Festival de Cannes 2015 : La mort superstar

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Le Festival de Cannes 2015 s'est tenu dans un climat maussade qui a continué à se dégrader au fur et à mesure qu'étaient projetés les films en compétition, avec quelques pics de mauvaise humeur comme la bronca réservée à « The Sea of Trees » de Gus Van San, ou l'annonce du palmarès accueilli avec plus de sarcasmes que d'approbation. Cette morosité, qui a affecté le petit monde des festivaliers ne résultait ni de la météo pour une fois clémente, ni de la crise économique.

 

 

Festival de Cannes 2015

Une sélection officielle contestée et des sections parallèles plébiscitées

La raison de ce malaise tient essentiellement à la qualité jugée médiocre des films en compétition. Pourquoi les sélectionneurs auraient-ils effectué une mauvaise pioche ? Par volonté délibérée de faire émerger un éventuel nouveau cinéma ? Ou bien, plus vraisemblablement, en raison de l'impossibilité de constituer un noyau de films qui domine le lot ? Cette année, la plupart des grands réalisateurs n'étaient pas prêts ou étaient hors circuit. Pour palier cette carence on a fait appel à des cinéastes ayant réalisé un ou deux films prometteurs, mais sans doute encore un peu tendres pour descendre dans l’arène. Enfin, pour arriver à un effectif de vingt titres, on a dû puiser dans les ressources nationales. Sept films français, (cinq en compétition, un en ouverture, un en clôture) c'était deux fois trop.

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In fine, au moment du verdict du jury (1), les faveurs des pronostics revenaient aux œuvres de réalisateurs chevronnés : « Carol » de Todd Haynes, « The Assassin » de Hou Hsiao Hsien et « Mia Madre » de Nanni Moretti. Les deux premiers eurent un lot de consolation, le dernier n'eut rien, « Dheepan » (2) de Jacques Audiard raflant la mise par surprise. « Dheepan » débute comme un film de Ken Loach (description des conflits entre différentes vagues d'immigrés dans une cité périphérique de Paris) et s'achève comme un film avec Charles Bronson (de l'usage d'un gros calibre comme solution aux problème sociaux). On serait curieux de connaître ce qui, dans cette œuvre, a pu séduire les frères Coen, coprésidents, ainsi que Guillermo Del Toro et Xavier Dolan, membres du jury.

Les autres sélections officielles ou parallèles ont été reçues avec plus d'indulgence.

Un certain regard a recueilli deux prestigieux recalés de la compétition, Apichatpong Weerasethakul avec "Cemetery of Spendour"et Naomi Kawase avec"An". Il a offert également au public l'occasion de quelques passionnants séjours dans des univers cinématographiques inhabituels : celui des éleveurs d'ovins en Islande (« Le bélier » de Grímur Hàkonarson), celui des intouchables à Bénarès ("Masaan" de Neeraj Ghaywan) et celui des jeunes filles forcées à se prostituer au Mexique (Les élues de David Pablos). Nous aurons l'occasion de revenir sur certains de ces films.

La Quinzaine des réalisateurs a bénéficié du battage mené par un lobby très actif, qui a élevé au rang de cause nationale la protestation contre la non sélection en compétition de trois films :"Les mille et une nuits" de Miguel Gomes, "L’ombre des femmes"(3) de Philippe Garrel et "Trois souvenirs de ma jeunesse" (4) d'Arnaud Desplechin. La Quinzaine des réalisateurs a su habilement utiliser cette campagne médiatique, non seulement en programmant ces trois réalisateurs, mais également en s’arrangeant pour rendre l'accès à leur projection difficile. Rien de tel qu'une longue file d'attente et une quasi émeute à l'entrée de la salle pour assurer la réputation d'une manifestation qui, par ailleurs, a présenté comme d'habitude quelques films de série B,et des œuvres plus originales centrées sur un personnage ou sur un problème de société. Parmi celles ci nous avons apprécié « Fatima » (5) de Philippe Faucon et "Le lendemain", premier film du jeune Suédois Magnus von Horn.

« Fatima » décrit le combat que mène une mère-courage de nos banlieue pour aider sa fille à réussir ses études de médecine.

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Magnus von Horn traite d'un thème déjà illustré par les frères Dardenne dans « Un fils» en 2002 : quand un jeune garçon qui a commis un homicide, sa condamnation accomplie, revient dans sa communauté d'origine, celle ci peut -elle lui pardonner ?

Nous avons été également séduit par les jeunes filles turques de « Mustang » (6) de Deniz Gamze Ergüven, qui refusent d'accepter les mariages que tentent de leur imposer leur famille.

