ALOCCO en BLANC

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Jusqu’au 30 mai 2015 la Galerie Christian Depardieu (NICE) propose une exposition de Marcel Alocco « Le BLANC comme couleurS » : cet accrochage montre surtout le travail des cinq dernières années (2010 à 2015), petits formats de tissus blancs travaillés dans la matière.


Cependant quelques œuvres marquantes d’autres périodes de l’artiste indiquent certains points de l’histoire d’une démarche poursuivie depuis plus de cinquante ans. Ainsi on peut voir trois toiles de 1969, travaillées en blanc sur le blanc préparatoire des toiles et intitulées Limites ; ou bien un grand Fragment du Patchwork de 1994 dans lequel sont inclus deux châssis ouverts en fenêtres sur le blanc du mur. PerformArts publie ici un texte inédit de Marcel Alocco à propos du travail blanc sur blanc.

CD

Exposition

Du BLANC comme couleurS

Le support des fragments blanc sur blanc du Patchwork est un tissu de coton blanc à tissage simple. Le travail consiste à faire apparaître une figure connue du Musée imaginaire, en traduisant dessin, couleurs, formes des matériaux du modèle par le travail dans le seul blanc du tissu : Trois états possibles du support textile pour faire apparaître les images souhaitées par un travail de la matière sans apport de l’imprégnation de colorants ou de la superposition de couleurs peintes : parties détissées, parties évidées, parties préservées en l’état initial, en tenant compte de la nécessité de préserver la continuité du tissu. L’image apparaît par jeux de pénétrations ou d’impacts plus ou moins forts de la lumière dans la matière. Contrastes de blancs plus ou moins éclairés, contrastes de la matière avec ses creux qui font avoisiner les procédés à l’œuvre à la fois à ceux de la peinture, et par le vide autour des formes, à la sculpture.

Exposition

Forte a été la tentation de choisir de mettre en scène parmi d’autres images le carré blanc sur fond blanc de Casimir Malevitch: Mais quel pouvait être l’intérêt de refaire ce qui a été fait ? Nous constatons que dans ce tableau (peinture à l’huile) si le carré blanc de Malevitch est visible sur un fond dit blanc, c’est que le fond dit blanc contraste d’être peint d’un blanc « teinté ». Le fond ou le carré sont de teintes différentes, autrement dit, l’un ou l’autre n’est pas blanc. Si le travail de restitution de ce tableau présente un intérêt au-delà de l’ironie du projet, c’est de ne pas jouer sur la couleur, mais sur l’état d’une même matière. Dans cette présentation de figures de peintres divers, le fond est constitué du même blanc par la continuité des mêmes fils qui formes les images, mais la matière est mise en espace. Par cette démarche, le blanc fait sens en se substituant à toutes les couleurs des images modèles.

Il ne s’agit pas d’un travail sur la monochromie, problème ici secondaire, pour ne pas dire effet collatéral. Le blanc a été choisi parce que, pour notre civilisation, il est la couleur neutre – ou, sans illusion, nous dirons celle qui prétend ne dire rien d’autre que l’absence : si nous lui faisons dire le pur ou le vierge, c’est manière usuelle de dire absence de trace ou d’action. La page blanche n’est pas rien, mais elle est aussi égale à zéro. Elle dit l’absence de signe.

Exposition

Produire des objets en blanc, c’est les réduire à leur forme. Comme la page blanche n’est plus que page, l’objet n’est plus que lui-même. Le tissu ou l’objet n’a plus d’usage, il n’est que forme de lui-même : l’ampoule électrique* est forme d’ampoule mais n’a pas d’usage éclairant, si ce n’est d’éclairer l’idée.

* en note : référence à trois objets entièrement peints en blanc présentés dans l’exposition sous le titre de « Manifeste ».

Marcel Alocco

Nice 2014