrisme, l’érotisme et l’élégance. Le Monaco Dance Forum produit en première mondiale, Para/diso, le dernier volet du triptyque d’après « La Divine Comédie » de Dante qu’Emio Greco a chorégraphié après Hell et Purgatorio. Comme les Ballets Russes l’avaient initié, le chorégraphe émergent Shen Wei mêlera danse et arts plastiques dans une oeuvre interprétée par les Ballets de Monte-Carlo. Ils seront aussi les interprètes d’une nouvelle création d’Alonzo King pensée en collaboration avec l’écrivain Collum McCann qui s’est fortement intéressé à la danse en signant un roman surprenant, intitulé « Danseur ». Alonzo King, l’un des plus importants chorégraphes des Etats-Unis, s’intéressera donc à l’alliance de la danse et de l’écriture, comme en son temps Diaghilev l’avait fait avec Cocteau et Mallarmé. Déjà, nous nous réjouissons de la reprise des dernières créations de Jean-Christophe Maillot, Schéhérazade et Daphnis et Chloé, œuvres légendaires des Ballets Russes. Quelques danseurs de la compagnie monégasque s’aventureront ensuite dans l’univers de Chris Haring qui se soucie de faire la part belle au partage de compétences, restant ainsi dans la lignée des Ballets Russes de Diaghilev. Le Festival s’achèvera avec Jiri Kylian, qui avec Last Touch First démontrera son incroyable capacité à créer de nouvelles formes chorégraphiques où la solitude tient une place émouvante.

Avec une telle diversité dans cette riche programmation, Monaco Dance Forum prouve l’évolution constante de la danse actuelle et Jean-Christophe Maillot fête somptueusement les cent ans de création sous l’influence des Ballets Russes.

par Caroline Boudet-Lefort