Coinçage / Coins Sages

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Patricia Kennedy fait d’un vieux morceau de carton, rejet de notre société de consommation, une œuvre d’art. Elle redonne ainsi une âme à un objet qui, n’ayant plus d’utilité, se mourrait dans un coin au rebut. Des cartons, des boites, tout un amas d’objets hétéroclites servent de support à la création de cette artiste américaine. Coinçage ou coins sages, le jeu de mot est possible avec la richesse du Français et sa musique, la tonalité des mots fait un poème qui illustre le travail de Patricia, une artiste qui n’est pas pour nous une inconnue. On avait déjà pu la découvrir à la galerie des Dominicains à Nice. Aujourd’hui, son exposition a pour cadre le prestigieux lycée Masséna, dans le foyer de lecture, le CDI. Tandis que les lycéens bûchent, révisent, en un mot travaillent, ils peuvent avoir un instant d’évasion et admirer les tableaux de Patricia Kennedy.



Robert Brugerolles décrit dans sa préface la double démarche de cette artiste dont un aïeul William Lister Lister (1859-1943) fut lui aussi un peintre de renom. Il y a bien sûr la création, l’enfantement d’une œuvre qui est à la fois joie et douleur. Il affirme la personne dans son existence et là on se retrouve en plein débat philosophique. Aristote, Nietzsche, Sartre et Lacan son ici présent, on redécouvre, pèle mêle L’être et le néant, ou Zarathoustra. L’artiste obéît à une inspiration et Soutine ou Munch ne sont pas loin. On allait en oublier un et merci à ce lycéen qui fixe un tableau et nous parle :«On dirait un Modigliani.» En effet, il y a une filiation artistique entre eux. « Le peintre est un penseur avec un pinceau.» disait un vieux professeur. Le philosophe est la mauvaise conscience de son temps. Alors Patricia est également philosophe, car elle nous fait prendre conscience de ce monde où l’être; pour certains rejoint le néant. Les trois unités du temps: passé, présent et avenir, sont en fait liées et avec Sartre, le passé puise sa force dans le futur. C’est parce qu’il y a un futur, que le passé existe. C’est une inversion de la course du temps !

Patricia nous entraîne ainsi dans son univers : sentir, c’est la passion ou plus exactement la subir. L’amateur d’art est un passionné et il découvrira entre le ‘Dasein’ et les tableaux de Patricia de nombreuses pistes pour concilier la sagesse (Sophia) et le caractère toujours un peu provocateur des artistes. Tous les tableaux de Patricia Kennedy ont un message, ils nous interpellent et remettent en question nos certitudes d’une conformité confortable et socialement hypocrite. Une exposition à voir au lycée Masséna à Nice jusqu’au 24 février.

 

par T. Jan