Quant à la Semaine de la critique, elle a su dénicher dans son vivier de premiers longs métrages quelques œuvres annonciatrices de belles carrières. Parmi elles, nous avons tout particulièrement apprécié « Ni le ciel ni la terre » de Clément Cogitore, « La Terre et l’Ombre » de César Augusto Aceved et « Paulina  » de Santiago Mitre sur lesquels nous reviendrons,

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Le cinéma social : un modèle français

Dans la sélection française de la compétition, l'heure n'était pas à la célébration des tourments d'intellectuels parisiens sur le modèle de « La maman et la putain » de Jean Eustache, mais aux préoccupations sociales, avec le choix de deux films réalistes. Exit de la compétition les films de Philippe Garrel et d'Arnaud Desplechin, trop cérébraux, voici « La tête haute » (7) d'Emmanuelle Bercot et « La loi du marché » (8) de Stéphane Brizet qui, sur des thèmes différents, ont choisi une approche identique, celle de coller le plus possible à la réalité.

« La tête haute » c'est « Mummy » vu du coté des institutions. Le film suit le parcours de Malony (Rod Paradot), entre 6 ans et 18 ans, dont la mère (Sara Forestier) n'arrive pas à maîtriser le comportement. C'est le système judiciaire incarné par une juge (Catherine Deneuve) et un éducateur (Benoit Magimel) qui arrivera, après beaucoup de patients efforts, à remettre ce garçon sur les rails.

« La loi du marché » a permis à Vincent Lindon de décrocher un prix d'interprétation masculine mérité. Cette récompense et le succès que rencontre le film depuis sa sortie en salle confortent son statut d'acteur préféré des Français, un peu comme Gabin, dans les années 60-70. Dans ce film, il incarne un type honnête et courageux, qui supporte toutes les humiliations et difficultés de sa situation de chômeur en fin de droit, sans perdre sa dignité et son sens des valeurs. Bon époux et bon père de famille, il est ce genre de personne que tout le monde aimerait avoir comme ami.

Emmanuelle Bercot et Stéphane Brizet ont tous adopté deux une approche naturaliste, la première, par le choix des lieux de tournage qui sont les « vrais » bureaux des juges et des « vrais » centres éducatifs, le second, par le recours à des acteurs non professionnels jouant leur propre rôle (banquière, conseiller de Pôle Emploi, etc.).

Enfin, dans les deux films, les personnages existent uniquement par leur rôle social. La juge interprétée par Catherine Deneuve n'a apparemment pas de vie personnelle, quant au chômeur joué par Vincent Lindon, à part sa participation à un cours de rock and roll, sa vie se résume aux péripéties de sa situation de demandeur d'emploi.

Pour décrire la désespérance sociale du Portugal contemporain, Miguel Gomes a choisi dans « Les mille et une nuits », de sortir du carcan du réalisme. Sur le modèle des récits de Shéhérazade, il assemble un patchwork de reportages, parodies, saynètes et autres fictions qui constituent un film-monde en trois époques (9). Au départ, Gomes a réuni une équipe de journalistes-écrivains qui ont parcouru le pays pendant une année pour récolter une moisson d'histoires drôles ou tristes, emblématiques ou dérisoires, qui constituent la trame du film. Les contes s'enchevêtrent et se répondent : des manifestants contre la fermeture d'un chantier naval au procès d'un coq qui chante trop fort, en passant par l'incendie provoqué par une jeune fille jalouse ou l'interview d'un chômeur en fin de droit. Tout est brassé et malaxé dans un maelström qui débute en cacophonie pour s'achever en chanson triste, celle d'un pays de poètes et de paysans qui, en devenant européens croyaient sortir de la misère et de l'obscurantisme. Gomes nous démontre que le bilan d'une situation économique et sociale difficile peut être dressé avec fantaisie et humour sans perdre de sa pertinence. Son exemple pourrait inspirer les réalisateurs français.


Vitalité du cinémas latino

Les cinéastes d’Amérique centrale et du sud n'ont jamais manqué de pugnacité quand il s'agit de décrire les maux dont souffre leur société. Trois jeunes cinéastes venus du Mexique, de Colombie et d'Argentine ont, chacun à leur manière, enrichi cette tradition.

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Dans « Les élues » (10) le jeune réalisateur mexicain David Pablos s’intéresse à une forme particulière de traite des blanches qui s’insère dans le cadre familial. Sofia, une très jeune fille issue d'une famille monoparentale de Tijuana, est séduite par Ulises, adolescent à peine plus âgé qu'elle. A l'insu de sa famille, qui ne connaît même pas l'existence d'Ulises, Sofia est invitée dans la famille de ce dernier, qui l'accueille très chaleureusement,. Il s'agit en réalité d'un piège dans lequel tombe Sofia. Enlevée par les frères du garçon, elle deviendra une des putes d'abattage d'un bordel clandestin. Ce récit, totalement sans espoir, évite bien entendu tout voyeurisme mais pose un autre type de question. La société mexicaine est-elle à ce point sordide ou bien le film glauque est-il un genre cinématographique courant dans ce pays ?

