Nice, «Le Rattachement» de Didier van Cauwelaert couronne l’anniversaire des 150 ans

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Une mise en scène grandiose de Daniel Benoin

 

Le Palais des Rois Sardes comme décor.
Un escalier vertigineux joignant les colonnades et la grande galerie.
Végétation méditerranéenne des jardins
Une large scène traverse l’espace.
C’est de ce palais, préfecture actuelle, que le drapeau tricolore s’est élevé en juin 1860.

rattachementDans ce décor authentique, Le Rattachement, a pris toute sa saveur et remporté un immense succès. Cet espace à ciel ouvert a servi d’écrin à la magie du texte de Didier van Cauwelaert et à la mise en scène très visuelle et magistrale de Daniel Benoin. Cette superproduction avec effets de lumières, vidéo, hologrammes, jouée avec des comédiens exceptionnels, Samuel Labarthe, Alexandra Lamy, Mélanie Doutey, est une grande réussite. La pièce sera retransmise le 6 juillet sur France3.
Lorsque la scène s’anime, une longue table traverse la scène, deux couverts d’un bout à l’autre sont dressés, d’un côté l’impératrice en longs voiles de deuil surveille avec attention le service, à l’autre bout la chaise vide de l'empereur. Petit rituel souvenir.


Très vite la dynamique de la pièce s’enclenche sur une idée originale. Celle d’une conseillère qui trie et départage les possibles événements de la vie de Napoléon III afin qu’il obtienne un permis de naître et de vivre. Mélanie Doutey est cette conseillère, elle en a la rigueur, mais elle trouvera aussi la fantaisie qui convient pour jouer le rôle des chères amies de l’empereur, emploi qu’elle quitte très vite pour reprendre son rôle de guide.
Pour se prêter à ce jeu, le texte effeuille sans longueur des événements historiques, les progressions sociales du Second Empire, des erreurs et aussi des moments de pure fiction. Mais les sentiments, les émotions, la comédie sont au cœur de cette grande aventure humaine, celle de Napoléon III et d'Eugénie, celle du rattachement de Nice à la France, et de toutes les femmes qui en sont à l’origine. Pas de reconstitution, mais des sentiments, des souhaits, des évocations de désirs.
Longtemps l’image de Samuel Labarthe va se superposer à celle de Napoléon III, dans notre esprit tant il prête sa voix, son allure, sa prestance, son énergie au rôle de l’empereur, à son goût de la vie, ses frasques, sa mauvaise foi mais aussi à sa grandeur d’âme et à ses contradictions.
Le couple Eugénie et Napoléon est intéressant par sa modernité. Si Louis Napoléon apparaît avec ses contradictions d’homme coincé entre grandeur d’âme et faiblesses humaines, Eugénie, interprétée par Alexandra Lamy, apporte sa force de décision et de persuasion, de l’humour et une belle présence. Contre vents et marées, ils gagneront leur permis de naître et de vivre. «C’est à un petit frisson d’âme, une simple vibration d’amour vrai entre (ces) deux êtres que pourra se légitimer le projet de vie» soutiendra la Conseillère.

Daniel Benoin souligne dans sa mise en scène les grands thèmes humains qui parcourent le texte avec des projections lumineuses, des vidéos. Les fontaines coulent, ici c’est la puissance et la gloire, là, les souvenirs d’enfance qui arrivent en flash back, avec des jeux d’enfants dans les coursives du palais. Des moments de joie aussi et de fêtes où l’empereur chante l’opérette. Passent les ombres de Victor Hugo et Garibaldi, le désir un peu fou de l’empereur d’être un grand écrivain et un chef révolutionnaire. Puis le vote du rattachement, une nuit d’amour. De brefs passages de cette vie d’homme, de ce couple se succèdent. Mais viennent les ombres, les combats et les défaites d’un pays et d’un empereur, alors des lasers bombardent la façade de la préfecture et font jaillir des éclats de verre et des pierres. Des moments de carnage où des corps basculent. La désolation, des flaques de sang coulent. Sedan, c’est la fin, Napoléon III erre, assis sur un cheval cherchant la mort.


par Brigitte Chéry

Edition Albin Michel : Le rattachement (théâtre )
Didier van Cauwelaert
création à Nice au Palais des Rois Sardes
le 12 juin 2010