« PACO DE LUCÍA, LEGENDE DU FLAMENCO »

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L’émouvant documentaire de Curro Sánchez Varela* s’attache au fabuleux destin du guitariste virtuose andalou Paco de Lucía, disparu en 2014. Héritier de la tradition flamenca, il l’a revisitée en l’associant au jazz et diverses influences latines, ouvrant la voie au flamenco moderne. Invité sur toutes les scènes internationales, il fut considéré comme le plus universel des joueurs flamenquistes.

 

Tout commence par un défi. Avant même de se familiariser avec l’instrument, Paco avait le rythme dans la peau. Il le réalise quand il entend son père jouer de la guitare hors tempo ! Il n’a pas sept ans. Mis au défi de faire mieux que le paternel vexé, il va dépasser le maître qui se produit dans les tavernes, s’entraîner jusqu’à 10 heures par jour et démarrer dès l’âge de 12 ans une carrière internationale. Avec une évidence métronomique : accompagnateur de chanteurs de flamenco, puis interprète du répertoire, enfin compositeur.

Cinéma

La musique est une affaire sérieuse. « Mon nom est Francisco Sanchez Gomez alias Paco de Lucía1 et je suis guitariste. » Face caméra, ce sexagénaire se livre sans effet de manche… sauf celui de son instrument. Sur le ton d’un sage reconnaissant ses intransigeances professionnelles, héréditaires, il déroule le fil de son parcours musical exceptionnel. Certes, ses exigences (envers lui-même et les autres), son perfectionnisme, son obsession de la rythmique et son travail acharné ont guidé sa conduite. Mais son ouverture aux autres genres musicaux l’a mené vers des chemins de traverse pour atteindre l’universel − là où siègent les plus grands. Parmi ses rencontres, trois d’entre elles ont marqué durablement la musique contemporaine : son duo avec Camaron de la Isla (le Billie Holiday gitan du chant flamenco), avec lequel il a enregistré neuf albums ; sa collaboration avec deux pointures du jazz, John McLaughlin et Al Di Meola grâce auxquels il s’initie à l’improvisation et qui aboutit à un disque resté mythique, Friday Night In San Francisco ; enfin, la création de son sextet qui lui a permis d’ouvrir son répertoire à des horizons métissés.

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L’œuvre au noir. Ce documentaire, réalisé par son fils aîné, est une œuvre singulière, très éloignée des actuels biopics. Un film entièrement dédié à la musique, celle de Paco : à son art, son doigté magique, sa démarche et ses recherches artistiques, ses collaborations fructueuses hors des frontières stylistiques. Les témoignages de ses compères nous éclairent sur son immense talent. Carlos Santana explique qu’il est un des rares à savoir augmenter le tempo d’un morceau tout en gardant de la profondeur, « Fast but deep ». Paco ne peut être réduit au Flamenco sourit Chick Corea, « he ‘s too big for that » ! » Son génie musical, mis au service de sonorités subtiles, de tonalités expressives et fantaisistes et d’une rythmique en diable, aura ainsi traversé plus d’un demi-siècle.

Cinéma

Un film hommage. Entrecoupée d’images d’archives émouvantes qui nous mènent du vieux au nouveau continent, l’interview dessine l’homme timide en creux, où cependant l’artiste prédomine. Enfant d’une famille modeste d’Algésiras, d’un père musicien et d’une mère danseuse de flamenco, il représente la véritable incarnation du Duende 2. Nommé Prince des Asturies des Arts en 2004, il avoue jouer pour être aimé, malgré son besoin de solitude pour créer. Il faut attendre les cinq dernières minutes du film pour que nous soit dévoilée sa face souriante, apportant une pointe de gaîté à une tonalité nostalgique. Est-ce un choix formel et volontaire du fils qui souhaitait que les aficionados gardent en mémoire cette image enjouée de Paco, mort brutalement avant la fin du tournage ? Qu’il soit grave ou rieur, son air restera profondément musical…


Aurèle M.


* Goya 2015 du Meilleur Documentaire.

Espagnol (2014) - 1h35. Titre original : Paco de Lucía, La búsqueda (la quête)

Sortie sur les écrans français : 28 octobre 2015

1 Il choisit son nom de scène en référence à sa mère portugaise Luzia.

2Terme qui désigne « un charme mystérieux et indicible » dans la culture flamenca andalouse.