« La terre et l'ombre », (11) premier film du réalisateur colombien César Augusto Aceved, dénonce les pratiques des grande exploitations sucrières, vues à travers la souffrance d'une famille d'ouvriers agricoles.

Dans la vallée de la Cauca, au sud ouest de la Colombie, les plaines côtières sont vouées à la culture de la canne à sucre. Malheur aux habitants de cette zone car après la récolte, il est d'usage de brûler les champs ce qui a pour résultat de rendre l’atmosphère irrespirable. Alfonso retourne dans sa maison, 18 ans après y avoir abandonné sa femme et son fils. Il revient parce que son fils est en train de mourir d'une maladie pulmonaire dont on devine la cause. Dans cette maison aux volets clos mais où s'infiltre la cendre, vivent son ex femme, son fils, sa belle fille et son petit fils. Ces retrouvailles sont en fait une sorte de veillée funèbre par anticipation. Quelques coupeurs de cannes émergent périodiquement du paysage enfumé tandis que d'énormes camions lancés sur les pistes soulèvent des nuages de poussière cendrée. La mort passe, Alfonso, sa bru et l'enfant quittent la maison pour une destination inconnue tandis que la vieille femme décide de rester chez elle. Peu de mots sont prononcés. Demeurent dans ce paysage désolé, une maison, un arbre et une femme qui regarde partir les siens. Le film a obtenu la Caméra d'or qui récompense le meilleur premier film du Festival.

« Paulina » de l'argentin Santiago Mitre est sans doute le seul vrai film politique présent à Cannes. Il a le mérite de poser la question du sens et des limites d'un engagement militant. Cette problématique ne manquera pas de susciter des débats chez les spectateurs et surtout chez les spectatrices, qu'on en juge !

Paulina est une brillante étudiante en droit qui, plutôt que d'embrasser une carrière d'avocate à Buenos Aires, décide d'être enseignante dans une région défavorisée. Par ce choix, elle s'oppose à son père, juge progressiste, qui considère qu'elle pourrait agir plus efficacement au barreau que dans un collège. Peu après son arrivée dans le bourg où elle enseigne, elle est violée de nuit sur un chemin par un groupe de garçons comprenant deux de ses élèves. Cette agression ne la visait pas personnellement. Elle a été victime d'une confusion avec une jeune femme dont l'un des membres de la bande voulait se venger.

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Paulina, malgré les injonctions de son père et de ses amis, non seulement refusera d'identifier les coupables mais encore décidera de ne pas mettre fin à la grossesse résultant du viol. A ces yeux, ce double choix est nécessaire si elle veut poursuivre sa mission dans cette région.

En alternant scènes d'action et de dialogues entre le père et sa fille, le film souffre d'un certain didactisme, heureusement atténué par la présence et l'intensité du jeu de l'actrice principale (Dolores Fonzi).

Les réalisateurs contemporains ont-ils interprété dans un sens littéral la fameuse formule de Jean Cocteau (« le cinéma, c'est filmer la mort au travail ») ? On peut s'interroger tant la grande faucheuse était le thème central dans de nombreux films. Il est question d'elle quand le personnage principal est celui qui donne la mort ou accompagne les mourants. Il est question d'elle également quand les morts sont présents parmi les vivants ou bien encore quand les personnes âgées se préoccupent de la survie de leur œuvre ou de leur savoir-faire, après leur décès.


Le point de vue du tueur.

Un des événements du festival de Cannes a été la présence en compétition de « The Assassin » (12) du Taïwanais Hou Hsiao – Hsien qui, depuis « Le voyage du ballon rouge» en 2007, s’efforçait de monter un coûteux projet de film de sabre. Cette œuvre a ébloui une partie des critiques qui voyait en elle une évidente Palme d'or.

Le récit se déroule au IXeme siècle en Chine alors que la dynastie Tang est menacée par les velléités d'indépendance des gouverneurs des marches de l'empire. L'empereur demande à Nie Yinnang, jeune femme de la noblesse formée aux arts martiaux, d'éliminer le gouverneur de la province de Weibo dont elle est la cousine et pour lequel elle ressent un tendre penchant. Elle devra donc choisir entre sa mission et ses sentiments.

Comme son héroïne tergiverse avec les impératifs de son contrat, Hou Hsiao – Hsien se libère des règles du film de cape et d'épée pour n'en conserver qu'une épure. Le coup de sabre devient un trait de pinceau traçant un idéogramme sur l'écran. Le sifflement produit par le mouvement de l'arme est la seule manifestation sonore de l'irruption de la mort dans la scène. Le film est une succession de plans-séquences, situés tantôt dans un palais, tantôt en pleine nature. Dans le premier cas les couleurs dominantes sont le noir et le rouge et les personnages sont prisonniers d'un décor surchargé, ponctuellement animé par un voile de tulle caressé par le vent. Par le seul mouvement de la caméra et sans quitter le cadrage en plan moyen, le réalisateur attire l'attention sur un détail ou un coin du décor où se cache la tueuse prête à intervenir. Dans les scènes d'extérieur qui mettent en valeur les paysages vierges de Mongolie et de la province de Hubei, des cavaliers traversent une succession de vallons et de futées où se déroulent d'énigmatiques combats.

