IMPRESSIONS DE FIAC (Version 2015)

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Vous n’avez plus visité la FIAC depuis quelques années. Vous visionnez la version 2015. Le réceptacle, le Grand Palais avec son impressionnante verrière reste imposant. Pour qui a connu à l’ancienne gare de la Bastille la première FIAC bricolée, et ici ou là les suivantes toujours un peu sympathiquement artisanales, l’image est surprenante.

 

Tout est impeccable, tout bien propre sur soi, –  chaque stand est hospitalier, oui comme le hall d’accueil d’un neuf hôpital. Beaucoup de galeries montrent davantage de surface de mur blanc que de surface œuvrée. C’est bon pour le seul œil qui compte, celui de la caméra. On fait un accrochage de riche, on laisse de grands espaces vides : au prix du mètre carré de ces cimaises d’élite, le blanc concédé à l’écrin prouve que la marchandise montrée justifie la dépense. Au prix de revient du spot, faut que les chefs-d’œuvre exposé vaille les gros chiffres annoncés. (Que, selon la stratégie adoptée, on proclame à fin publicitaire ou vous glisse à l’oreille – c’est entre nous, n’est-ce pas ?)

Donc un accrochage muséal contemporain : aujourd’hui on dirait plutôt qu’on a soigné la scénographie. Ce qui en soi n’est pas répréhensible : sauf que la marchandise montrée ainsi éparpillée ajoutée à la platitude des contenus contribue à la monotonie de l’ensemble : C’est le règne du bien léché, de l’aligné, de la règle et du compas, du lave plus blanc que blanc, du rien qui dépasse. On ne bricole pas, m’sieu-dame. C’est du sur-mesure. On a été à l’école, nous : on sait faire « comme il faut ». Rien qui n’ait été produit sans l’autorisation de papa. Aucun souvenir d’un grand-père, qui lui – Marcel ou Jackson– débordait allègrement.

Evénement

Nous avons aujourd’hui plus « d’agents d’art » que d’artistes (même en comptant les médiocres). Ceci explique peut-être cela ? Ou bien le fait que les amateurs les plus riches (et les moins fondamentalement motivés, les plus spéculatifs) font leur marché comme ils achèteraient leurs bestiaux, à la Foire. Ces collectionneurs n’explorent plus les galeries, et moins encore, lieux jadis de belles rencontres, les ateliers… où il est vrai il y a plus souvent qu’à la FIAC de la poussière, et des matières salissantes, pouah !!! même des couleurs coulantes… Laissons cela aux petites bourses passionnées par des spéculations… intellectuelles.

N’exagérons pas. On pouvait tout de même voir un osé surprenant grand monochrome bleu… Bleu, mais bleu ciel, ou bleu baby désignation selon la fantaisie de la marque de peinture employée. Vous deviez déambuler quelques hectomètres pour enfin détecter une trace de pinceau. Quelques kilomètres pour voir une tache de peinture. Comme si une commission d’orientation (il n’y a plus de censure, voyons !) avait rejeté cet instrument hautement pornographique (pinceau, du latin penis queue, penicillium, petite queue) dont les éjaculations intempestives auraient pu mettre quelques désordres dans le gentil alignement des certainement bien léchés chefs d’œuvres autorisés. Une Foire Art Actuel se dit aujourd’hui d’Art Visuel : plus question d’Art Plastique qui laisserait entendre par étymologie qu’il est question de matière avec de l’épaisseur et du poids. Soyons légers, madame la Marquise !

Donc, pour les esthétiques mises en scènes un ton Salon de province bien correct d’avant les années 60. Un calme rassurant, aucune crainte que vos petites cellules grises soient bousculées. Nous voici parvenu dans… Comment nommer la chose, pour qu’elle puisse être répercutée en belles images par le tout puissant numérique ? Le post-ante-contemporain ? L’art du futur sera années cinquante ou ne sera pas ? Oubliées les salissures des poubelles d’Arman, les éclats de couleurs jetées de Pollock, le hasard du rouleau d’Hantaï, les propositions dubitatives de George Brecht, le mal fait façon Robert Filliou, etc etc etc. Faut que ça tienne dans la salle d’attente des professions libérales et aux murs des grandes réceptions des hommes d’affaire. À croire que Madame Jennifer Flay (alias Germaine Potard nous dit Nicole Esterolle, la Nicole qui s’y connaît en pseudos – et que nous pourrions donc ici soupçonner d’être Germaine Potard elle-même passée dans la clandestinité ?) serait bientôt sur les positions de Nicole Esterolle… qui pourrait donc en 2016 visiter la FIAC en toute quiétude. Sauf que si ses participants auraient pu participer à la FIAC sans déparer l’ensemble, la Biennale 109 que cette dernière nous donne en bon exemple est, avec certaines toiles, un tantinet plus dégoulinante. Peut-être existe-il quelques lueurs créatrices noyées dans la masse des 127 galeries admises à la FIAC, mais la plongée en apnée a des limites… Difficile d’explorer en une plongée unique 127 galeries en toute lucidité.

Nous avons basculé du temps des Salons à celui des Foires. La définition de Foire par le Larousse dit bien la différence :

« Manifestation commerciale périodique, généralement annuels, pendant laquelle les producteurs exposent des échantillons de leurs produits et enregistrent les commandes qui leur sont passées. Grand marché se tenant à des époques fixes dans un lieu : Foire aux bestiaux. »

Jadis les galeries venaient prospecter dans des salons de diverses tendances, les sélections dépendant pour chacun d’un jury d’artistes cultivant leurs différences.

Nous étions très flattés d’être invités par nos aînés, nos aînés mais nos pairs en pratique tout de même, au Salon de Mai, à Grands et Jeunes d’aujourd’hui, à Comparaisons, et autres… Déjà compétition, certes, mais entre artistes. D’accord, l’influence de quelques puissants galeristes s’y manifestait déjà, mais ils ne maîtrisaient pas le débat des regards critiques. Les foires se sont attribué la place et le rôle des Salons maintenant disparus ou totalement marginalisés. Toujours compétition, certainement, mais entre puissances financières derrière des façades de galeries, les « petites » galeries prospectrices n’ayant pas les moyens de figurer aux grandes et trop chères parades annuelles. Il faut croire que leurs « bestiaux » ne sont pas bien calibrés…

Marcel Alocco