Dylan à Nice

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Le public de Nice, mais aussi ceux de Marseille, Nantes, Carcassonne, Lyon et Bordeaux, ont pu bénéficier de la tournée 2010 de Bob Dylan grâce au gouvernement chinois et à son aversion de toute forme d'expression non contrôlée. En effet devant l'impossibilité d'obtenir des autorités chinoise l'autorisation de se produire à Pékin et Shanghai, Dylan a annulé une partie de sa tournée asiatique pour venir se produire en Europe.

 

dylanEn compagnie de l'orchestre qui l'accompagne en concert et en studio depuis une dizaine d'année (1), il était donc sur la scène de Nikaia, le 22 juin, pour une prestation qui a réussi a séduire à la fois les fans de toujours et les jeunes spectateurs qui le découvraient. Malgré toutes les exégèses, les films, les émissions de radio ou de télévisions qui se sont multipliées ces dernières années et qui auraient pu le transformer en légende vivante, Bob Dylan réussit à rester Bob Dylan. C'est à dire à parcourir le monde avec ses musiciens, à puiser dans un répertoire de 500 chansons, les réorchestrer pour les rendre méconnaissables à ceux qui n'en connaissent pas les paroles et continuer son chemin, sans se retourner, en laissant aux autres le soin d'écrire sa saga.
Son show obéit à un rituel à la fois sobre et intrigant. Pas de vaine attente, pas de « chauffeur de salle » ni de première partie. Quand cesse la diffusion de « Rodeo » d'Aaron Copland qui annonce le concert, la scène s'allume, il apparaît tout simplement, au milieu de son orchestre, dans une de ces tenues qui n'appartiennent qu'à lui. Vêtu d'un improbable uniforme de groom de palace, bleu nuit à galon rouge, coiffé d'un panama clair, il semble plus grand et moins frêle qu'on l'imagine. Entre deux morceaux, les spots s'éteignent. Il farfouille dans ses notes ou partitions et lance soit à guitare, soit au clavier une intro. Quand la lumière se rallume, tout le monde est en place pour une interprétation souvent inédite de la chanson choisie. Si l'on consulte un des sites de ses fans qui recueillent pieusement le répertoire interprété à chacun de ses concerts (2), on constate qu'entre deux dates, à trois ou quatre titres près, le programme n'est jamais le même.

 

dylanA Nice, les 17 chansons interprétées par l'orchestre (3), dix proviennent de son répertoire des années soixante et seulement trois des albums de sa trilogie (4) des années 2000. Le choix qu'il fit ce soir là n'avait pourtant rien de nostalgique. Le son de l'orchestre était bien celui auquel nous sommes habitués depuis une décennie : électrique et tranchant, plutôt blues et rock que folk. Quant à Dylan, il chante sur tous les morceaux de sa voix râpeuse qui ponctuellement passe à l'aiguë quand il veut signaler une saillie de son texte. Il accompagne alors ce trait d'un bref sourire. Il s'implique également quand le titre se prolonge d'une partie purement orchestrale. Alors soit à la guitare, soit au clavier, il donne la réplique au guitariste Charlie Sexton qui assure la plupart des solos.
Après deux heures de concert dont un rappel pour trois titres, ce qui est dans la bonne moyenne et qui démontre l'excellente disposition de Dylan, ce soir là, ils sont repartis comme ils sont venus. Le public lentement a quitté le disgracieux cube de béton. Il régnait alors dans l'atmosphère de ce quartier sans âme, une ambiance apaisée qui est commune au moment qui suit un concert réussi et une relation amoureuse partagée.

par Bernard Boyer

(1) : Bob Dylan - guitare, clavier, harmonica ; Tony Garnier - basse ; George Recile - batterie ; Stu Kimball - guitare rythmique ; Charlie Sexton - guitare ; Donnie Herron - banjo, mandoline électrique, pedal steel, lap steel.
(2) : www.boblinks.com
(3) : Leopard-Skin Pill-Box Hat (1966), This Wheel's On Fire (1967), I'll Be Your Baby Tonight (1967), Just Like A Woman (1966), John Brown (1962 et 1995), Under The Red Sky (1990), Honest With Me (2000), Tangled Up In Blue (1975), Cold Irons Bound (1997), What Good Am I? (1989), Highway 61 Revisited (1965), Masters Of War (1963), Thunder On The Mountain (2006), Ballad Of A Thin Man (1967), Like A Rolling Stone (1965), Jolene (2007), All Along The Watchtower (1967).
(4) : Love and Theft (2000), Modern Time (2006) et Toghether Through Life (2007)