GUTTKLEIN Fine Art, à propos de Simon HANTAÏ

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Au cours des années soixante toute une génération de jeunes artistes, pour lesquels les dernières options picturales dominantes aussi bien figuratives qu’abstraites apparaissaient comme des impasses, découvrait chez quelques aînés de la génération précédente un autre rapport à la pratique picturale.

 

Exposition


La plupart de ces aînés avaient eu d’abord une période plus ou moins surréaliste. Leurs peintures avaient à nos yeux la liberté d’expression de l’écriture automatique, leurs productions semblaient issues d’une complicité avec le hasard objectif exploité dans la manipulation des supports et des couleurs. En arrière plan étaient des artistes un peu plus anciens comme André Masson ou Max Ernst, et davantage dans l’actualité Jackson Pollock, Jean Degottex, Sam Francis et Simon Hantaï dont nous commentions les comportements. Car l’attitude devant la toile commandait fortement le résultat. Le principe du travail sur la toile en all-over, la liberté du geste ou l’occultation par pliage(s) impliquait une détermination objective que le hasard de la distribution des couleurs rendait à l’aléatoire.

C’est rue du Bac, dans la Galerie-Librairie Jean Fournier que comme Jean-Pierre Pincemin, Claude Viallat, Patrick Saytour et quelques autres j’ai enfin vu autrement qu’en mauvaises repros des œuvres de Simon Hantaï, enfin en volume, matérialisées en vrai tissu et vrais couleurs. Avec le dripping de Pollock, les « Mariales » et les « Meuns » de Hantaï proposaient de nouvelles ouvertures. J’ai eu aussi la chance de voir presque chaque jour durant l’été 1984 l’étonnante « grande écriture rose » ou « Ecriture » de S. Hantaï que Michel Butor et Henri Maccheroni avaient tenu à montrer dans l’exposition « Les écritures dans la peinture » qu’ils présentaient au tout nouveau C.N.A.C Villa Arson. Une autre façon, obstinée et aléatoire de produire la couleur du tableau.

L’impressionnante liste des artistes proposés par Guttklein Fine Art affirme, par sa cohérence, une ligne assez nette dans ce qui constitue l’une des orientations essentielles dans les fondements de la peinture contemporaine : Geneviève Asse, George Baselitz, Frédéric Benrath, James Bishop, Georges Braque, Anthony Caro, Jean Dubuffet, Jean Degottex, Max Ernst, Jean Fautrier, Sam Francis, Alberto Giacometti, Simon Hantaï, Wilfredo Lam, Henri Laurens, André Masson, Roberto Matta, Juan Mitchell, Robert Motherwll, A.R. Penk, Paul Rebeyrolle, Judith Reigl, Jean-Paul Riopelle, Ioroslav Serpan, Joseph Sima, Nicolas de Staël, Antoni Tapies, Otto Wols.

Exposition

Après avoir proposé « Degottex 1958 – 1961 » « Bishop 3 painting et Caro  3 sculptures», « Some important painting by André Masson » et « James Bishop, Jean Degottex, Simon Hantaï : major works », Guttklein Fine Art présente « Meuns 1967-1968, Simon Hantaï ». (Jusqu’au 11 juillet) On voit à l’énoncé des expositions récentes l’esprit dans lequel fonctionne la galerie et la place qu’y occupe l’oeuvre de Simon Hantaï, dont on nous dit : « Aujourd’hui, l’œuvre de Simon Hantaï est enfin relayé par les plus grands galeristes britanniques et américains et notre exposition fait écho à celle qui se tient en même temps à la galerie Mnuchin à New York. Signe des temps, le marché de l’art international s’intéresse particulièrement à l’œuvre de Simon Hantaï actuellement, l’établissant ainsi parmi les artistes majeurs de l’après-guerre. »

Bonnes nouvelles en un temps où l’histoire de l’art, si elle continue de se faire dans des ateliers européens autant qu’outre-atlantique, s’écrit d’abord en anglais (Etats-Unis) pour paraître être dans le coup et par couardise (« on va penser que je ne comprends pas ! ») par opportunisme, (s’incliner devant le fric : vous verrez que les génies demain seront Russes ou Chinois, pas Grecs ou Portugais). Par snobisme, par conformisme, par ignorance aussi – mais ce n’est pas nouveau… la deuxième moitié du dix-neuvième siècle aux dépens des impressionnistes et autres novateurs est en cette dérive exemplaire. Baladez-vous donc rue de Seine, rue du Bac, dans le Marais ou dans le dixième, baladez-vous dans Paris, et ici ou là dans les Provinces (on dit « régions ») vous y ferez des rencontres d’anciennes et de nouvelles connaissances.


Marcel Alocco


MEUNS 1967-1968 Simon Hantaï

Du 13 mai au 11 juillet 2015

Guttklein Fine Art

12 rue de Seine 75006 PARIS