Le spectateur, aussi attentif soit-il, a le plus grand mal a suivre les méandres de ce récit riche en péripéties, complots, trahisons et intrigues secondaires. Même si l'on demeure étranger à cette œuvre, faute d'en connaître les codes et les références culturelles, on reste ébloui par la beauté de ces plans, composés comme des miniatures, où chaque détail compte. Pour autant qu'entre en jeu notre propre imagination, nous finissons par être emportés par ce torrent narratif tantôt lent et majestueux, tantôt tumultueux.

Il en va des récents films de Woody Allen comme des chansons d'après banquet, interprétées par un vieil oncle qu'on aime bien. On les accepte, vu les circonstances. Alors un Woody Allen, hors compétition, au milieu d'un Festival pas très excitant, on y va après avoir abandonné tout esprit critique.

« L'homme irrationnel » (13) interprété par Joachim Phenix appartient à la veine « philosophique » du réalisateur qui, pour l'occasion, s'inspire de Dostoïevski.

Abe Lucas, professeur de philo dépressif et alcoolique, nouvellement nommé dans une université de la côte Est des États-Unis, est précédé par une réputation d'universitaire brillant et de séducteur impénitent. Hélas, il n'a plus de goût ni à enseigner, ni à draguer ses étudiantes. Pour retrouver son acuité intellectuelle et son appétit sexuel, il pense qu'il lui faut commettre un crime parfait. La conversation entre des personnes occupant la table voisine de la sienne dans un restaurant, à propos d'un juge des affaires familiales s’apprêtant à séparer injustement une mère de ses enfants, lui donnera l'occasion qu'il cherche. Malheureusement si le juge inique est tué sans que la police soupçonne l'auteur du crime, il existe un grain de sable : la difficulté à faire taire une jeune maîtresse qui a des soupçons. Il doit donc la tuer pour que le premier crime garde sa perfection. Qu'il mène à bien ou non son deuxième projet d'assassinat, peu importe ! Abe est trop caricatural pour susciter le moindre intérêt chez le spectateur. Il va ainsi malheureusement de la plupart des personnages des récents films de de Woody Allen.


L'accompagnement des mourants

Il n'est pas certain que le terme d'accompagnement des mourants soit indiqué s'agissant de « Son Of Saul » (14) du Hongrois László Nemes qui, avec son premier film, a tenté une entrée fracassante dans la compétition. Annoncé comme un des chocs du Festival, il a été récompensé par un Grand Prix. Le cinéaste aborde un des aspects les plus horribles des camps d'extermination nazis, en situant son intrigue dans l'univers des Sonderkommandos à Auschwitz-Birkenau. Ces brigades de prisonniers étaient chargées de rassurer, déshabiller et faire entrer les convois de déportés dans les chambres à gaz puis de trier les effets, brûler les cadavres et nettoyer les lieux. Ils bénéficiaient, le temps de leur travail, de nourriture et d'une relative liberté puis étaient exécutés et renouvelés tous les trois ou quatre mois afin qu'aucun témoin de l'extermination ne puisse parler.

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Saul, membre d'un Sonderkommando, trouve parmi les cadavres qu'il doit brûler, un jeune garçon qui n'est pas mort. Un médecin nazi ausculte et étouffe l'enfant. Saul réussit à soustraire le corps du garçon. Considérant qu'il s'agit de son fils, il décide de chercher un rabbin pour dire le Kaddish et de lui donner une sépulture. Tout à son projet, il ne réalise pas qu'une révolte des prisonniers est en train de prendre forme.

Sur un tel sujet, Nemes, a pris quelques précautions qui expliquent ses choix techniques. La caméra filme en gros plan Saul qu'elle ne quitte jamais. Il évolue dans un milieu cotonneux qu'on imagine saturé de brouillard et de fumée. Ainsi aucun corps des suppliciés n’apparaît à l'écran. La palette graphique se borne aux gris et bleus métalliques si bien qu'on en garde un souvenir noir et blanc. Le format de l'image est le format « carré », le 1.37 celui de l'enfermement. Le son a fait l'objet d'un soin particulier. Il reste d'ailleurs plus vivace dans le souvenir que les images. Sur un fond de brouhaha indistinct fait de plaintes, de cris et de questions posées dans diverses langues, émergent des bruits de portes métalliques, des vociférations en allemand, des aboiements et le claquement de tirs d'armes automatiques. Dans ce lourd fond sonore, Saul, ses compagnons et les gardiens ne s'expriment qu'en hurlant.

