Entretien Benjamin Petrover par Silvia Valensi au sujet de son livre « Ils ont tué mon disque » paru aux éditions First

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Le journaliste d'iTélé et de Europe 1 ,Benjamin Petrover qui a interrogé les grands acteurs du monde politique, économique et culturel, signe son premier livre " Ils ont tué mon disque ,aux éditions First. Cette fabuleuse enquête retrace l’épopée du disque basée sur des témoignages de ceux qui ont crée le Starsystem et s’interroge sur les grands bouleversements des formes de l’écoute de la musique.

 

"Des récits, des souvenirs, des révélations, des anecdotes, pour raconter la fabuleuse saga de la musique enregistrée, du faste de l'époque Salut les copains, en passant par les années du tout marketing et du Top 50, jusqu’à la crise provoquée par la révolution MP3, le chemin de croix Hadopi, le nouvel espoir du streaming ainsi que la surprenante renaissance du vinyle", précise la quatrième de couverture de l'ouvrage.


S.V. Le thème de votre livre est très particulier. Comment vous êtes vous intéressé a ce sujet ? par passion pour l'histoire de la musique ?

B.P. Je voulais faire partager ma colère face à un immense gâchis. Pendant un siècle, le public - et notamment les jeunes - a fait vivre et prospérer une industrie du disque qui lui a donné en échange du rêve, du rythme et de l'espoir. Dans les années cinquante, cela passait par les 78 tours de jazz, dans les années 60 par les 45 tours quatre titres des yéyés, dans les années 80, par les singles du top 50 etc.

Les jeunes des années 2000 ont perdu ce lien avec leurs idoles au profit du piratage massif à l'échelle de la planète toute entière. Alors à qui la faute ? Aux maisons de disque qui n'ont pas su s'adapter aux nouveaux modes de consommations, certes. Aux radios et aux télés qui ont poussé au formatage de la musique grand public Mais également au pouvoir politique qui a privilégié le développement de l'Internet quitte à faire un mort : le disque. Et puis au public qui n'a plus jugé utile de continuer à payer pour un support audio quel qu'il soit, comme si l'immatériel avait annihilé la valeur marchande de la musique enregistrée.

Entretien

Comment avez vous retrouvé les témoignages de ceux qui ont construit le mythe de l'industrie du disque ?

L'objet de mon enquête était de donner la parole aux gens de l'ombre, ceux qui sont toujours restés derrière le rideau. Louis Hazan patron des mythiques disques Phillips, Paul Lederman imprésario de Claude François, Monique le Marcis ancienne programmatrice de RTL, Max Guazzini fondateur de NRJ ou Bernard de Bosson, ancien patron de Warner qui signa Véronique Sanson ou Michel Berger sont autant de témoins d'une époque révolue qui ont accepté de dévoiler souvenirs, témoignages et anecdotes dans ce livre, et je les en remercie.


Parmi les stars ou les gens de l'ombre, quels sont ceux qui vous ont le plus fascinés ? qui ont permis d'ouvrir la voie du star système tenu par les puissantes maisons de disque ?

Tous les gens cités plus haut m'ont fasciné par leur influence et le rôle qu'ils ont joué dans cette belle histoire. Il est intéressant de noter l'évolution des rapports de force entre eux au fil des années. Le star système était dominé dans les années 60 et 70 par les radios qui avaient un pouvoir de vie ou de mort sur le destin des artistes. Dans les années 80, la télévision omniprésente et les rois du marketing ont relayé au second rang les considérations artistiques au profit d'une consommation de masse. Dans les années 2000, les géants de l'internet ont pris le pouvoir, à l'image de Youtube, un peu trop à mon goût.


Pendant combien d'années le disque a t-il connu ses heures de gloire ?

Très bonne question. J'ai découvert dans mon enquête que, contrairement à ce que l'on pense, il n'y a pas eu un siècle de faste du show bizz puis une crise du piratage avec l'arrivée de l'Internet. Tout au long de son existence, le disque a connu des hauts et des bas. La crise de 1929 a fait chuter le marché de 90%. Au début des années 1980, une autre crise a également provoqué des licenciements en masse et des ventes en chute libre. Les coupables ? Le walkman et la cassette audio qui nous permettaient de faire des compilations de nos titres préférés... en empruntant les vinyles de nos collègues et camarades d'école. L'âge d'or auquel on fait aujourd'hui référence se situe plutôt dans les années 1990 où les rééditions de vinyles au format CD et autres compilations ont fortement boosté les ventes, donnant l'illusion aux géants de disque que le succès allait être éternel. Le réveil n'en a été que plus violent.


Le disque a t-il pour effet de changer profondément l'histoire de la musique ?

Le disque n'est au fond qu'un support de stockage d'un enregistrement sonore. Avant hier c'était le 78 tours, hier le 33 tours, aujourd'hui le CD et demain le streaming. Nous n'avons jamais autant écouté de musique. Mais le disque n'est plus au cœur du système et la scène a repris le rôle prépondérant qu'elle avait il y a un demi siècle. Mais tant qu'il y aura des créateurs pour proposer des œuvres et des auditeurs pour les écouter et leur permettre d'en vivre, la musique sera sauvée !

Propos recueillis par Silvia Valensi en juin 2015.