Entretien avec Marie Lavandier

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Conservatrice du musée du président Jacques Chirac à Sarran, en Corrèze, puis directrice adjointe du patrimoine et des collections du musée du Quai Branly, Marie Lavandier était, depuis 2010, directrice du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF). Elle a notamment contribué à accroître son rayonnement international en y développant des partenariats avec des laboratoires d'excellence et en conduisant des opérations de restauration majeures comme celles du Retable d’Issenheim ou de la Sainte Anne de Léonard de Vinci.


Nommée directrice des Musées de Nice, elle a reçu très aimablement performArts dans ses nouveaux bureaux de la Villa Masséna. Elle évoque les grandes lignes de la politique qu’elle va mettre en œuvre dans la Ville et plus particulièrement dans les dix Musées et les quatre Galeries municipales dont elle porte dorénavant la responsabilité.

Entretien

Performarts : Quelles sont les grandes lignes de la politique que vous entendez mettre en place ?

ML : Bien qu’il soit un peu tôt pour répondre dans le détail à cette question, le sens général de mes fonctions est d’impulser des logiques d’ensemble autour de ces 14 structures en tenant compte des spécificités de chacune et de leurs collections.

Il ne s’agit pas d’homogénéiser, mais plutôt d’apprendre à jouer une partition commune notamment en termes de programmation, de valoriser les collections et les bâtiments, de remettre au goût du jour l’accueil des publics qui, dans cette région sont très divers et d’horizons divers. Comment accueillir mieux et davantage, les niçois dans leurs musées, mais aussi comment parler, au travers des présentations des œuvres, à ces divers publics touristiques, qu’ils soient Chinois, Américains du nord ou du sud, Japonais ou Européens. Ce travail est d’évidence très compliqué et subtil mais nous nous attelons à cette tâche .

L’ambition des musées de Nice est d'évidence de se positionner comme des centres attractifs des publics par la présentation de leurs collections et d’enrichir ces dernières, mais également de mettre en place une politique innovante en termes de publics ; cela passe par une réorganisation complète de la manière d’accueillir, par une programmation d’expositions et d’événements dynamiques et variés, par une politique tarifaire adaptée, etc..


Qu'en est-il du moderne et du contemporain dans vos musées et galeries et quelle attention accorderez-vous au champs spécifique des artistes de cette région ?

Vous posez là une question qui tient à la relation du moderne et du contemporain. Le territoire est une pépinière d’artistes dont certains ont marqué l’histoire du XXe siècle. Cette ville de Nice dont la beauté est somptueuse a pour elle un autre avantage, celui d’être restée une grande citée d’art où les artistes continuent à se former, à vivre, à venir. C’est bien sûr une chance extraordinaire, dont j’ai l’intention de faire profiter les musées. Il est évident que l’art depuis la dernière guerre mondiale, mais aussi l’art contemporain seront des constituantes fortes des expositions et, je l’espère, des acquisitions des musées de Nice.


Vous êtes consciente que cette ville est Italienne par ses traditions non seulement culinaires mais architecturales et par son art de vivre. Pouvez vous me dire quelle sera votre relation avec nos cousins de Ligurie plus particulièrement de Gènes et du Piémont .

Très bonne question !

J’ai la chance de fréquenter l’Italie grâce à des responsabilités internationales que j’exerce au sein de l’ICCROM* dont je préside le conseil. La vocation internationale de Nice ainsi que le niveau des collections de ses musées m'incitent à organiser des opérations transfrontalières. Nous prêtons nos œuvres dans le monde entier et nourrissons des collaborations internationales, comme un projet autour des Brea avec le ministère de la culture italien ou la prochaine exposition de Charlotte Salomon au Musée Masséna en collaboration avec le Musée d’histoire Juive d’Amsterdam.


Merci Madame de votre accueil et du temps que vous nous avez très aimablement consacré.


Propos recueillis par Jean-Pierre Giovanelli en juin 2015


*L’ICCROM est une organisation intergouvernementale (OIG) qui se consacre à la conservation du patrimoine culturel.