SAVON ET FEUILLE D’OR !

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Frédérique Nalbandian, née en 1967, a installé son atelier dans le vieux Vintimille, là où le temps est rythmé par l’âme méditerranéenne et le souvenir des vieilles pierres. Ce détail est important pour comprendre son exposition que nous offre la galerie Depardieu. Cette artiste fut, en 2007, lauréate de l’aménagement du chemin de saint Jacques de Compostelle.

 

nalbandianElle a exposée au musée Gassendi, jardin des Cordeliers à Digne les bains et devrait en 2012 se retrouver au musée Cocteau de Menton. Une partie de l’exposition à la galerie Depardieu est promise à une lente dégradation : chaque jour, certaines sculptures vont se dégrader peu à peu pour finalement disparaître. Au sous sol, sur un support triangulaire blanc bordé d'une gouttière en cuivre six grandes oreilles en savon se remplissent par intermittence d’eau, laquelle coule, chuinte avec des effets sonores captés par Julien Aléonard musicien, ingénieur du son au CIRM. Cette bande son va elle aussi se dégrader au fil du temps, prarallèlement à la sculpture. Frédérique Nalbandian utilise des matériaux souples tels le savon, la feuille d’or, le platre, la cire. Le visiteur est invité à verser de l’eau sur l'une d'entre elle, qui, avec la lenteur du temps, va se transformer, muter pour finalement s’évaporer. Frédérique nous explique sa démarche : « C’est un rapport à l’existence, au corps, à l’organisme. Le savon est le vivant, le plâtre le figé et l’eau, le lien entre les deux. Mes œuvres ainsi, vivent et meurent comme tout être vivant » Il y a ici un questionnement existentiel ou plutôt une thérapie psychanalytique. L’eau, tel un ruisseau, creuse des sillons, jamais les mêmes et va vers sa destinée. Les oreilles se remplissent, deviennent des lacs qui bientôt débordent et crées ainsi aux trois pointes du triangle, des chutes et des cascades, tandis qu’avec le temps, les oreilles s’effilochent. Erosion, usure, c’est la vie qui se poursuit. Ne nous y trompons pas, les œuvres de Frédérique ne sont pas éphémères, ce serait ne pas comprendre sa démarche. Non, elles sont vivantes et comme tout être vivant, elle connaissent un develloppement, une apogée et une lente dégradation. Elle expose aussi des études, esquisses au fusain qui sont les prémices de ses sculptures. C’est le cours de la vie qui durant tout un mois se déroulera sous les yeux des visiteurs. Il faut y aller et surtout y retourner encore et encore, sans se lasser, car chaque jour sera différent comme l’est le cours de toute existence, avec ses hauts et ses bas mais toujours passionnant, car c’est la vie tout simplement.

par T Jan.