A la sortie de la projection de presse, nul ne ressentait le besoin de commenter le film, ni pour le louer, ni pour le critiquer. Car chacun d'entre nous connaît au moins la proposition 7 et ultime du Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein (15). Némes a choisi d'évoquer la Shoah sans la monter, on ne peut que l'approuver par contre on peut remarquer qu'existent des manières plus subtiles de le faire.

Avec « Chronic », le jeune réalisateur mexicain Michel Franco, aborde la compétition cannoise après avoir présenté « Daniel y Ana » à la Quinzaine des réalisateur en 2009 et « Despues de Lucia » à Un Certain regard en 2012. Ces deux film témoignent de son penchant pour les sujets provocateurs. Dans le premier, il décrivait comment des ravisseurs forçaient leurs victimes (un frère et une sœur) à faire l'amour et filmaient cet acte. Dans le second, il racontait la descente aux enfers d'une adolescente victime de la persécution de ses condisciples.

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On s'attendait donc à du lourd et on n'a pas été déçu. « Chronic » est l'itinéraire d'un aide soignant qui s'occupe de malades en fin de vie. Dans les quatre situations successives qui composent cette chronique, le héros David, interprété par Tim Roth, fait preuve d'une grande empathie envers ses patients et a des relations distantes avec les proches de ces derniers. Il procède sans réticence aux soins intimes que nécessite l'état des malades et, à l'occasion, rend quelques services qui le font sortir du cadre de sa mission. Disponible, précis et efficace, il semble totalement imperméable à la détresse et à la souffrance qu'il côtoie quotidiennement. Peu à peu, le film dévoile quelques bribes de son histoire et de ses drames personnels. Le personnage ne perd pas pour autant son mystère. Progressivement il prend une dimension surnaturelle, celle de l'incarnation d'Azraël, ange de la mort des religions du Livre. Michel Franco dans une note d'intention décrit comment, à l'occasion de la maladie de sa grand-mère, il avait rencontré une aide soignante profondément déprimée qui ne pouvait soigner la détresse consécutive au décès de son dernier patient qu'en se consacrant à un nouveau mourant. Nous n'avons pas plus de raison de douter de la sincérité de Franco que l'on en aurait eu de reprocher à Michael Haneke de nous infliger gratuitement le spectacle de la déchéance d'Anne (interprétée par Emmanuelle Riva) dans « Amour » (Palme d'Or, 2012).

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« Mia Madre » (16) de Nanni Moretti, présenté en tout début du Festival de Cannes, resta jusqu'au dernier jour un des favoris de la critique. Ce qui aurait pu valoir au réalisateur une deuxième Palme d'or, après « La chambre du fils » en 2001.

Tandis que Margherita (Margherita Buy), se débat dans le tournage d'un film au vague contenu politique, sa mère Ada (Giulia Lazzarini), fait des allers-retours entre l’hôpital et son domicile. Ses enfants (Margherita et son frère Giovanni, interprété par Nanni Moretti) prennent conscience que leur mère est condamnée et s'organisent. Giovanni, le fils parfait, va jusqu'à abandonner son emploi. Margherita, moins exemplaire, vit dans un stress permanent provoqué par l’inquiétude sur l'évolution de l'état de santé d'Ada, ses relations difficiles avec ses proches et l'arrivée perturbante de Barry Higgins, acteur du film venu des États-Unis, aussi idiot que narcissique (John Turturro). La grande habileté de Nanni Moretti réside dans son art du montage. Il alterne les scènes du tournage qui sont en général assez drôles et les séquences graves, quand la famille se trouve confrontée à l'inéluctable. Tout est parfaitement maîtrisé et pétillant d'intelligence, comme toujours avec Moretti. Sans doute parce qu'il s'agit d'un sujet personnel (le décès de la mère du réalisateur qui comme Ada était professeur de latin), « Mia Madre » est très respectueux de la dignité de la mourante et tient quelque peu le spectateur à distance. Dès lors, un déséquilibre apparaît dans la construction même du film. A trop insister sur les bouffonneries de Turturro, au demeurant savoureuses, le réalisateur étouffe l'émotion liée à la mort de ce personnage rayonnant qu'est la mère. On sort de « Mia madre » avec l'étrange sentiment d'avoir assisté à des funérailles sans avoir versé une larme.


Deuil et irrationnel : un petit tour chez les spirites.

