DANIIL TRIFONOV, M.-WHUN CHUNG ET LE PHILHAR’

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Le brillant pianiste Daniil Trifonov et le chef d’orchestre prisé Myung-Whun Chung étaient réunis le 19 juin dernier pour une soirée mémorable à la nouvelle Philharmonie de Paris. L'Orchestre Philharmonique de Radio France les accompagnait dans le Concerto pour piano n°3 de Rachmaninov et la 2e Symphonie de Brahms.

 

 

Concert

Un interprète qui fait vibrer les notes et les cœurs

Présentant une mince silhouette, des doigts effilés et un visage romantique, Daniil Trifonov, jeune virtuose russe de 24 ans, a déjà tout d’une légende. Issu d’une famille de musiciens et doué d’une oreille absolue, il collectionne les prix des prestigieux Concours Tchaïkovski, Rubinstein et Chopin. Attendu comme le prodige fiévreux sur toutes les scènes internationales, il s’est encore une fois montré à la hauteur de sa réputation si l’on en croit la standing ovation reçue dans la salle comble de la Philharmonie de Paris en ce 19 juin 2015. Le concerto pour piano et orchestre n°3 en ré mineur de Sergueï Rachmaninov s’apparente à l’épreuve du feu pour un pianiste. Ses richesses mélodiques s’enchaînent aux cadences d’accords très chargés ! L’œuvre du compositeur russe requiert une dextérité hors pair et comporte une série de défis techniques comme ne pas se laisser couvrir par l’orchestre ni être en décalage avec lui. Grâce à son époustouflante maîtrise, Daniil Trifonov a interprété le premier mouvement avec lyrisme, puissance expressive et inventivité. Alternant par un jeu nuancé et sensible d’une rare intensité dans l’Intermezzo, sa version dramatique s’est achevée par une véritable chevauchée fantastique que seule une grande maturité musicale peut atteindre.

Concert

Un Top chef qui tire sa révérence

En seconde partie de soirée, l'orchestre interprétait La Symphonie n°2 en ré majeur de Johannes Brahms, dirigée par le maestro sud-coréen Myung-Whun Chung qui donnait ici l’un de ses derniers concerts en tant que directeur musical du Philhar’. Poste qu’il occupe depuis 2000, dans une belle complicité avec ses musiciens qu’il appelle « mes anges » ! Il s’est donc fait plaisir avec une œuvre, comme toujours jouée sans partition et les yeux mi-clos, dans laquelle il a pu faire dialoguer, avec la pudeur qui le caractérise, les cordes, les vents et les cuivres, dans une atmosphère pastorale et gaie. Messager humble, il a restitué dans une gestuelle épurée l’esprit de son créateur et a excellé en simplicité dans l’ample cantilène. Un chef d’orchestre qui sculpte ses propres baguettes dans le bois des oliviers de Provence a forcément une âme d’artisan. Pour cet ambassadeur de l’Unicef qui « cherche l’humanité derrière la musique et qui a fait de l’engagement artistique une discipline spirituelle », l’aventure ne s’arrêtera pas puisqu’il poursuit ses missions pédagogiques à travers le monde.

Une remarquable acoustique

La grande salle de la Philharmonie du parc de la Villette de 3400 places, conçue par l’architecte Jean Nouvel et l’acousticien Néo-Zélandais Sir Harold Marshall, a probablement décuplé l’enthousiasme du public pour cette soirée d’exception. Les amples volumes sinueux sont une curiosité pour les yeux, quant au son de la salle, il est enveloppant et lumineux. La scène est placée au cœur d’un espace circulaire et « une acoustique mêlant clarté et réverbération chaleureuse » a été ingénieusement créée grâce aux balcons flottants.

Pour voir le concert en replay : http://live.philharmoniedeparis.fr/


Aurèle M.