Jazz à Sète : les vagues et le jazz à l’unisson

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Au festival de Jazz à Sète (13-19 juillet 2015), le théâtre de la mer la programme vraiment la mer : le plus beau décor de scène qui soit, pour six concerts de haute volée. Chaque soir, 1500 heureux spectateurs s’y sont pressés. Les mouettes (du moins les plus mélomanes d’entre elles), se posent sur les rampes d’éclairage ou les contreforts Vauban, se taisent, et laissent la musique résonner dans ce grand coquillage de pierre.

 

 

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La programmation de cette édition anniversaire (20 ans !) marie les univers avec brio ; confiance est faite à un public qui saura, le temps d’une même soirée, passer du complexe à l’évident, de variations instrumentales (pour cerveaux curieux) à des rythmes chaloupés (pour corps enthousiastes), d’un jazz tout en phrasé à une soul savamment pop, comme celle d’un Asaf Avidan électrisant, ou celle, world et bluesy, d’une Melody Gardot aux harmonies douces, graves et délicates. Un grand écart qui fonctionne. Comme sur l’affiche, signée Bocaj, où l’on croise un sax-man new-york style, un mousse bad-boy, un contrebassiste torturé, une sirène fatale, une intellectuelle à rose rouge, on embarque à Sète sur un cargo musical grand ouvert, prometteur ; un pont est posé.

 

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Cette année, c’est d’un pont tout Brooklynien qu’est venu le souffle de nouveauté, avec Snarky Puppy. “Coup de coeur” de Louis Martinez (directeur artistique et fondateur du festival), la brillante team de neuf jeunes musiciens (et davantage d’instruments), née à l’université de North Texas, a mis le public debout. Recette : compositions généreuses, denses, mélodies de c?ur, rythmiques précises, puissantes ; redoutable.

 

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Le bassiste Michael League, leader & maestro du groupe, mène sa bande de “ chiots narquois ” (une traduction de “ Snarky Puppy ”) sans l’ombre d’une moquerie, mais avec cette joie franche et communicative qu’on ne rencontre que trop rarement. Clapotis méditerranéen dans le dos, rayons d’extase dans les yeux, pile électrique au corps et talent en barre au bout des doigts : 1500 âmes conquises en quelques salves de tempi jouissifs, reprenant au vol et en choeur – sans se faire prier ! – le refrain Bluesbrotheresque du titre “ Shofukan ”. Jazz prog-rock planant et pêchu, thèmes accrocheurs, accents hip-hop, finesse des cuivres (pour rêver) et combo guitare-basse-percus (pour danser). Car oui, ce jazz-rock-là, souvent instrumental et haut perché, a du groove à revendre, à faire décoller n’importe quel corps assis. On y surprendra le plus intellectuel des jazzeux remuant du bassin et tapant des mains (au-dessus de la tête, thank you Shaun Martin, irrésistible voix gospel), vibrant sur le délié d’une guitare électrique progressive, retombant amoureux dans le moelleux d’un Moog méchamment efficace. Sourire solaire et éclairs de joie musicale garantis sur le visage de votre voisin de concert. Quand c’est bon, c’est simple, l’énergie porte tout.

 

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Le samedi soir, vibrant sur d’autres cordes, le contrebassiste Avishai Cohen a offert un concentré de jazz, tendance et dans les règles de l’art. Il y a de la fureur dans son jeu, une légère fièvre, retenue dans une posture où ce sont les mains qui impulsent le rythme. L’instrument slappe, ne se perd pas dans la rondeur du grave, le groupe fait sa ronde de notes autour du leader investi. Dans cette formation “ New York Division’ Sextet ”, on regretterait presque d’avoir dû attendre la seconde moitié du concert pour décoller tout à fait ; ce sextet a pris son temps, celui de réveiller le public en douceur, avant de l’emmener graduellement vers des contrées plus nerveuses ou latines. Mais il y eût des instants suspendus, lenteur presque arythmique où ce sont les vagues qui font la cadence. A Jazz à Sète, il y a toujours une légère brise pour caresser la joue d’un public qui s’adapte à des ambiances hétéroclites ; on y reçoit des musiques que les vagues aident à souffler de la scène au public, espadons et daurades nageant au loin sous les petits voiliers éclairés ; la mer est le membre-mystère, bonus de chaque concert. On y vient pour une qualité de programmation, on en repart saisi par une magie. D’ailleurs, sur l’affiche, est-ce un baiser comme une invitation à revenir que nous envoie la mélomane créature ?

 

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Qu’on y revienne ou pas, en haut de l’affiche de l’édition 2015, on retrouve le trompettiste Roy Hargrove, en quintette, et Marcus Miller, avec son projet très personnel et multi-influences “ Afrodeezia ”. Ont également été programmés : Kuartet’Z, Carré d’As, Antonio Sanchez and Migration, Moutin Factory, Samy Thiebault, et Alex Grenier Trio.


AR


Photos : © Eric Morère

Remerciements à toute l’équipe du festival.

Snarky Puppy : Michael League : Basse — Larnell Lewis : Batterie — Nate Werth : Percussions — Bob Lanzetti : Guitare — Shaun Martin : Clavier — Bill Laurance : Clavier — Justin Stanton : Trompette-Clavier — Mike Maher : Trompette — Chris Bullock : Saxophone

Avishai Cohen’s New York Division’ Sextet : Avishai Cohen : Basse and voix — Kurt Rosenwinkel : Guitare — Nitai Hershkovits : Piano — Diego Urcola : Trompette — Steve Davis : Trombone — Daniel Dor : Batterie.

Site du festival : http://jazzasete.com

Site du photographe officiel : http://ericmorere.com