Comme les précédents film d'Apichatpong Weerasethakul, « Cemetery of Splendour » (17) est avant tout une expérience sensorielle que l'on ressent ou que l'on ne ressent pas. Il est difficile de décrire le déroulement de son intrigue et d'en donner un point de vue critique. Nous nous contenterons de signaler à tous ceux qui ont séjourné quelques jours ou quelques semaines dans un pays du Sud Est asiatique que ce film est fait pour eux. Il leur rappellera leur voyage non pas à la manière de Connaissance du monde, mais de façon proustienne, par le souvenir de cris d'oiseaux dans un square de centre ville, celui du vacarme de la pluie tropicale sur les tôles d'une boutique du coin de la rue, celui du bourdonnement continu des chantiers perpétuels. A partir de ces sons viendront le souvenir des odeurs des gargotes de trottoir, celui de la lumière du petit matin etc.

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« Cemetery of Splendour » a pour principal décor une école transformée en hôpital où dorment des soldats peut être pour toujours, car le bâtiment se trouve juste au dessus d'un cimetière de guerriers qui contrôlent leur esprit. Autour d'eux s'agitent quelques personnes dont une femme médium, capable d'enter en contact avec les soldats endormis, une vendeuse d’onguents aux vertus indéfinis, des fantômes de princesses disparues errant dans la forêt voisine, des jeunes filles venues constater en pouffant qu'un soldat a une érection pendant son sommeil etc. Au-delà de ce joyeux foutoir, le film a une signification autobiographique car « Cemetery of Spendour »a été tourné dans la ville de Klan Kaen où les parents de l'auteur étaient médecins. L'univers de son enfance était donc celui d'un petit hôpital rural. La tristesse qui imprègne cette évocation n'est pas celle de la nostalgie de l'enfance ni celle de la peur de la mort, sentiment étranger au bouddhiste qu'est le cinéaste, mais a une signification politique. L'image des soldats endormis sous l'emprise de guerriers décédés depuis longtemps, tandis que des femmes tentent de survivre, est la métaphore du bâillonnement de la démocratie par la succession de coups d'Etat militaires en Thaïlande depuis 1932.

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Le jeune cinéaste français Clément Cogitore a été l'une des révélations de la Semaine de la critique, avec son premier long métrage, « Ni le Ciel, ni la terre » (18). Le film débute comme un classique récit de guerre sur le modèle de « La 317eme Section » de Pierre Schoendoerffer (1965), pour s’achever dans un climat proche de « Cemetery of Splendour », tout en gardant son style et son message propres. L'action se situe en Afghanistan en 2014. Une section de l'armée française commandée par le capitaine Antarès Bonassieu (Jérémie Regnier), occupe un fortin dans une vallée reculée du Wakhan, à la frontière du Pakistan. Son rôle est d'empêcher l'infiltration des talibans venus de l'état voisin. Les militaires scrutent de jour et de nuit à l'aide de caméras thermiques un paysage de rocailles désolé, vont rencontrer des villageois plutôt hostiles et, en définitive, s'ennuient et se chamaillent. La disparition inexpliquée d'un premier, puis d'un second et de deux autres soldats met la section en émoi. Bonassieu tente la menace vis à vis des villageois et essaye de négocier avec un auto proclamé intermédiaire. Rien n'y fait, les soldats demeurent introuvables. Les militaires finissent par explorer une cavité proche du fortin où, paraît-il, ont jadis disparu des hommes et des moutons. Il le font sous le regard intéressé de talibans qui ont également perdu des combattants dans des conditions identiques. Le mystère de ces disparitions, sans cause ni solution, est le vrai sujet du film qui peut se formuler ainsi : face à un monde pétri de mysticisme, nos approches cartésiennes, qui s'appuient sur une technologie sophistiquée, sont impuissantes. L'intérêt du film réside dans sa volonté de refuser toute solution rationnelle. Il trouve cependant ses limites dans l'absence de cohérence entre la première partie, descriptive et concrète, et la seconde méditative et abstraite. On notera que le scénariste de ce film est Thomas Bidegain qui a également écrit celui de « Dheepan ».

Peut-on annoncer un retour de l'esprit du cadavre exquis dans la rédaction des scenarii du cinéma français ?

Transmettre avant de disparaître ou briller avant de s'éteindre ?

Il n'est pas certain que l'on prendrait au sérieux un film français qui aurait pour sujet la transmission de la fabrication des chouquettes ou des cannelés. C'est portant le tour de force qu'a réussi Naomi Kawasé avec « An ». On connaissait l'importance qu'elle accorde au lien entre les générations. Ce thème était une des composantes de « Still the water », présenté à Cannes l'an passé. Elle récidive cette année avec une œuvre en apparence plus légère, qui aborde également quelques thèmes sociaux comme celui de la relégation des infirmes dans le Japon traditionnel et moderne.

