Gilbert DUPUIS « Les plis du visible »

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Autour de l’année 1970, Gilbert DUPUIS interroge la picturalité. Dans ses travaux récents (depuis le début des années 1990), ce peintre-graveur utilise la photographie pour superposer et mêler, en un seul geste, lumières et matières.

 

Mais, plus qu’un simple moyen, la photographie est ici comme « mise en perspective », et se révèle en tant que dispositif poiétique qui permet ces assemblages dans un seul plan, où les reflets d’un ciel dans une plaque de verre posée à même le sol deviennent points et pigments lumineux, tâches de bleu ; où les herbes et graminées (emprisonnées sous la plaque de verre) deviennent des lignes, des traces, et presque des coups de pinceaux ; où le bitume et le sol (percés de pousses végétales) deviennent un fond organique ; le dessous poussant irrésistiblement vers un ailleurs, celui de l’image qui se forme dans le regard du spectateur.

Mêlant savoir-faire et laisser-faire, traces et empreintes volontaires et involontaires, ces travaux de Gilbert DUPUIS font interagir différents processus, plus ou moins naturels, cadrages, découpages et « mises à plat », mettant au jour les plis du visible, en révélant différentes couches de l’image (le cadre, le dessous, le fond, la surface, le reflet).

Exposition

Les différents matériaux utilisés (mais s’agit-il encore de « matériaux »?) laissent une grande place aux aléas que produit la « nature naturante » (aux percées comme aux pousses végétales). L’image photographiée est ici, en fait, le résultat d’un ensemble d’actes (humains et naturels) qui soulignent sa relativité, sa fragilité et son devenir, comme lieu d’émergence (selon J.-M. Huitorel « la surface produit plus qu’elle ne reçoit »).

Ces « images espace-temps » nous parlent aussi du temps qui passe et de l’acte créateur, réduit à presque rien, l’effacement de l’artiste étant la marque d’un travail mené à son terme ; seules subsistent des images fragiles et fugitives, qui renvoient autant à l’image peinte qu’à l’image naturelle.

En définitive, la photographie est ici un dispositif d’ « embaumement de la réalité » (A. BAZIN), mais aussi un appareil pour laisser apparaître la matérialité.


Paul VANCASSEL, 2015


Gilbert Dupuis

Les plis du visible

Du 5 octobre au 20 novembre

MAeB - Maison de l’Architecture et des espaces en Bretagne - RENNES