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Sentaro, quadragénaire taciturne et solitaire tient une petite gargote menacée de démolition et vouée à la confection de dorayakis, sorte de pancakes fourrés à la pâte confite de haricots rouge (an), que viennent consommer quelques collégiennes. Il est abordé par une vielle femme aux mains déformées, Tokue, qui, en réponse à une annonce qu'il a posée sur la vitrine de son échoppe, demande à être embauchée comme aide cuisinière. Sentaro refuse mais finit par céder face à la détermination de Tokue. Cette dernière apporte à l'affaire ses secrets de fabrication du an. Il en résulte une amélioration de la qualité des pâtisseries et une fréquentation accrue de l'établissement. Une relation d'amitié et de confiance se noue entre le pâtissier et sa cuisinière. Ce dernier est reçu dans la communauté où vit Tokue, celle de lépreux qui jusqu'à récemment vivaient reclus et occupaient leur temps à la confection de pâtisseries traditionnelles.

Naomi Kawase, sur un sujet aussi mince, sans mièvrerie arrive à faire exprimer la subtilité d'une pratique culinaire en apparence simplissime et la délicatesse des rapports entre ses deux humbles héros.

On trouvera moins de générosité et de grâce dans l'univers de « Youth » (19) de Paolo Sorrentino, qui se situe dans un hôtel luxueux des Alpes suisses où de riches vieillards viennent se reposer et bénéficier de soins de remise en forme. Parmi eux, deux vieux amis, Fred et Mick, évoquent leurs souvenirs, leurs soucis de prostate et surtout se préoccupent de la survie de leurs créations. Fred (Michael Caine) refuse les propositions de la cour d'Angleterre de venir diriger une de ses œuvres les plus célèbres devant la reine, parce que cela raviverait chez lui une culpabilité latente (celle de son abandon de sa muse, créatrice et dédicataire de l’œuvre). Mick (Harvey Keitel) travaille au scénario de ce qu'il pense être son œuvre ultime. Mais la mort s'invite dans le palace et il faudra l'échec et le décès de l'un des deux amis pour que le second puisse trouver l’énergie de finir en beauté sa carrière.

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Il est de bon ton de mépriser Paulo Sorrentino à Cannes depuis « This must be the place » en 2011. Il lui est reproché d'avoir abandonné son inspiration typiquement italienne pour une production mondialisée. Avec « Youth », tourné en anglais, il aggrave son cas, d'autant plus que le film se situe dans un palace suisse peuplé de vieux riches et répugnants. Pourtant, à coté de tant de films formatés, il faut reconnaître à Sorrentino une réelle originalité dans la manière avec laquelle il sait théâtraliser chaque scène et composer des plans insolites ou provocants. Et puis il y a les acteurs. Savourer quelques répliques ciselées dites par Michael Caine, Harvey Keitel et Jane Fonda, en vieille actrice sur le retour, est un plaisir que tout cinéphile ne saurait bouder.


Inde : le poids des castes et le retour sur un massacre

Depuis quelques années, le cinéma indien présente à Cannes des réalisations originales qui tranchent avec les productions courantes de Bollywood. Ces œuvres, qui restent indiennes dans leur goût pour les intermèdes musicaux, leurs personnages caricaturaux et leurs images chatoyantes, ne craignent pas d'aborder des sujets sociétaux ou historiques sensibles. Après « Gangs of Wasseypur » d'Anurag Kashyap en 2012 qui traitait, entre autres, des relations entre les gangs et les syndicats, « The Lunchbox » en 2013 , mélancolique méditation sur une impossible rencontre et « Titli, Une chronique indienne » de Kanu Behl à propos du poids des coutumes et de la famille en 2014, voici deux premiers films de jeunes cinéastes sélectionnés par Un certain regard. Chacun porte, à sa manière, un regard acéré sur leur société.

Festival de Cannes 2015

Masaan (20) de Neeraj Ghaywan est à la fois la chronique de la vie d'une communauté, la caste des intouchables chargés de la crémation des morts à Bénarès, et celle de la rencontre entre deux personnes issues de cette caste. Devi, la jeune femme, a été victime de la corruption policière. Deepak, le jeune homme, a connu un amour impossible avec une jeune fille issue d'une caste supérieure à la sienne. Le film débute par le suicide d'un étudiant surpris par des policiers véreux dans un hôtel en compagnie de Devi. Il se poursuit par la découverte par Deepak parmi les cendres d'une récente crémation de la bague qu'il avait vue au doigt de la jeune fille dont il était amoureux. Malgré ces péripéties macabres, le film reste néanmoins optimiste. Il dégage une énergie positive et une réelle joie de vivre. Il témoigne de la volonté de la jeune génération de briser le joug des traditions et des coutumes régissant la vie sociale et affective des Indiens. On notera néanmoins que ce film n'a pas trouvé de financement dans son pays. Il a été produit par Pathé et Arte.

Dans « The Fourth Direction » (21), Gurvinder Singh a l'ambition de revenir sur un douloureux épisode de l'histoire indienne contemporaine. Il s'agit de la prise du Temple d'Or à Amritsar, occupé par les Sikhs séparatistes. Cette opération, menée par l'armée indienne entre le 3 et le 6 juin 1984 sur l'ordre d'Indira Gandhi, fit entre 500 et 1500 victimes

Le réalisateur ne décrit pas les combats mais le climat de cette période et la manière dont les événements sont vécus par la population. L'action débute quelques jours avant l'assaut, avec les tribulations d'un petit groupe de voyageurs qui tentent de rejoindre, en train, la ville d'Amristar, coupée du reste du pays pour les raisons que l'on devine. Il finiront par s'infiltrer dans un train de marchandises.

Le reste du récit se déroule dans l'enceinte d'une ferme de la campagne d'Amristar où vivent claquemurés un agriculteur, Joginder, et sa famille, qui n'ont qu'un écho filtré des événements. Les maquisards séparatistes viennent demander à Joginder de tuer son chien Tommy, qui, par ses aboiements nocturnes, risque de signaler aux militaires leur présence aux abords de la ferme. Quant aux militaires, ils procèdent à une perquisition musclée de la maison et enjoignent au fermier de sacrifier le chien pour qu'ils ne soient pas repérés par les séparatistes lors de leurs patrouilles.

A travers le sort de Tommy, Gurvinder Singh évoque avec beaucoup de justesse la condition des habitants des campagnes, pris en sandwich entre les deux belligérants, au milieu d'un combat dont les enjeux les dépassent.


Épilogue

Le Festival de Cannes est toujours une formidable caisse de résonance pour l'ensemble du cinéma d'auteur. Pour cette raison, on constate que la grande majorité des films, aussitôt sélectionnés, est vendue à des distributeurs.

Grâce à lui, chaque année une poignée de jeunes réalisateurs passent de l'ombre à la lumière et voient leur travail reconnu et diffusé. Ils obtiennent ainsi la possibilité de poursuivre leur carrière.

Les films de la compétition sont d'une autre nature. La plupart d'entre eux sont réalisés par des auteurs chevronnés, font appel à des acteurs célèbres et représentent un investissement conséquent. Pour eux, le passage à Cannes est parfois risqué. Alors que des critiques flatteuses ou même une Palme d'or ne garantissent pas toujours un succès public, un éreintement cannois est souvent fatal à la carrière d'un film voire d'un cinéaste.

C'est sans doute pour cette raison qu'Hollywood a tendance à se méfier de Cannes et préfère éviter les aléas d'un passage sur la Croisette. Ce boycott qui ne dit pas son nom est, selon nous, une des raisons de la difficulté rencontrée par les sélectionneurs dans la construction de leur offre.

Dans ces conditions, la mise en cause incessante et appuyée de la sélection officielle et de toute la manifestation menée par quelques représentants de la presse parisienne n'était pas toujours pertinente. En matière de critique, un certain recul est parfois profitable. Le même film vu dans l'ambiance survoltée de Cannes ou dans le calme d'une projection en salle, quelques semaines ou quelques mois plus tard, peut avoir une toute autre saveur.

Laissons maintenant les films poursuivre leur vie au grès de leur distribution. Revoyons ceux que nous avons jugés trop rapidement. Nous pourrons alors nous prononcer sur la qualité du Festival 2015. Pour autant que cette question ait encore un quelconque intérêt.


Bernard Boyer

(1) Palme d'or : "Deepan" de Jacques Audiard

Grand Prix : "Le fils de Saul" de László Nemes

Prix de la mise en scène : Hou Hsiao-Hsien pour "The Assassin"

Prix du scénario : Michel Franco pour "Chronic"

Prix d'interprétation féminine Ex-aequo : Emmanuelle Bercot dans "Mon Roi" de Maïwenn et Rooney Mara dans "Carol" de Todd Haynes

Prix d'interprétation masculine : Vincent Lindon dans "La loi du Marché" de Stéphane Brizé

Prix du Jury : "The Lobster" de Yorgos Lanthimo

(2) : sortie le 26 août

(3) en salle depuis le 27 mai

(4) en salle depuis le 20 mai

(5) sortie le 7 octobre

(6) en salle depuis le 17 juin

(7) en salle depuis le 13 mai

(8) en salle depuis le 19 mai

(9) « L'Inquiet », sortie le 24 juin, « Le Désolé », sortie le 29 juillet et « l'Enchanté », sortie le 26 août

(10) Un certain regard, sortie 9 mars 2016

(11) semaine de la Critique, sortie 27 janvier 2016

(12) sortie le 6 janvier 2016

(13) sortie le 14 octobre

(14) sortie le 4 novembre

(15) « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » Traduction de Pierre Klossowski, Édition Gallimard, 1961.

(16) sortie le 23 décembre

(17) sortie le 2 septembre

(18) semaine de la Critique, Sortie le 30 septembre

(19) sortie en septembre

(20) sortie le 24 juin 2015

(21) sortie le 11 novembre